Femmes courage, femmes en lutte

Je partage avec vous un extrait d’une nouvelle biographie familiale dont je viens d’achever l’écriture et dont le récit se déroule sur près de deux siècles.

Une vraie saga populaire où l’histoire de la Bretagne s’incarne à travers les visages de marins pêcheurs, d’ouvrières, de paysans, de petits commerçants et d’instituteurs laïcs. Comme pour les biographies que j’ai signées précédemment, je me suis attaché à inscrire l’histoire de la famille dans son contexte à la fois historique, géographique, social et culturel.

Ici en l’occurrence, nous sommes dans le petit port de pêche bigouden de Lesconil durant l’entre-deux-guerres. Les femmes y occupent déjà un rôle économique majeur mais elles se manifestent aussi par un engagement politique et syndical sans équivalent en Bretagne.

Yvette, qui apporte ici un témoignage personnel, est l’aînée de la famille qui m’a sollicité pour écrire cette biographie.


Port de Lesconil, années 1930. Pêcheurs nettoyant leurs casiers.

Si Lesconil occupe une place à part dans l’histoire collective des Bretons, le port bigouden le doit singulièrement aux femmes. Nous avons vu précédemment comment elles ont joué un rôle déterminant dans l’implantation du protestantisme à partir des années 1880, voyant dans la conversion à cette religion propagée par des pasteurs, gallois certes mais bretonnants, l’occasion d’extraire leurs maris et leurs fils de l’emprise de l’alcool, synonyme de paupérisation pour les ménages.


Le Béthel protestant de Lesconil en 1913.

Les femmes de Lesconil interviennent aussi dans l’activité de pêche et de plusieurs façons. Elles s’occupent souvent de la vente du poisson que leurs maris, leurs fils ou leurs pères ramènent au port, quitte à se rendre à pied jusqu’à Pont-L’Abbé, à plus de 8 km, en tirant des charrettes à bras ! Et quand elles n’ont pas tout vendu aux halles de la capitale bigoudène, elles sillonnent les chemins creux pour se rendre dans les fermes de Plobannalec et même de Plonéour-Lanvern, à plus de 12 km de leur foyer, pour y vendre ce qui leur reste ! Ce sont elles aussi qui ramendent les filets. En 1979, dans la revue Tud ha Bro (Les gens et le pays) qui se consacre à l’étude des sociétés en Bretagne, un pêcheur à la retraite de Lesconil né en 1911 témoigne : « Les femmes travaillaient dur. Elles travaillaient plus que les hommes encore, parce qu’elles vendaient le poisson, revenaient à la maison et se mettaient à ramender encore. Elles passaient tout leur temps à ramender, et ceci du matin jusqu’au soir, quand elles n’allaient pas au marché. Il n’y avait pas de dimanche qui comptait. Elles s’occupaient des enfants en plus. Elles travaillaient bien douze à treize heures par jour. »

Ce sont les femmes toujours qui vont subvenir aux besoins des ménages quand, à partir de 1901-1902, les bancs de sardine se font rares. Cette crise de la ressource va plomber durablement l’activité des ports de Cornouaille et le revenu des pêcheurs – dans un courrier au préfet en décembre 1906, le député Plouzané écrit : « La pêche a été désastreuse pendant l’été. » Par voie de conséquence l’activité des conserveries et le salaire de leurs ouvrières et de leurs soudeurs s’en trouvent affectés et ce jusqu’au lendemain de la Première Guerre mondiale, la mobilisation des hommes dans les tranchées permettant au stock halieutique de se reconstituer. Puisque le poisson vient à manquer, les femmes de Lesconil se mettent au « picot bigouden », une technique de dentelle au crochet dont la particularité est d’utiliser un tissu très fin et un cordonnet. Mais si cette technique fait aujourd’hui partie du patrimoine immatériel local, qu’un très officiel Institut bigouden des broderies et dentelles s’attache à transmettre depuis 1995, ses origines sont à chercher ailleurs, en l’occurrence par delà les mers jusqu’en Irlande. C’est en effet la « guipure d’Irlande », autrement appelée le « point d’Irlande », qui va donner naissance au « picot bigouden » dans les premières années du XXsiècle. Le travail de la dentelle va tenir en Cornouaille le même rôle de secours alimentaire qu’en Irlande au moment de la grande famine de 1845 à 1852 causée par le mildiou qui s’était abattu sur les cultures de pommes de terre. En bigoudénie, un artisanat très développé va voir le jour dans des ateliers familiaux pour la plupart, à la manière des anciens ateliers de tisserands de Locronan, du Léon ou du pays d’Uzel et de Quintin, mais aussi dans quelques maisons plus importantes comme Pichavant à Pont-L’Abbé. Si les femmes sont à la baguette, elles recrutent aussi leurs enfants, y compris les garçons comme en témoignent plusieurs documents photographiques. Le travail est exigeant car il ne tolère aucune déconcentration et use les yeux. Mais la production va prendre un tel essor que, durant plusieurs décennies, les Bigoudènes de Lesconil et d’ailleurs iront parcourir la France et même au-delà pour vendre napperons, gants, bonnets de baptême, chemins de table et autres gilets à dentelle.


Technique du "picot bigouden", importée d'Irlande en 1902.

La place des femmes à Lesconil est tout aussi importante dans l’histoire des luttes sociales et syndicales. « Elles étaient pour la plupart ouvrières à l’usine de sardines, où elles avaient appris à s’organiser syndicalement pour faire valoir leurs droits » nous raconte Yvette, ajoutant : « Elles étaient très laïcardes, très à gauche, plus encore que leurs hommes. » Le témoignage est instructif si l’on se remémore qu’avant-guerre, les partis de gauche étaient plutôt réticents à l’octroi du droit de vote aux femmes au motif, disaient-ils, qu’elles voteraient selon les instructions reçues au confessionnal.

Les femmes de Lesconil se trouvent effectivement à l’avant-garde du vaste mouvement de revendication qui enflamme les ports du pays bigouden durant l’été 1926. Le territoire compte alors pas moins de 24 conserveries, qui emploient 1 800 personnes, dont 11 rien qu’à Saint-Guénolé. S’appuyant sur un premier succès dans les conserveries de Douarnenez en 1925 puis sur un autre à Concarneau début juillet 1926, qui ont permis aux ouvrières des deux cités cornouaillaises d’obtenir une revalorisation de leur salaire à 1,40 franc de l’heure, les ouvrières bigoudènes revendiquent à leur tour une augmentation salariale. Elles réclament que celui-ci soit porté de 1,13 à 1,25 franc. « Pemp real a vo ! » répètent-elles : « Il nous faut cinq réals ! », le real valant vingt-cinq centimes. Singulière histoire que celle du real en Bretagne. Héritage d’un mot espagnol qui signifie royal, le real est une pièce de monnaie qui a été introduite à la fin du XVI siècle quand, dans le contexte des guerres de religion en France, des troupes espagnoles ont occupé pendant une dizaine d’années un certain nombre de territoires maritimes du sud de la Bretagne : presqu’île de Crozon, Cornouaille et embouchure du Blavet. Puis les Espagnols sont partis mais le mot et sa signification sont restés dans le vocabulaire.


