Yprema, une entreprise du BTP écologique et solidaire

[Biographies de Bretagne a le plaisir de vous proposer un extrait de la partie introductive de la biographie de l’entreprise Yprema, à paraître au quatrième trimestre 2019 à l’occasion du 30ᵉ anniversaire de l’entreprise. Cette biographie a été écrite à partir d’une trentaine de témoignages directs : agents de production, cadres, dirigeants, intervenants extérieurs, partenaires industriels]

Six juin 2019 : nous sommes à Massy, département de l’Essonne, à 15 kilomètres au sud de Paris, près de l’aéroport d’Orly. Les salariés de la société Yprema et Claude Prigent, son président, accueillent leurs invités pour fêter ensemble le 30ᵉ anniversaire de l’entreprise, née en 1989 sous le statut de filiale de la société de travaux publics Yves Prigent SA. Il y a là clients et fournisseurs, partenaires industriels et commerciaux, représentants des collectivités et des services de l’État, associations de protection de l’environnement et riverains aussi. Le choix de Massy pour célébrer l’événement ne doit rien au hasard. Là, il y a tout juste 30 ans, Yves Prigent SA, fondée par un couple de paysans originaires de Plounévézel en centre-Bretagne, et sa filiale naissante créaient une de leurs toutes premières plateformes de production de matériaux pour le BTP, des matériaux issus du recyclage des bétons de déconstruction, des couches de chaussée démontées et des terres d’excavation. Trente ans plus tard, le site de Massy présente un bilan environnemental qui parle de lui-même : 5,5 millions de tonnes de matériaux recyclés (dont 80 % dans un rayon de dix kilomètres autour du site), soit plus de 80 hectares d’espaces naturels préservés, et 180 000 tonnes équivalent carbone économisées, soit les émissions de CO2 de 5 000 ménages français.

Devant l’auditoire réuni, Claude Prigent, fils du fondateur, qui fut d’abord le directeur général d’Yprema avant d’en prendre la présidence en 1992, retrace les grandes étapes de l’histoire de la société. Il rappelle les crises cycliques du BTP qu’Yprema a dû et pu surmonter en misant à chaque fois sur les valeurs collectives et le renforcement des compétences de chaque salarié.e, il loue les principes du développement durable qui ont servi de fil conducteur et de source d’inspiration et d’innovation, il n’accable pas une réglementation européenne en matière environnementale que l’entreprise a toujours préféré anticiper plutôt que subir pour en faire un levier de croissance verte. Il explique comment il a voulu que les salariés de son entreprise passent à la semaine de 35 heures sur quatre jours dès 1997, ce qui a permis d’améliorer les conditions de travail et de vie des personnels mais aussi d’augmenter la productivité de l’entreprise. Pari gagnant : 22 ans plus tard, Yprema est passée de 15 à 102 salariés et le chiffre d’affaires a été multiplié par sept !

Puis Claude Prigent s’attarde un instant sur la place qu’Yprema a voulu donner à la biodiversité sur chacun de ses sites d’exploitation, en commandant des audits faune-flore, en réalisant des plantations qui favorisent la diversité des espèces végétales et animales, en installant des ruches qui agissent comme des « sentinelles de l’environnement » et produisent du miel.

Oui, l’histoire est belle. Mais en ce jour de juin 2019, pour Claude Prigent et toute son équipe il s’agit aussi de parler d’avenir car les festivités du 30ᵉ anniversaire d’Yprema et de son implantation à Massy sont l’occasion de présenter une plateforme en pleine évolution. Le projet, appelé Massy 2, consiste dans un premier temps à déplacer l’activité de recyclage des matériaux de déconstruction (blocs de béton et couches de chaussée), tandis que l’activité de recyclage de terres – grâce au procédé du chaulage – demeure sur la plateforme Massy 1. Puis au printemps 2021, la base-vie, qui réunit l’équipement d’accueil des clients et les locaux du personnel, ainsi que les espaces verts seront réalisés sur les nouveaux terrains. Ici, par un traitement paysager soigné, l’entreprise veut mettre en valeur son savoir-faire en matière d’intégration d’un équipement industriel dans son environnement urbain. Une autre priorité est de veiller au bien-être des voisins en prenant des mesures de prévention des nuisances en matière de bruit, d’émissions de poussières ou de salissure des voiries.

À vrai dire, Massy 2 n’est pas une révolution dans l’histoire d’Yprema mais plutôt une étape supplémentaire dans une démarche qualité qui vient de loin car, dès 2006, la plateforme de Massy avait été la première centrale de recyclage en Île-de-France à obtenir une labellisation dans le cadre de la Charte de l’environnement de l’UNICEM (Union nationale des industries de carrières et minéraux) au niveau le plus élevé : 4 sur 4. Cette reconnaissance officielle de la profession, celle des confrères donc mais néanmoins concurrents, avait demandé un travail de longue haleine pour satisfaire pas moins de 80 critères. Et juste avant Massy, la plateforme qu’Yprema a ouverte en 2001 en Bretagne, à Pluguffan près de Quimper, avait été tout bonnement la première en France à obtenir un si haut niveau de labellisation.