Ouvrières d'une usine de Lesconil préparant les sardines.

De leur côté, les soudeurs des conserveries de Lesconil, qui sont payés 1,70 franc de l’heure – les inégalités salariales entre hommes et femmes viennent de loin ! – réclament 2 francs.

Une photographie symbolise le mouvement social de l’été 1926. Devenue célèbre grâce à l’affiche stylisée qu’en a tirée Alain Le Quernec pour une soirée commémorative organisée par la CGT du pays bigouden le 29 octobre 1982, on y voit des Bigoudènes portant la coiffe, en rangs serrés bras dessus, bras dessous et drapeau rouge de la CGTU – une scission temporaire de la CGT d’orientation communiste et révolutionnaire – en étendard, arrivant au Guilvinec pour inciter leurs collègues à débrayer. Nous sommes le 31 juillet 1926. Ces Bigoudènes en cortège de manifestation, ce sont les 132 ouvrières des deux conserveries de Lesconil, Billet Lemy et Maingourd, auxquelles se sont joints 17 salariés masculins. Sur la photo elles s’appellent Maria Sinou, Alice Cossec (la porteuse du drapeau rouge), Marie Durand, Clarisse Le Roy, Marie-Louise Maréchal, Catherine Le Moigne, Marie Le Moigne, Corentine Pochic, Marie-Jeanne Lucas, Caroline Cossec, Céline Le Camp, Marie Le Roux, Titine Faou ou encore Anna Bourligueux.


Les "sardinières" de Lesconil, lançant la grève de l'été 1926.

L'affiche d'Alain Le Quernec, inspirée par la photo précédente.

Les ouvrières de Lesconil ont été les premières à arrêter le travail quatre jours plus tôt à l’instigation du Syndicat unitaire de la conserverie, dont le secrétaire, qui se joint à leur marche à destination du Guilvinec, n’est autre que Charles Tillon. Ce natif de Rennes connaîtra plus tard un destin national quand il se fera élire député d’Aubervilliers sous le Front Populaire, avant d’organiser la résistance communiste sous l’Occupation puis d’occuper des fonctions ministérielles à la Libération. Par la suite il sera écarté de la direction du PCF par les proches de Maurice Thorez et Jacques Duclos, comme d’autres figures de la Résistance intérieure tels André Marty et Georges Guingouin, puis il prendra fait et cause pour la « révolution de velours » de 1968 en Tchécoslovaquie, ce qui entraînera son exclusion du parti en 1970.

Mais revenons dans le pays bigouden en 1926. À Saint-Guénolé, où se concentrent près de la moitié des usines bigoudènes, les ouvrières ont obtenu les cinq reals réclamés par leurs camarades de Lesconil, les usiniers ayant préféré lâcher du lest par crainte d’une contagion. Mais la bataille s’annonce pourtant difficile pour celles de Lesconil car, si leurs conserveries sont placées sous la responsabilité de gérants, le véritable patron de l’usine Billet Lemy n’est autre que le président de la Chambre syndicale des fabricants de conserves de France, autrement dit le patron des patrons. Le 31 juillet, les grévistes de Lesconil parviennent néanmoins à entraîner dans leur sillage les 370 ouvrières des conserveries du Guilvinec, suivies le 4 août par celles de Plonéour-Lanvern (usines Larzul et Raphalen) et de la conserverie Lecointre de l’Île Tudy. La veille au matin, toujours encadrées par Charles Tillon et d’autres militants de la CGTU, quelque 300 grévistes de Lesconil et du Guilvinec ont entrepris de débaucher les personnels des trois usines de Pont-L’Abbé. Mais un comité d’accueil les y attend, le préfet ayant dépêché d’importantes forces de gendarmerie dans la capitale bigoudène. Le soir même, un meeting syndical rassemble 800 personnes. Le 6 août, le commissaire spécial de police de Quimper écrit dans une note à sa hiérarchie: « Les esprits semblent très surexcités à Lesconil où les théories du partage général préconisées par les communistes sont prises au sérieux par des esprits simples qui en attendent la réalisation prochaine. »


Meeting syndical à Pont-L'Abbé le 3 août 1926.

Après ceux de Saint-Guénolé, les usiniers de Pont-L’Abbé et de Penmarc’h acceptent à leur tour de porter le salaire horaire des ouvrières à 1,25 franc, mais pas ceux de Lesconil ni du Guilvinec ! Les deux parties en conflit se confrontent à la préfecture de Quimper. Maria Sinou y représente ses camarades de Lesconil, accompagnée de Charles Tillon. Ne cédant rien, le 9 août les ouvrières de Maingourd et Billet Lemy peuvent à leur tour crier victoire ! Elles obtiennent du patronat un salaire horaire de 1,35 franc, supérieur à leur revendication initiale, et 2 francs pour les hommes. Le dimanche 22 août est un jour de fête à Lesconil : salle Corcuff, filles et garçons sont au bal, arborant un ruban rouge à la coiffe ou à la boutonnière.

Mais la victoire aura vite un goût amer. Par mesure de rétorsion, les actionnaires principaux des conserveries de Lesconil, dont le capital est placé dans différentes usines en France, décident un lock-out et procèdent à des licenciements massifs.

Au début du mois de mars 1927, après sept mois de chômage forcé pour les ouvrières, M. Mény, le directeur de l’usine Maingourd, écrira au préfet du Finistère : « Il ne faut pas que les ouvrières attendent que nous leur demandions si elles veulent travailler, car nous ne leur demanderons pas. Nous avons maintenant des assurances par ailleurs qui font que nous nous moquons complètement de Lesconil et que nous pouvons nous en passer complètement. Si donc les ouvrières veulent travailler, c’est à elles de faire le premier pas. » En l’occurrence, le premier pas consiste à se soumettre par écrit à un règlement intérieur qui stipule notamment « que je m’abstiendrai de toutes manifestations, chants, etc, qui seraient de nature à nuire au travail ou jugés tels par le gérant » et « que je m’abstiendrai de faire partie à l’intérieur de l’usine de toute organisation communiste ou autre qui serait de nature à y faire naître une autorité pouvant discuter les ordres du gérant. »

Nécessité faisant loi, le chantage au travail ne leur laisse guère le choix et, au printemps 1927, 57 ouvrières de Maingourd sur 71 viennent s’inscrire en se soumettant aux conditions imposées par le patronat.

De son côté, Billet Lemy, après avoir rouvert ses portes à Lesconil dès août 1926 pour traiter les légumes et fabriquer des conserves de langoustines, décide de fermer prématurément l’usine le 16 octobre, prétextant une insuffisance de matières premières. C’est pour pouvoir conditionner le retour à l’usine des ouvrières et des soudeurs à une épuration des éléments les plus contestataires comme ne s’en cache pas le siège parisien de l’entreprise dans un courrier adressé au préfet du Finistère : « Nous ne reprendrons pas les ouvrières et ouvriers dont les tendances nettement communistes seraient un élément de trouble dans notre usine. Si des événements quelconques se renouvelaient ou menaçaient de se reproduire, nous sommes parfaitement décidés à fermer immédiatement et à ne plus ouvrir avant longtemps. »

Les deux usines de Lesconil ne rouvrent qu’en juin 1927. Cette année-là, devant la nécessité de nourrir leur famille, bon nombre d’ouvrières du petit port bigouden sont obligées de partir travailler plusieurs mois ailleurs, en particulier vers Quiberon, Le Croisic et jusqu’à Saint-Gilles-Croix-de-Vie en Vendée où la contestation sociale n’est pas de mise. Plus tard ce déplacement saisonnier de travailleuses bigoudènes sera organisé par le patronat avec des recruteuses qui seront chargées de contacter des jeunes femmes à Lesconil mais aussi à Loctudy.


Contrat de travail avec l'usine Cassegrain de St-Gilles-Croix-de-Vie.

Si Lesconil n’a pas conservé le patrimoine industriel de cette époque, notons qu’à Loctudy l’ancienne conserverie de sardine et de maquereau d’Alexis Le Gall, qui a fonctionné entre 1901 et 1954 au cœur de la ville, a été classée monument historique en 2016 et fait l’objet d’un projet de musée. Il s’agit là de l’unique exemple en France, et peut-être même en Europe avec Stavanger en Norvège, d’une conserverie maintenue dans son état d’origine, avec bâtiments de production, magasin à marée, maison de maître et quelque 600 pièces de collection. Les porteurs du projet ont prévu que la dureté du travail et le combat des ouvrières des conserveries du pays bigouden pour une juste rémunération puissent y trouver place.


L'ancienne conserverie Alexis Le Gall à Loctudy.

« Pierre Le Gonidec : histoire d’un pionnier du design de marque » (nouvelle biographie)

Biographies de Bretagne a le plaisir de vous livrer le prologue d’un nouveau récit  de vie. Dans les premières années d’après-guerre, Pierre Le Gonidec, le fils d’un Breton de Paris et d’une Berrichonne, passa tous ses étés auprès de ses grands-parents paternels qui, la retraite venue, s’étaient retirés dans leur Trégor finistérien natal, du côté de Plestin-les-Grèves. C’est là que Pierre découvrit la langue bretonne au contact des paysans, donnant un coup de main aux moissons, courant derrière les vaches avec Jean Lintanf, un jeune garçon de son âge qui plus tard se révélerait un conteur et un chanteur hors pair. C’est là aussi que les paysages ruraux et maritimes éveillèrent la sensibilité artistique de Pierre.

Entré à quinze ans seulement à l’École Estienne qui forme aux métiers du livre – un établissement qui verra passer quelques années plus tard le dessinateur satirique Cabu – Pierre s’initiera aux techniques de la gravure en taille douce sur métal. Puis, après une formation supérieure complémentaire qui lui ouvrira les portes de l’enseignement secondaire, le jeune homme devra se résoudre à prendre le chemin de Lille car telle était la condition imposée par l’Éducation nationale pour qu’il puisse retrouver sa jeune épouse aveyronnaise, Paule Vézinhet, elle-même professeure de dessin. Pour autant, la capitale des Flandres se révélera un lieu particulièrement stimulant, au contact notamment de créateurs belges. C’est là donc que Pierre et Paule donneront naissance en 1965 au GE2A, le Groupe d’étude d’art appliqué, qui ne sera rien moins que le tout premier studio graphique en France qui se consacrera entièrement au design de marque. Le fameux studio Carré Noir de Gérard Caron n’ouvrira ses portes qu’en 1973, soit huit ans plus tard, mais il aurait pour lui d’être établi sur la place de Paris… atout maître pour obtenir la reconnaissance des grands médias et des institutions.  Ici, une des créations de Pierre Le Gonidec en 1968: la fameuse fleur de la marque de produits laitiers Nova.

Nova
Nova

Dans l’extrait qui suit, nous faisons appel aux souvenirs de Pierre pour vous rapporter une scène qui dit beaucoup de l’influence déterminante que l’œuvre littéraire de Jules Verne mais aussi les superbes dessins qui illustraient les premières éditions de ses récits aventureux ont exercée sur la vocation artistique du jeune Breton.

Jules Verne

– Jeune homme, dans cinq minutes il sera dix-huit heures, la bibliothèque va fermer. Il est temps que vous rangiez vos crayons de couleur.

Le cerbère des lieux, lunettes sur le nez et fine moustache, blouse noire de fonction et béret vissé sur la tête, s’était exprimé d’une voix claire et ferme, mais sans animosité. Depuis plusieurs mois, il avait pris l’habitude de voir passer tous les jeudis, jour de congé des écoliers, ce garçon d’une douzaine d’années peut-être, petit brun aux yeux clairs.

L’enfant s’exécuta, quoiqu’à regret. Depuis qu’il savait enfin lire correctement grâce aux vertus pédagogiques de son maître de l’école de la rue Asseline, il mettait du cœur à rattraper toutes les années d’apprentissage perdues pendant cette fichue guerre qui l’avait vu brinquebalé entre le domicile parisien de ses parents et la Bretagne de ses grands-parents paternels, entre le Tarn où sa mère l’avait confié à une amie le temps d’un été prolongé et le Berry de son arrière-grand-mère maternelle. Témoin de ses efforts, l’annexe de la bibliothèque du XIVe arrondissement, qu’un vigile à l’allure sévère le pressait maintenant de quitter, était devenue pour lui un refuge en même temps qu’une caverne d’Ali Baba regorgeant de trésors.