Inscrire le développement durable dans l’objet social de l’entreprise

Avant d’inviter ses convives à partager le verre de l’amitié, Claude Prigent choisit de mettre en lumière une récente évolution du droit du commerce : « Le 11 avril dernier, le Parlement a définitivement adopté la loi PACTE (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises). Le débat parlementaire a été long, parfois âpre. Certaines dispositions de cette loi sont controversées, je le sais, mais s’il est un volet qui devrait faire consensus, c’est celui qui permettra aux entreprises, par une modification du Code civil, d’introduire dans leur objet social un principe d’utilité sociale et environnementale. » (2)

Dans la revue Yprema Matériaux, que l’entreprise édite depuis septembre 1994 à raison de trois numéros par an – initialement sur papier recyclé et depuis 2017 sur feuille de pierre – et qu’elle imprime aujourd’hui à 10 000 exemplaires, la secrétaire générale Susana Mendès écrivait en juin 2018 à propos de ce qui n’était encore qu’un projet de loi : « Cette loi qui, outre des mesures d’ordre économique, doit introduire des mesures liées à la RSE (responsabilité sociale/sociétale des entreprises) et au développement durable n’est pas une contrainte pour Yprema. Bien au contraire, de par l’anticipation et la prise en compte de ces domaines dans son organisation, Yprema est prête à mettre en pratique la loi PACTE dès sa parution et à élargir son objet social au développement durable. » (3)

Le chantier du Grand Paris : un défi écologique pour le BTP

Si en ce 6 juin 2019 Claude Prigent aborde la question de l’objet social de l’entreprise, c’est pour mieux souligner la réponse qu’Yprema veut apporter au nouveau cadre juridique ainsi créé. L’entreprise veut agir avec le souci de l’intérêt général, en l’occurrence au regard des enjeux écologiques du chantier titanesque du Grand Paris dont les travaux ont débuté en 2017 : « Les articles 1833 et 1835 du Code civil vont se trouver modifiés (4). Eh bien tant mieux, nous voulons qu’Yprema soit parmi les premières entreprises à inscrire le développement durable dans son objet social. Le chantier du Grand Paris est l’occasion de mettre cette disposition de la loi PACTE en application. La région parisienne connaît depuis plusieurs années un déficit en matériaux de construction, avec un besoin de 30 millions de tonnes par an alors que les carrières franciliennes ne peuvent produire que 18 millions de tonnes. En parallèle d’ici à 2020, et alors que le Grand Paris va générer plus de 60 millions de tonnes de déblais supplémentaires, les capacités annuelles de stockage de ces matériaux vont s’épuiser. On est dans une situation d’urgence absolue. Yprema est et sera de ce fait de plus en plus sollicitée pour réceptionner des terres inertes. »

Claude Prigent rappelle qu’il appartient aux donneurs d’ordre publics, donc à l’État, aux collectivités d’Île-de-France, à la Société du Grand Paris – l’établissement public en charge du dossier – de veiller à ce qu’une chaîne vertueuse se construise entre les acteurs de la déconstruction et du déblaiement et ceux de la construction, afin qu’un maximum de « déchets » deviennent des produits de réemploi ou de recyclage. Des entreprises responsables et compétentes existent déjà pour tenir le rôle d’intermédiaire. Encore faut-il que les décideurs publics leur facilitent la tâche en permettant leur implantation au plus près des chantiers urbains.

De Paris aux régions

Claude Prigent n’oublie pas que la problématique de l’accès à des matériaux de construction recyclés pour le BTP ne se limite pas à la région parisienne. Yprema exploite une plateforme de réception et de production en Bretagne, à Pluguffan près de Quimper, et une autre à Reims, en partenariat avec l’entreprise locale Moroni et la communauté urbaine. Pour diffuser son savoir-faire, depuis 2013 Yprema a également développé des franchises avec trois PME régionales ancrées depuis plusieurs décennies dans leur territoire : en Ardèche, Construction Bâtiment Maintenance (CBM) Lextrait-Manent et sa filiale dédiée au recyclage CBM Agrégats 07, dans le Calvados, Recyclage Négoce Mondevillais (RNM) – une émanation de la SCOP Floro TP Associés – et dans les Pyrénées-Atlantiques, l’entreprise Despagnet. Ce modèle économique basé sur le partenariat et l’addition des compétences, Yprema souhaite le développer dans d’autres régions où la question du recyclage des matériaux du BTP est encore balbutiante.

Si la pénurie de matériaux naturels n’est pas encore un problème qui se pose en région avec la même acuité qu’en Île-de-France, il n’en est pas moins vrai qu’une généralisation des filières locales de recyclage des matériaux du BTP en France, sur des sites d’exploitation intégrés au tissu urbain comme le sont les plateformes d’Yprema, permettrait de diminuer l’impact environnemental des collectivités et le bilan carbone des territoires. En outre, la saturation des déchetteries et les contraintes de long terme qui pèsent sur les finances des collectivités gestionnaires de ces équipements publics (baisse des dotations de l’État) sont des éléments qui devraient inciter ces dernières à encourager des solutions alternatives dans le secteur privé pour la collecte et le traitement des déchets des professionnels, en particulier ceux des PME et des entreprises artisanales du BTP. Pourtant, force est de constater qu’un travail de pédagogie reste à faire auprès de la plupart des décideurs locaux afin que les politiques publiques évoluent dans ce sens.

Mais d’où vient donc l’engagement militant d’Yprema pour la terre, cet élément primordial qui a accompagné toutes les civilisations humaines dans leur développement ? Et d’où les femmes et les hommes qui ont fait l’histoire de cette entreprise depuis plus de trois décennies tirent-ils cette conviction chevillée au corps qu’un matériau aussi commun ne doit pas être gaspillé et qu’il peut se recycler?

(1) https://www.ruptur.fr/actualites/lafabriqueruptur-floralies-2019/

(2) http://www.assemblee-nationale.fr/15/ta/tap0258.pdf

(3) Yprema Matériaux, numéro 75, juin 2018, éditorial « Loi PACTE », Susana Mendès, secrétaire générale.

(4) http://leplaylaw.com/2018/10/10/larticle-61-de-loi-pacte-articles-1833-1835-du-code-civil-et-la-societe-a-mission/

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