– Déjà six heures du soir ? s’interrogea Pierre, incrédule. J’étais pourtant là dès l’ouverture des portes à deux heures mais je n’ai pas vu le temps filer… Il est vrai qu’avec les jours qui rallongent en cette fin du mois de mai, il n’est plus utile d’éclairer la salle, pourtant tapissée de bois sombre du sol au plafond, et on y perd ses repères… Mais comment vais-je faire, moi ? Pour terminer l’année de septième, le maître nous demande de préparer un exposé à présenter devant toute la classe. Il paraît même qu’un inspecteur du ministère sera là pour nous écouter! C’est une catastrophe, je ne suis pas prêt… Et ce maudit bégaiement qui me paralyse!…

Le garçon n’eut d’autre choix, pourtant, que de refermer le livre, si précieux à ses yeux. Sur la couverture en cuir mordoré, dans une édition originale de Pierre-Jules Hetzel, on pouvait lire, en lettres dorées où alternaient les pleins et les déliés Vingt mille lieues sous les mers par Jules Verne. Et sur la page de garde, le regard était hypnotisé par une illustration fantastique, au propre comme au figuré, où des poulpes géants, un narval à l’unique défense torsadée aussi affûtée que l’épée de d’Artagnan et un cachalot gigantesque, gueule béante, côtoyaient deux scaphandriers, à l’allure picaresque. Les deux intrépides avaient trouvé refuge dans une caverne sous-marine d’où ils pouvaient admirer le spectacle saisissant. Une signature en bas à droite du dessin : « Hildibrand ». Dès qu’il l’avait vue, Pierre avait été littéralement captivé par cette représentation fantasmagorique d’un univers qu’il n’imaginait même pas en rêve.

Hildibrand, Henri-Théophile de son prénom, n’aurait bientôt plus de secret pour Pierre. C’est cela qu’il voulait faire dans la vie, c’est cela qu’il voulait faire de sa vie, il en était certain. Et aucun agent de bibliothèque, aussi redoutable soit-il, ne pourrait l’en empêcher…

Vingt mille lieux sous les mers

Découvrez la biographie d’entreprise « Yprema, le développement durable au coeur du BTP »

Yprema

Yprema

Découvrez l’histoire d’une entreprise familiale du BTP qui a mis en œuvre le développement durable et l’économie circulaire bien avant l’heure, de façon pragmatique et planifiée à la fois.

Depuis plus de 30 ans, Yprema est une entreprise qui valorise et recycle les matériaux de déconstruction du BTP: béton, couches de chaussée, terres d’excavation, mâchefers.

Yprema

Dans un livre que j’ai eu le grand plaisir d’écrire et que les dirigeants de l’entreprise, Claude Prigent et Maryse Le Goff, ont souhaité libre d’accès en mettant en ligne une version électronique, découvrez l’histoire d’une PME qui a construit sa réussite économique sur les principes du développement durable: protection de l’environnement, équité sociale, parité hommes-femmes, diversité culturelle, gouvernance démocratique. Une entreprise qui innove plus que jamais en investissant l’économie numérique avec la solution Yterres, une application numérique dont l’objet est de faciliter la mise en relation des entreprises du BTP qui veulent développer et systématiser le réemploi et le recyclage.

Yterres

Yprema, c’est aussi une histoire bretonne puisque les fondateurs de l’entreprise, Yves Prigent et Marie-Thérèse Le Gall-Prigent, originaires de Plounévézel près de Carhaix, font partie de ces milliers de Bretons qui, naguère, ont rallié la région parisienne pour gagner leur pain. Et c’est leur fils aîné, Claude Prigent, président d’Yprema depuis 29 ans, qui décida, voici vingt ans, de « rapatrier » la présidence du groupe à Carhaix. Après une première phase de développement en Ile-de-France, c’est toujours en Bretagne, à Pluguffan près de Quimper, qu’Yprema a créé, en 2001, sa première plateforme de production en région.

Découvrez le livre électronique ici et lisez-le à votre rythme:

Parution de « Hervé Grall, ar mor e-barzh ma sac’h / comme un océan dans mes bagages »

Hervé Grall

Hervé Grall, ar mor e-barzh ma sac’h / comme un océan dans mes bagages est la biographie d’un natif de Brest qui a voué toute sa vie professionnelle et plus encore à la mer dans toutes ses dimensions : pêche et cultures marines, recherche océanographique et vulgarisation, vieux gréements et patrimoine immatériel. Son amour de la mer l’aura conduit à beaucoup voyager. Un parcours, riche en rencontres humaines et en anecdotes, qui méritait d’être raconté. Il se trouve qu’Hervé Grall, qui fut le premier directeur d’Océanopolis, est lui-même un auteur reconnu pour ses écrits maritimes, dont le livre Recouvrance, carnets de bord, édité par Skol Vreizh et consacré par le prix 2010 de l’Académie de marine.

Hervé Grall s’est aussi engagé, dès ses années d’étudiant, en faveur d’une émancipation politique et culturelle du peuple breton.

Toute une vie guidée par trois passions: la mer, la Bretagne et les horizons lointains.

Édité par les Presses Populaires de Bretagne, le livre est disponible en français, au prix de 12 €, en librairie (diffusion Coop Breizh) et auprès de l’éditeur : Voir la fiche du livre sur le site des Presses populaires de Bretagne

.

Parution de « Skoazell Vreizh / Secours breton, 50 ans de solidarité »

Skoazell Vreizh / Secours breton, 50 ans de solidarité est un livre qui retrace le parcours épique de l’association éponyme. L’auteur met l’accent sur les femmes et les hommes qui l’ont animée depuis sa création au lendemain des événements de Mai 68, parmi lesquels les écrivains Xavier Grall, Gwenc’hlan Le Scouézec et Erwan Vallerie qui furent au nombre de ses fondateurs. Christian Guyonvarc’h a aussi recueilli le témoignage d’une trentaine de personnes qui ont pu compter sur le soutien de Skoazell Vreizh. Le récit est illustré de nombreux documents inédits.

Skoazell Vreizh est un exemple rare de résilience dans le panorama des associations d’aide aux justiciables en Europe et de diversité aussi dans les causes défendues… jusqu’au combat des parents du petit Fañch Bernard pour que le prénom de leur enfant puisse s’écrire dans la langue correspondante : le breton.

Le livre est édité par l’association elle-même dans deux versions linguistiques, l’une en français, l’autre en breton.

Festival du livre Carhaix

Il est disponible au prix de 25 € en librairie (diffusion Coop Breizh) et auprès de l’association : Voir le site ici.

Yprema, une entreprise du BTP écologique et solidaire

[Biographies de Bretagne a le plaisir de vous proposer un extrait de la partie introductive de la biographie de l’entreprise Yprema, à paraître au quatrième trimestre 2019 à l’occasion du 30ᵉ anniversaire de l’entreprise. Cette biographie a été écrite à partir d’une trentaine de témoignages directs : agents de production, cadres, dirigeants, intervenants extérieurs, partenaires industriels]

Six juin 2019 : nous sommes à Massy, département de l’Essonne, à 15 kilomètres au sud de Paris, près de l’aéroport d’Orly. Les salariés de la société Yprema et Claude Prigent, son président, accueillent leurs invités pour fêter ensemble le 30ᵉ anniversaire de l’entreprise, née en 1989 sous le statut de filiale de la société de travaux publics Yves Prigent SA. Il y a là clients et fournisseurs, partenaires industriels et commerciaux, représentants des collectivités et des services de l’État, associations de protection de l’environnement et riverains aussi. Le choix de Massy pour célébrer l’événement ne doit rien au hasard. Là, il y a tout juste 30 ans, Yves Prigent SA, fondée par un couple de paysans originaires de Plounévézel en centre-Bretagne, et sa filiale naissante créaient une de leurs toutes premières plateformes de production de matériaux pour le BTP, des matériaux issus du recyclage des bétons de déconstruction, des couches de chaussée démontées et des terres d’excavation. Trente ans plus tard, le site de Massy présente un bilan environnemental qui parle de lui-même : 5,5 millions de tonnes de matériaux recyclés (dont 80 % dans un rayon de dix kilomètres autour du site), soit plus de 80 hectares d’espaces naturels préservés, et 180 000 tonnes équivalent carbone économisées, soit les émissions de CO2 de 5 000 ménages français.

Devant l’auditoire réuni, Claude Prigent, fils du fondateur, qui fut d’abord le directeur général d’Yprema avant d’en prendre la présidence en 1992, retrace les grandes étapes de l’histoire de la société. Il rappelle les crises cycliques du BTP qu’Yprema a dû et pu surmonter en misant à chaque fois sur les valeurs collectives et le renforcement des compétences de chaque salarié.e, il loue les principes du développement durable qui ont servi de fil conducteur et de source d’inspiration et d’innovation, il n’accable pas une réglementation européenne en matière environnementale que l’entreprise a toujours préféré anticiper plutôt que subir pour en faire un levier de croissance verte. Il explique comment il a voulu que les salariés de son entreprise passent à la semaine de 35 heures sur quatre jours dès 1997, ce qui a permis d’améliorer les conditions de travail et de vie des personnels mais aussi d’augmenter la productivité de l’entreprise. Pari gagnant : 22 ans plus tard, Yprema est passée de 15 à 102 salariés et le chiffre d’affaires a été multiplié par sept !

Puis Claude Prigent s’attarde un instant sur la place qu’Yprema a voulu donner à la biodiversité sur chacun de ses sites d’exploitation, en commandant des audits faune-flore, en réalisant des plantations qui favorisent la diversité des espèces végétales et animales, en installant des ruches qui agissent comme des « sentinelles de l’environnement » et produisent du miel.

Oui, l’histoire est belle. Mais en ce jour de juin 2019, pour Claude Prigent et toute son équipe il s’agit aussi de parler d’avenir car les festivités du 30ᵉ anniversaire d’Yprema et de son implantation à Massy sont l’occasion de présenter une plateforme en pleine évolution. Le projet, appelé Massy 2, consiste dans un premier temps à déplacer l’activité de recyclage des matériaux de déconstruction (blocs de béton et couches de chaussée), tandis que l’activité de recyclage de terres – grâce au procédé du chaulage – demeure sur la plateforme Massy 1. Puis au printemps 2021, la base-vie, qui réunit l’équipement d’accueil des clients et les locaux du personnel, ainsi que les espaces verts seront réalisés sur les nouveaux terrains. Ici, par un traitement paysager soigné, l’entreprise veut mettre en valeur son savoir-faire en matière d’intégration d’un équipement industriel dans son environnement urbain. Une autre priorité est de veiller au bien-être des voisins en prenant des mesures de prévention des nuisances en matière de bruit, d’émissions de poussières ou de salissure des voiries.

À vrai dire, Massy 2 n’est pas une révolution dans l’histoire d’Yprema mais plutôt une étape supplémentaire dans une démarche qualité qui vient de loin car, dès 2006, la plateforme de Massy avait été la première centrale de recyclage en Île-de-France à obtenir une labellisation dans le cadre de la Charte de l’environnement de l’UNICEM (Union nationale des industries de carrières et minéraux) au niveau le plus élevé : 4 sur 4. Cette reconnaissance officielle de la profession, celle des confrères donc mais néanmoins concurrents, avait demandé un travail de longue haleine pour satisfaire pas moins de 80 critères. Et juste avant Massy, la plateforme qu’Yprema a ouverte en 2001 en Bretagne, à Pluguffan près de Quimper, avait été tout bonnement la première en France à obtenir un si haut niveau de labellisation.

Inscrire le développement durable dans l’objet social de l’entreprise

Avant d’inviter ses convives à partager le verre de l’amitié, Claude Prigent choisit de mettre en lumière une récente évolution du droit du commerce : « Le 11 avril dernier, le Parlement a définitivement adopté la loi PACTE (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises). Le débat parlementaire a été long, parfois âpre. Certaines dispositions de cette loi sont controversées, je le sais, mais s’il est un volet qui devrait faire consensus, c’est celui qui permettra aux entreprises, par une modification du Code civil, d’introduire dans leur objet social un principe d’utilité sociale et environnementale. » (2)

Dans la revue Yprema Matériaux, que l’entreprise édite depuis septembre 1994 à raison de trois numéros par an – initialement sur papier recyclé et depuis 2017 sur feuille de pierre – et qu’elle imprime aujourd’hui à 10 000 exemplaires, la secrétaire générale Susana Mendès écrivait en juin 2018 à propos de ce qui n’était encore qu’un projet de loi : « Cette loi qui, outre des mesures d’ordre économique, doit introduire des mesures liées à la RSE (responsabilité sociale/sociétale des entreprises) et au développement durable n’est pas une contrainte pour Yprema. Bien au contraire, de par l’anticipation et la prise en compte de ces domaines dans son organisation, Yprema est prête à mettre en pratique la loi PACTE dès sa parution et à élargir son objet social au développement durable. » (3)

Le chantier du Grand Paris : un défi écologique pour le BTP

Si en ce 6 juin 2019 Claude Prigent aborde la question de l’objet social de l’entreprise, c’est pour mieux souligner la réponse qu’Yprema veut apporter au nouveau cadre juridique ainsi créé. L’entreprise veut agir avec le souci de l’intérêt général, en l’occurrence au regard des enjeux écologiques du chantier titanesque du Grand Paris dont les travaux ont débuté en 2017 : « Les articles 1833 et 1835 du Code civil vont se trouver modifiés (4). Eh bien tant mieux, nous voulons qu’Yprema soit parmi les premières entreprises à inscrire le développement durable dans son objet social. Le chantier du Grand Paris est l’occasion de mettre cette disposition de la loi PACTE en application. La région parisienne connaît depuis plusieurs années un déficit en matériaux de construction, avec un besoin de 30 millions de tonnes par an alors que les carrières franciliennes ne peuvent produire que 18 millions de tonnes. En parallèle d’ici à 2020, et alors que le Grand Paris va générer plus de 60 millions de tonnes de déblais supplémentaires, les capacités annuelles de stockage de ces matériaux vont s’épuiser. On est dans une situation d’urgence absolue. Yprema est et sera de ce fait de plus en plus sollicitée pour réceptionner des terres inertes. »

Claude Prigent rappelle qu’il appartient aux donneurs d’ordre publics, donc à l’État, aux collectivités d’Île-de-France, à la Société du Grand Paris – l’établissement public en charge du dossier – de veiller à ce qu’une chaîne vertueuse se construise entre les acteurs de la déconstruction et du déblaiement et ceux de la construction, afin qu’un maximum de « déchets » deviennent des produits de réemploi ou de recyclage. Des entreprises responsables et compétentes existent déjà pour tenir le rôle d’intermédiaire. Encore faut-il que les décideurs publics leur facilitent la tâche en permettant leur implantation au plus près des chantiers urbains.

De Paris aux régions

Claude Prigent n’oublie pas que la problématique de l’accès à des matériaux de construction recyclés pour le BTP ne se limite pas à la région parisienne. Yprema exploite une plateforme de réception et de production en Bretagne, à Pluguffan près de Quimper, et une autre à Reims, en partenariat avec l’entreprise locale Moroni et la communauté urbaine. Pour diffuser son savoir-faire, depuis 2013 Yprema a également développé des franchises avec trois PME régionales ancrées depuis plusieurs décennies dans leur territoire : en Ardèche, Construction Bâtiment Maintenance (CBM) Lextrait-Manent et sa filiale dédiée au recyclage CBM Agrégats 07, dans le Calvados, Recyclage Négoce Mondevillais (RNM) – une émanation de la SCOP Floro TP Associés – et dans les Pyrénées-Atlantiques, l’entreprise Despagnet. Ce modèle économique basé sur le partenariat et l’addition des compétences, Yprema souhaite le développer dans d’autres régions où la question du recyclage des matériaux du BTP est encore balbutiante.

Si la pénurie de matériaux naturels n’est pas encore un problème qui se pose en région avec la même acuité qu’en Île-de-France, il n’en est pas moins vrai qu’une généralisation des filières locales de recyclage des matériaux du BTP en France, sur des sites d’exploitation intégrés au tissu urbain comme le sont les plateformes d’Yprema, permettrait de diminuer l’impact environnemental des collectivités et le bilan carbone des territoires. En outre, la saturation des déchetteries et les contraintes de long terme qui pèsent sur les finances des collectivités gestionnaires de ces équipements publics (baisse des dotations de l’État) sont des éléments qui devraient inciter ces dernières à encourager des solutions alternatives dans le secteur privé pour la collecte et le traitement des déchets des professionnels, en particulier ceux des PME et des entreprises artisanales du BTP. Pourtant, force est de constater qu’un travail de pédagogie reste à faire auprès de la plupart des décideurs locaux afin que les politiques publiques évoluent dans ce sens.

Mais d’où vient donc l’engagement militant d’Yprema pour la terre, cet élément primordial qui a accompagné toutes les civilisations humaines dans leur développement ? Et d’où les femmes et les hommes qui ont fait l’histoire de cette entreprise depuis plus de trois décennies tirent-ils cette conviction chevillée au corps qu’un matériau aussi commun ne doit pas être gaspillé et qu’il peut se recycler?

(1) https://www.ruptur.fr/actualites/lafabriqueruptur-floralies-2019/

(2) http://www.assemblee-nationale.fr/15/ta/tap0258.pdf

(3) Yprema Matériaux, numéro 75, juin 2018, éditorial « Loi PACTE », Susana Mendès, secrétaire générale.

(4) http://leplaylaw.com/2018/10/10/larticle-61-de-loi-pacte-articles-1833-1835-du-code-civil-et-la-societe-a-mission/

Pierre Le Gonidec, un artiste à découvrir

Le métier de biographe offre bien des motifs de se réjouir. Le moindre n’est pas celui de découvrir des talents jusqu’alors inconnus à nos yeux et à notre esprit. A ce bonheur personnel s’ajoute ensuite la joie de pouvoir partager à notre tour avec le lecteur ce qui nous enchante.

Pierre Le Gonidec, dont nous écrivons actuellement le récit de vie, est un artiste plasticien qui s’est accompli au plan professionnel dans le design graphique et la création d’images de marque. Nous présentons ici, grâce à sa fille Marie-Barbara, trois œuvres de jeunesse, produites dans les années Cinquante, qui révèlent une maîtrise technique déjà très aboutie et une sensibilité à fleur de peau.

Voici donc successivement:
– une aquarelle qui représente la maison des grands-parents paternels à Plestin-les-Grèves,
– une gouache qui représente un port breton,
– une gravure en taille douce sur une plaque de zinc, représentant un paysage champêtre. On admirera le travail sur la perspective selon une technique, la gravure en taille douce (consistant à évider une plaque de cuivre ou de zinc), qui ne se transmet plus guère.

Nous espérons vivement que le travail de Biographies de Bretagne puisse contribuer à faire connaître et reconnaître le talent de Pierre Le Gonidec.

Pierre Le Gonidec, un pionnier breton du design graphique et de l’image de marque

Biographies de Bretagne, spécialiste du récit de vie individuel, familial ou collectif se rapportant à l’histoire contemporaine de la Bretagne et des Bretons, a le plaisir de vous informer de la mise en chantier d’une nouvelle biographie.

Il s’agira du récit de vie de Pierre Le Gonidec, un « Breton de Paris » comme on dit, né en 1935 à Boulogne-Billancourt, où ses grands-parents paternels avaient migré pour le travail, mais qui a gardé toute sa vie durant un lien indéfectible avec la terre de ses origines. Jusqu’à lui consacrer son mémoire de fin d’études à l’École normale supérieure de l’enseignement technique (ENSET) de Cachan, où il s’est formé aux arts appliqués après avoir révélé un talent précoce pour le dessin et la gravure. En effet, le mémoire en question portait sur « La Vierge de Pitié dans la sculpture bretonne », un travail d’étudiant qui aura amené le jeune homme à arpenter toutes les petites routes de Bretagne et à ouvrir la porte de multiples chapelles sur des trésors méconnus du plus grand nombre.

L’attachement de Pierre Le Gonidec pour la patrie de ses grands-parents, qu’il connut quand ces derniers avaient déjà rejoint le pays et chez lesquels il passa toutes ses vacances d’enfant à courir les fermes du côté de Plestin-les-grèves, l’a également conduit à s’installer lui-même en Bretagne, le temps de la retraite venu, pour ne plus vouloir la quitter. L’esthète passionné de musiques du monde et de jazz bebop, pour qui le chant diphonique des nomades des steppes de Mongolie et le piano dissonant de Thelonious Monk n’ont plus de secret, a trouvé son havre de paix dans une petite maison posée au-dessus de la baie de Morlaix, avec pour voisins perpétuels le cairn de Barnenez et le château du Taureau.

Pourtant, Pierre Le Gonidec aura mené toute sa vie professionnelle ou presque hors de Bretagne, pour l’essentiel à Lille et à Roubaix où il participa à la création de l’École supérieure des arts appliqués et du textile (ESAAT). Son enseignement atypique et innovant lui valut, dans la vague de Mai 68, d’être imposé par les étudiants lillois aux institutions éducatives comme leur nouveau professeur d’art graphique. Homme d’avant-garde, c’est aussi dans la capitale des Flandres qu’avec son épouse Paule Vezinhet, une Aveyronnaise rencontrée sur les bancs de l’ENSET à Cachan, il fonda en 1965 le Groupe d’étude d’art appliqué ou GE2A, un studio (on ne disait pas encore « agence ») où le couple voulait pouvoir laisser libre court à sa créativité et qui se spécialisa rapidement dans l’habillage de marques. On ne parlait pas encore d’ « image de marque » mais c’est bien de cela dont il s’agissait. Là, le couple Le Gonidec – Vezinhet aura littéralement inventé des concepts visuels qui, aujourd’hui, sont inscrits dans la stratégie commerciale de toutes les entreprises et dont nous révélerons ici quelques aperçus. C’est eux, les premiers, qui eurent l’idée d’habiller entièrement des camions aux couleurs d’une marque, en l’occurrence ceux du groupe Francis Holder, du nom du fondateur des boulangeries Paul. Pendant trente-cinq ans, Francis Holder confiera son image de marque au couple Le Gonidec – Vezinhet, une fidélité exceptionnelle dans le monde économique. Dans un autre registre, nos compagnes qui ont connu les années 70 et 80 n’ont certainement pas oublié la révolution libératrice que constitua pour les femmes la petite pochette Nana. Eh bien, cette pochette joliment habillée de multiples petits papillons de toutes les couleurs, c’était une création de Paule Vezinhet et Pierre Le Gonidec.

Pierre Le Gonidec et Paule Vezinhet auront transmis le virus des arts et de la création à leurs trois enfants qui sont devenus maquettiste d’architecture, styliste-modéliste et ethnomusicologue.

Dans deux vidéos enregistrées en 2007 par leur fille Marie-Barbara, Pierre Le Gonidec et Paule Vezinhet, qui nous a quittés voici six ans, expliquent leur approche de l’art graphique et des arts appliqués au domaine de l’entreprise. Passionnant!

https://www.youtube.com/watch?time_continue=7&v=AX8wH6sx0OQ

https://www.youtube.com/watch?time_continue=7&v=uyEu1o-0AIM

La biographie dont nous entamons l’écriture racontera cette histoire d’aujourd’hui, une histoire personnelle et singulière mais qui nous parle de notre quotidien et qui, à cet égard, est aussi l’histoire de tous. C’est là tout le sens que nous donnons au travail de Biographies de Bretagne.

Christian Guyonvarc’h

Une saga familiale en Bretagne… ou l’histoire incarnée d’un pays

Depuis dix-huit mois, nous nous attachons à collecter et à transmettre par l’écrit la mémoire contemporaine et populaire de la Bretagne. C’est peu dire que notre territoire et sa population ont connu des bouleversements et des mutations considérables tout au long du siècle dernier. Certains ont été subis, parfois au prix de grandes souffrances physiques et psychologiques, d’autres au contraire ont été voulus et recherchés car ils répondaient à une véritable aspiration à laisser derrière soi le vieux monde. La tâche que Biographies de Bretagne s’est assignée n’est pas de raconter la grande Histoire, qui est rarement celle des peuples et plus sûrement celle des puissants, mais de montrer comment des femmes et des hommes qui n’étaient pas sous le regard des portraitistes officiels ou la lumière des projecteurs ont écrit la leur et, ce faisant, participé à l’écriture du récit collectif des Bretonnes et des Bretons au XX ème siècle.

canot de sauvetage en mer de Lesconil (Pays bigouden) au début du XX ème siècle

La mission d’écoute qui est la nôtre et qui se double souvent d’un travail d’enquête pour inscrire le récit biographique dans un contexte historique, géographique et socio-culturel bien documenté, nous a déjà conduits en divers endroits de notre péninsule : Brest, Groix, la Basse-Loire, le pays de Saint-Brieuc, sans oublier les migrations proches ou lointaines qui ont jalonné les vies de ceux qui se sont confiés à nous ou dont le parcours, parce qu’ils ne sont plus de ce monde, nous a été rapporté par des proches. L’écriture de la biographie collective d’une association de solidarité, qui fêtera l’an prochain son premier demi-siècle, nous donne actuellement l’opportunité de faire le lien entre toutes les Bretagne(s) et l’émigration bretonne qui, ensemble, ont fait de la Bretagne ce qu’elle est. Ces différents parcours de vie déjà recueillis nous confortent dans l’idée que notre travail peut contribuer au lien invisible et néanmoins vital pour la cohésion d’une société qu’il importe de tisser entre les générations d’hier et celles d’aujourd’hui et de demain. Il est révélateur de constater combien cette quête de sens peut animer une mère ou un père qui font appel à nos services pour que la mémoire de leurs aïeux soit transmise à leurs propres enfants.

Inauguration du temple protestant de Lesconil en 1912

Et c’est précisément ce à quoi nous allons nous atteler dans les mois à venir en entrant dans l’écriture d’une véritable saga familiale sur une période d’un siècle et demi. Le défi est immense mais il est exaltant. Un père de famille, qui a grandi à Saint-Brieuc puis qui a construit toute sa carrière professionnelle à Nantes, a souhaité que ses enfants découvrent qui étaient leurs aïeux dont il se trouve qu’ils étaient tous originaires de Cornouaille depuis au moins deux siècles. Cette histoire familiale n’est pas qu’une histoire de famille et c’est là, nous ne le croyons, tout l’intérêt de la tâche à laquelle nous nous consacrons.

L’ancienne Ecole normale de formation des instituteurs à Quimper

La pêche au saumon à Châteaulin dans les années Trente

En effet, au fil des générations de femmes et d’hommes dont nous allons retracer le parcours, nous aborderons des sujets qui s’inscrivent dans notre histoire collective. La liste est déjà longue et elle n’est pourtant que provisoire tant le fil d’Ariane que nous avons à peine commencé à dérouler nous ouvre d’horizons. Nous dirons les métiers du monde rural aujourd’hui disparus tels le cordonnier-bourrelier ou le pêcheur de saumon dans les biefs du canal de Nantes à Brest du côté de Châteaulin. Nous raconterons la vie aventureuse, terriblement exigeante et souvent tragique des marins-pêcheurs et leur sens du sacrifice quand ils embarquaient par une nuit sans lune sur les canots des premières sociétés locales de sauvetage en mer, de frêles esquifs qu’ils arrachaient aux vagues tempétueuses à la seule force des bras. Nous retracerons les épreuves de ces générations successives de Bretons sacrifiés dans des conflits que la folie des gouvernements avait déclenchés : Guerre de 1870, Première et Seconde Guerres mondiales. Nous narrerons comment des familles de travailleurs venues d’autres pays ont pris leur part au redressement économique et démographique de la Bretagne dès les lendemains du premier conflit mondial. Nous évoquerons le protestantisme en Bretagne et plus particulièrement son implantation sur le littoral du Pays bigouden à la fin du XIX ème siècle à partir des missions conduites par des pasteurs méthodistes gallois qui utilisaient la langue bretonne pour diffuser leur foi. Nous rappellerons les problèmes sanitaires majeurs de la première moitié du XX ème siècle qui n’épargnaient que très peu de familles : tuberculose, grippe espagnole (pandémie de 1918-1919), ravages de l’alcool et du tabac. Mais nous montrerons aussi comment l’éducation pour tous et l’accès au métier d’instituteur par les formations dispensées dans les écoles normales ont été pour les milieux populaires des vecteurs d’ascension sociale sans précédent. Nous décrirons encore l’organisation des solidarités avant la création de la Sécurité sociale en 1945, avec l’exemple de la Providence Bretonne à Châteaulin qui aidait les familles à faire face à la maladie et à vivre plus dignement l’âge de la retraite. Nous révélerons à certains peut-être une Bretagne des contradictions politiques, loin de l’image d’Épinal d’une « province » uniformément conservatrice et soumise au discours du clergé, car certains territoires de Bretagne offrirent parmi leurs premiers bastions aux idées républicaines puis aux courants socialiste et communiste. Nous aurons même l’occasion de tirer quelques couleurs à la palette de la Bretagne des peintres en évoquant l’œuvre d’artistes bretons de naissance ou d’adoption comme Émile Simon et Paul Sérusier mais aussi celle du Japonais Foujita qui retrouva l’inspiration dans les années Cinquante à la lumière des ports de pêche du Pays bigouden.

Une toile peinte par Foujita à Lesconil au début des années Cinquante

Nous ne saurions omettre un des aspects les plus intéressants et instructifs de la saga familiale qui va nous occuper, à savoir l’affirmation du rôle des femmes dans la vie économique et, ce faisant, leur émancipation. Nous dresserons le portrait d’une commerçante, veuve de guerre et chargée de famille, qui tint dès les années Vingt et jusqu’aux années Soixante une échoppe multiservices dans une petite commune du Porzay. Non loin de là, à Châteaulin, une petite fille de neuf ans avait depuis longtemps déjà rejoint sa tante pour l’aider à tenir un hôtel dont elle prendrait elle-même la direction par la suite. Et c’est une de ses petites-filles qui, au terme de brillantes études universitaires, deviendra dentiste et ouvrira son premier cabinet dans une petite commune du sud Cornouaille dès le début des années Cinquante.

Les ouvrières de l’usine de sardines de Lesconil en grève en 1924

Oui, une seule famille dont les aïeux, tous de Cornouaille, étaient des paysans, des marins-pêcheurs, des ouvrières, des couturières ou de modestes commerçants, va nous permettre de dérouler bien des chapitres du grand livre des Bretonnes et des Bretons au XX ème siècle.

Biographies de Bretagne au Musée des Thoniers d’Etel le dimanche 21 octobre

Dimanche 21 octobre, de 10h à 18h, au Musée des Thoniers d’Etel, j’aurai le plaisir de présenter la biographie « Yannig Baron, ar seizh avel, par tous les vents de Bretagne » au côté d’une quinzaine d’autres auteurs qui ont écrit récemment des livres à thématique maritime.

Dans la biographie que je viens de consacrer à Yannig Baron, qui sera également présent pour l’occasion, la mer est très présente. Quoi de plus normal puisque Yannig est natif de Groix, petit-fils de l’inventeur du thonier « dundee », Pierre Baron… et ancien pêcheur de thon lui-même, ayant navigué comme mousse sur le J.T. (Joseph Tonnerre) en 1950 puis sur le Jeanne-Laurent en 1951. Yannig est un des derniers acteurs pouvant encore témoigner de ce qu’était la pêche au thon sur les voiliers. Et de certaines pratiques culinaires qui tendent à s’effacer dans la mémoire populaire: la cuisson des patates à l’eau de mer (« super bon! » nous dit Yannig avant d’ajouter « à condition qu’elle soit collectée en haute mer« ) ou encore l’étonnant boudin de thon (« un délice!« ).

Alors, au plaisir de vous retrouver à Etel dimanche.

Christian Guyonvarc’h

salon du livre maritime au Musée des Thoniers d’Etel

https://www.facebook.com/events/975583132628579/

Taille du texte
Contraste
Retour en haut

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer