Bloavezh mat! Nôs veûs les meillous! Bonne année!

PEG BARZ, c’est le nom, breton, d’un bateau de pêche qui naguère navigua de part et d’autre de la fameuse et redoutée barre d’Étel.

Peg barz !, ça veut dire littéralement « Fonce dans le tas ! », mais on peut traduire l’expression par « Va de l’avant ! »

Après une année 2020 qui nous a toutes et tous éprouvés à maints égards et qui aura entravé bien des projets, Christian Guyonvarc’h et Biographies de Bretagne (spécialiste des récits de vie et de la mémoire populaire contemporaine), vous souhaitent une année 2021 qui vous permette d’aller de l’avant pour ajouter à votre parcours de vie de nouvelles pages mémorables.

Bloavezh mat !

Nôs veûs les meillous !

Bonne année !

Femmes courage, femmes en lutte

Je partage avec vous un extrait d’une nouvelle biographie familiale dont je viens d’achever l’écriture et dont le récit se déroule sur près de deux siècles.

Une vraie saga populaire où l’histoire de la Bretagne s’incarne à travers les visages de marins pêcheurs, d’ouvrières, de paysans, de petits commerçants et d’instituteurs laïcs. Comme pour les biographies que j’ai signées précédemment, je me suis attaché à inscrire l’histoire de la famille dans son contexte à la fois historique, géographique, social et culturel.

Ici en l’occurrence, nous sommes dans le petit port de pêche bigouden de Lesconil durant l’entre-deux-guerres. Les femmes y occupent déjà un rôle économique majeur mais elles se manifestent aussi par un engagement politique et syndical sans équivalent en Bretagne.

Yvette, qui apporte ici un témoignage personnel, est l’aînée de la famille qui m’a sollicité pour écrire cette biographie.


Port de Lesconil, années 1930. Pêcheurs nettoyant leurs casiers.

Si Lesconil occupe une place à part dans l’histoire collective des Bretons, le port bigouden le doit singulièrement aux femmes. Nous avons vu précédemment comment elles ont joué un rôle déterminant dans l’implantation du protestantisme à partir des années 1880, voyant dans la conversion à cette religion propagée par des pasteurs, gallois certes mais bretonnants, l’occasion d’extraire leurs maris et leurs fils de l’emprise de l’alcool, synonyme de paupérisation pour les ménages.


Le Béthel protestant de Lesconil en 1913.

Les femmes de Lesconil interviennent aussi dans l’activité de pêche et de plusieurs façons. Elles s’occupent souvent de la vente du poisson que leurs maris, leurs fils ou leurs pères ramènent au port, quitte à se rendre à pied jusqu’à Pont-L’Abbé, à plus de 8 km, en tirant des charrettes à bras ! Et quand elles n’ont pas tout vendu aux halles de la capitale bigoudène, elles sillonnent les chemins creux pour se rendre dans les fermes de Plobannalec et même de Plonéour-Lanvern, à plus de 12 km de leur foyer, pour y vendre ce qui leur reste ! Ce sont elles aussi qui ramendent les filets. En 1979, dans la revue Tud ha Bro (Les gens et le pays) qui se consacre à l’étude des sociétés en Bretagne, un pêcheur à la retraite de Lesconil né en 1911 témoigne : « Les femmes travaillaient dur. Elles travaillaient plus que les hommes encore, parce qu’elles vendaient le poisson, revenaient à la maison et se mettaient à ramender encore. Elles passaient tout leur temps à ramender, et ceci du matin jusqu’au soir, quand elles n’allaient pas au marché. Il n’y avait pas de dimanche qui comptait. Elles s’occupaient des enfants en plus. Elles travaillaient bien douze à treize heures par jour. »

Ce sont les femmes toujours qui vont subvenir aux besoins des ménages quand, à partir de 1901-1902, les bancs de sardine se font rares. Cette crise de la ressource va plomber durablement l’activité des ports de Cornouaille et le revenu des pêcheurs – dans un courrier au préfet en décembre 1906, le député Plouzané écrit : « La pêche a été désastreuse pendant l’été. » Par voie de conséquence l’activité des conserveries et le salaire de leurs ouvrières et de leurs soudeurs s’en trouvent affectés et ce jusqu’au lendemain de la Première Guerre mondiale, la mobilisation des hommes dans les tranchées permettant au stock halieutique de se reconstituer. Puisque le poisson vient à manquer, les femmes de Lesconil se mettent au « picot bigouden », une technique de dentelle au crochet dont la particularité est d’utiliser un tissu très fin et un cordonnet. Mais si cette technique fait aujourd’hui partie du patrimoine immatériel local, qu’un très officiel Institut bigouden des broderies et dentelles s’attache à transmettre depuis 1995, ses origines sont à chercher ailleurs, en l’occurrence par delà les mers jusqu’en Irlande. C’est en effet la « guipure d’Irlande », autrement appelée le « point d’Irlande », qui va donner naissance au « picot bigouden » dans les premières années du XXsiècle. Le travail de la dentelle va tenir en Cornouaille le même rôle de secours alimentaire qu’en Irlande au moment de la grande famine de 1845 à 1852 causée par le mildiou qui s’était abattu sur les cultures de pommes de terre. En bigoudénie, un artisanat très développé va voir le jour dans des ateliers familiaux pour la plupart, à la manière des anciens ateliers de tisserands de Locronan, du Léon ou du pays d’Uzel et de Quintin, mais aussi dans quelques maisons plus importantes comme Pichavant à Pont-L’Abbé. Si les femmes sont à la baguette, elles recrutent aussi leurs enfants, y compris les garçons comme en témoignent plusieurs documents photographiques. Le travail est exigeant car il ne tolère aucune déconcentration et use les yeux. Mais la production va prendre un tel essor que, durant plusieurs décennies, les Bigoudènes de Lesconil et d’ailleurs iront parcourir la France et même au-delà pour vendre napperons, gants, bonnets de baptême, chemins de table et autres gilets à dentelle.


Technique du "picot bigouden", importée d'Irlande en 1902.

La place des femmes à Lesconil est tout aussi importante dans l’histoire des luttes sociales et syndicales. « Elles étaient pour la plupart ouvrières à l’usine de sardines, où elles avaient appris à s’organiser syndicalement pour faire valoir leurs droits » nous raconte Yvette, ajoutant : « Elles étaient très laïcardes, très à gauche, plus encore que leurs hommes. » Le témoignage est instructif si l’on se remémore qu’avant-guerre, les partis de gauche étaient plutôt réticents à l’octroi du droit de vote aux femmes au motif, disaient-ils, qu’elles voteraient selon les instructions reçues au confessionnal.

Les femmes de Lesconil se trouvent effectivement à l’avant-garde du vaste mouvement de revendication qui enflamme les ports du pays bigouden durant l’été 1926. Le territoire compte alors pas moins de 24 conserveries, qui emploient 1 800 personnes, dont 11 rien qu’à Saint-Guénolé. S’appuyant sur un premier succès dans les conserveries de Douarnenez en 1925 puis sur un autre à Concarneau début juillet 1926, qui ont permis aux ouvrières des deux cités cornouaillaises d’obtenir une revalorisation de leur salaire à 1,40 franc de l’heure, les ouvrières bigoudènes revendiquent à leur tour une augmentation salariale. Elles réclament que celui-ci soit porté de 1,13 à 1,25 franc. « Pemp real a vo ! » répètent-elles : « Il nous faut cinq réals ! », le real valant vingt-cinq centimes. Singulière histoire que celle du real en Bretagne. Héritage d’un mot espagnol qui signifie royal, le real est une pièce de monnaie qui a été introduite à la fin du XVI siècle quand, dans le contexte des guerres de religion en France, des troupes espagnoles ont occupé pendant une dizaine d’années un certain nombre de territoires maritimes du sud de la Bretagne : presqu’île de Crozon, Cornouaille et embouchure du Blavet. Puis les Espagnols sont partis mais le mot et sa signification sont restés dans le vocabulaire.


Ouvrières d'une usine de Lesconil préparant les sardines.

De leur côté, les soudeurs des conserveries de Lesconil, qui sont payés 1,70 franc de l’heure – les inégalités salariales entre hommes et femmes viennent de loin ! – réclament 2 francs.

Une photographie symbolise le mouvement social de l’été 1926. Devenue célèbre grâce à l’affiche stylisée qu’en a tirée Alain Le Quernec pour une soirée commémorative organisée par la CGT du pays bigouden le 29 octobre 1982, on y voit des Bigoudènes portant la coiffe, en rangs serrés bras dessus, bras dessous et drapeau rouge de la CGTU – une scission temporaire de la CGT d’orientation communiste et révolutionnaire – en étendard, arrivant au Guilvinec pour inciter leurs collègues à débrayer. Nous sommes le 31 juillet 1926. Ces Bigoudènes en cortège de manifestation, ce sont les 132 ouvrières des deux conserveries de Lesconil, Billet Lemy et Maingourd, auxquelles se sont joints 17 salariés masculins. Sur la photo elles s’appellent Maria Sinou, Alice Cossec (la porteuse du drapeau rouge), Marie Durand, Clarisse Le Roy, Marie-Louise Maréchal, Catherine Le Moigne, Marie Le Moigne, Corentine Pochic, Marie-Jeanne Lucas, Caroline Cossec, Céline Le Camp, Marie Le Roux, Titine Faou ou encore Anna Bourligueux.


Les "sardinières" de Lesconil, lançant la grève de l'été 1926.

L'affiche d'Alain Le Quernec, inspirée par la photo précédente.

Les ouvrières de Lesconil ont été les premières à arrêter le travail quatre jours plus tôt à l’instigation du Syndicat unitaire de la conserverie, dont le secrétaire, qui se joint à leur marche à destination du Guilvinec, n’est autre que Charles Tillon. Ce natif de Rennes connaîtra plus tard un destin national quand il se fera élire député d’Aubervilliers sous le Front Populaire, avant d’organiser la résistance communiste sous l’Occupation puis d’occuper des fonctions ministérielles à la Libération. Par la suite il sera écarté de la direction du PCF par les proches de Maurice Thorez et Jacques Duclos, comme d’autres figures de la Résistance intérieure tels André Marty et Georges Guingouin, puis il prendra fait et cause pour la « révolution de velours » de 1968 en Tchécoslovaquie, ce qui entraînera son exclusion du parti en 1970.

Mais revenons dans le pays bigouden en 1926. À Saint-Guénolé, où se concentrent près de la moitié des usines bigoudènes, les ouvrières ont obtenu les cinq reals réclamés par leurs camarades de Lesconil, les usiniers ayant préféré lâcher du lest par crainte d’une contagion. Mais la bataille s’annonce pourtant difficile pour celles de Lesconil car, si leurs conserveries sont placées sous la responsabilité de gérants, le véritable patron de l’usine Billet Lemy n’est autre que le président de la Chambre syndicale des fabricants de conserves de France, autrement dit le patron des patrons. Le 31 juillet, les grévistes de Lesconil parviennent néanmoins à entraîner dans leur sillage les 370 ouvrières des conserveries du Guilvinec, suivies le 4 août par celles de Plonéour-Lanvern (usines Larzul et Raphalen) et de la conserverie Lecointre de l’Île Tudy. La veille au matin, toujours encadrées par Charles Tillon et d’autres militants de la CGTU, quelque 300 grévistes de Lesconil et du Guilvinec ont entrepris de débaucher les personnels des trois usines de Pont-L’Abbé. Mais un comité d’accueil les y attend, le préfet ayant dépêché d’importantes forces de gendarmerie dans la capitale bigoudène. Le soir même, un meeting syndical rassemble 800 personnes. Le 6 août, le commissaire spécial de police de Quimper écrit dans une note à sa hiérarchie: « Les esprits semblent très surexcités à Lesconil où les théories du partage général préconisées par les communistes sont prises au sérieux par des esprits simples qui en attendent la réalisation prochaine. »


Meeting syndical à Pont-L'Abbé le 3 août 1926.

Après ceux de Saint-Guénolé, les usiniers de Pont-L’Abbé et de Penmarc’h acceptent à leur tour de porter le salaire horaire des ouvrières à 1,25 franc, mais pas ceux de Lesconil ni du Guilvinec ! Les deux parties en conflit se confrontent à la préfecture de Quimper. Maria Sinou y représente ses camarades de Lesconil, accompagnée de Charles Tillon. Ne cédant rien, le 9 août les ouvrières de Maingourd et Billet Lemy peuvent à leur tour crier victoire ! Elles obtiennent du patronat un salaire horaire de 1,35 franc, supérieur à leur revendication initiale, et 2 francs pour les hommes. Le dimanche 22 août est un jour de fête à Lesconil : salle Corcuff, filles et garçons sont au bal, arborant un ruban rouge à la coiffe ou à la boutonnière.

Mais la victoire aura vite un goût amer. Par mesure de rétorsion, les actionnaires principaux des conserveries de Lesconil, dont le capital est placé dans différentes usines en France, décident un lock-out et procèdent à des licenciements massifs.

Au début du mois de mars 1927, après sept mois de chômage forcé pour les ouvrières, M. Mény, le directeur de l’usine Maingourd, écrira au préfet du Finistère : « Il ne faut pas que les ouvrières attendent que nous leur demandions si elles veulent travailler, car nous ne leur demanderons pas. Nous avons maintenant des assurances par ailleurs qui font que nous nous moquons complètement de Lesconil et que nous pouvons nous en passer complètement. Si donc les ouvrières veulent travailler, c’est à elles de faire le premier pas. » En l’occurrence, le premier pas consiste à se soumettre par écrit à un règlement intérieur qui stipule notamment « que je m’abstiendrai de toutes manifestations, chants, etc, qui seraient de nature à nuire au travail ou jugés tels par le gérant » et « que je m’abstiendrai de faire partie à l’intérieur de l’usine de toute organisation communiste ou autre qui serait de nature à y faire naître une autorité pouvant discuter les ordres du gérant. »

Nécessité faisant loi, le chantage au travail ne leur laisse guère le choix et, au printemps 1927, 57 ouvrières de Maingourd sur 71 viennent s’inscrire en se soumettant aux conditions imposées par le patronat.

De son côté, Billet Lemy, après avoir rouvert ses portes à Lesconil dès août 1926 pour traiter les légumes et fabriquer des conserves de langoustines, décide de fermer prématurément l’usine le 16 octobre, prétextant une insuffisance de matières premières. C’est pour pouvoir conditionner le retour à l’usine des ouvrières et des soudeurs à une épuration des éléments les plus contestataires comme ne s’en cache pas le siège parisien de l’entreprise dans un courrier adressé au préfet du Finistère : « Nous ne reprendrons pas les ouvrières et ouvriers dont les tendances nettement communistes seraient un élément de trouble dans notre usine. Si des événements quelconques se renouvelaient ou menaçaient de se reproduire, nous sommes parfaitement décidés à fermer immédiatement et à ne plus ouvrir avant longtemps. »

Les deux usines de Lesconil ne rouvrent qu’en juin 1927. Cette année-là, devant la nécessité de nourrir leur famille, bon nombre d’ouvrières du petit port bigouden sont obligées de partir travailler plusieurs mois ailleurs, en particulier vers Quiberon, Le Croisic et jusqu’à Saint-Gilles-Croix-de-Vie en Vendée où la contestation sociale n’est pas de mise. Plus tard ce déplacement saisonnier de travailleuses bigoudènes sera organisé par le patronat avec des recruteuses qui seront chargées de contacter des jeunes femmes à Lesconil mais aussi à Loctudy.


Contrat de travail avec l'usine Cassegrain de St-Gilles-Croix-de-Vie.

Si Lesconil n’a pas conservé le patrimoine industriel de cette époque, notons qu’à Loctudy l’ancienne conserverie de sardine et de maquereau d’Alexis Le Gall, qui a fonctionné entre 1901 et 1954 au cœur de la ville, a été classée monument historique en 2016 et fait l’objet d’un projet de musée. Il s’agit là de l’unique exemple en France, et peut-être même en Europe avec Stavanger en Norvège, d’une conserverie maintenue dans son état d’origine, avec bâtiments de production, magasin à marée, maison de maître et quelque 600 pièces de collection. Les porteurs du projet ont prévu que la dureté du travail et le combat des ouvrières des conserveries du pays bigouden pour une juste rémunération puissent y trouver place.


L'ancienne conserverie Alexis Le Gall à Loctudy.

« Pierre Le Gonidec : histoire d’un pionnier du design de marque » (nouvelle biographie)

Biographies de Bretagne a le plaisir de vous livrer le prologue d’un nouveau récit  de vie. Dans les premières années d’après-guerre, Pierre Le Gonidec, le fils d’un Breton de Paris et d’une Berrichonne, passa tous ses étés auprès de ses grands-parents paternels qui, la retraite venue, s’étaient retirés dans leur Trégor finistérien natal, du côté de Plestin-les-Grèves. C’est là que Pierre découvrit la langue bretonne au contact des paysans, donnant un coup de main aux moissons, courant derrière les vaches avec Jean Lintanf, un jeune garçon de son âge qui plus tard se révélerait un conteur et un chanteur hors pair. C’est là aussi que les paysages ruraux et maritimes éveillèrent la sensibilité artistique de Pierre.

Entré à quinze ans seulement à l’École Estienne qui forme aux métiers du livre – un établissement qui verra passer quelques années plus tard le dessinateur satirique Cabu – Pierre s’initiera aux techniques de la gravure en taille douce sur métal. Puis, après une formation supérieure complémentaire qui lui ouvrira les portes de l’enseignement secondaire, le jeune homme devra se résoudre à prendre le chemin de Lille car telle était la condition imposée par l’Éducation nationale pour qu’il puisse retrouver sa jeune épouse aveyronnaise, Paule Vézinhet, elle-même professeure de dessin. Pour autant, la capitale des Flandres se révélera un lieu particulièrement stimulant, au contact notamment de créateurs belges. C’est là donc que Pierre et Paule donneront naissance en 1965 au GE2A, le Groupe d’étude d’art appliqué, qui ne sera rien moins que le tout premier studio graphique en France qui se consacrera entièrement au design de marque. Le fameux studio Carré Noir de Gérard Caron n’ouvrira ses portes qu’en 1973, soit huit ans plus tard, mais il aurait pour lui d’être établi sur la place de Paris… atout maître pour obtenir la reconnaissance des grands médias et des institutions.  Ici, une des créations de Pierre Le Gonidec en 1968: la fameuse fleur de la marque de produits laitiers Nova.

Nova
Nova

Dans l’extrait qui suit, nous faisons appel aux souvenirs de Pierre pour vous rapporter une scène qui dit beaucoup de l’influence déterminante que l’œuvre littéraire de Jules Verne mais aussi les superbes dessins qui illustraient les premières éditions de ses récits aventureux ont exercée sur la vocation artistique du jeune Breton.

Jules Verne

– Jeune homme, dans cinq minutes il sera dix-huit heures, la bibliothèque va fermer. Il est temps que vous rangiez vos crayons de couleur.

Le cerbère des lieux, lunettes sur le nez et fine moustache, blouse noire de fonction et béret vissé sur la tête, s’était exprimé d’une voix claire et ferme, mais sans animosité. Depuis plusieurs mois, il avait pris l’habitude de voir passer tous les jeudis, jour de congé des écoliers, ce garçon d’une douzaine d’années peut-être, petit brun aux yeux clairs.

L’enfant s’exécuta, quoiqu’à regret. Depuis qu’il savait enfin lire correctement grâce aux vertus pédagogiques de son maître de l’école de la rue Asseline, il mettait du cœur à rattraper toutes les années d’apprentissage perdues pendant cette fichue guerre qui l’avait vu brinquebalé entre le domicile parisien de ses parents et la Bretagne de ses grands-parents paternels, entre le Tarn où sa mère l’avait confié à une amie le temps d’un été prolongé et le Berry de son arrière-grand-mère maternelle. Témoin de ses efforts, l’annexe de la bibliothèque du XIVe arrondissement, qu’un vigile à l’allure sévère le pressait maintenant de quitter, était devenue pour lui un refuge en même temps qu’une caverne d’Ali Baba regorgeant de trésors.

– Déjà six heures du soir ? s’interrogea Pierre, incrédule. J’étais pourtant là dès l’ouverture des portes à deux heures mais je n’ai pas vu le temps filer… Il est vrai qu’avec les jours qui rallongent en cette fin du mois de mai, il n’est plus utile d’éclairer la salle, pourtant tapissée de bois sombre du sol au plafond, et on y perd ses repères… Mais comment vais-je faire, moi ? Pour terminer l’année de septième, le maître nous demande de préparer un exposé à présenter devant toute la classe. Il paraît même qu’un inspecteur du ministère sera là pour nous écouter! C’est une catastrophe, je ne suis pas prêt… Et ce maudit bégaiement qui me paralyse!…

Le garçon n’eut d’autre choix, pourtant, que de refermer le livre, si précieux à ses yeux. Sur la couverture en cuir mordoré, dans une édition originale de Pierre-Jules Hetzel, on pouvait lire, en lettres dorées où alternaient les pleins et les déliés Vingt mille lieues sous les mers par Jules Verne. Et sur la page de garde, le regard était hypnotisé par une illustration fantastique, au propre comme au figuré, où des poulpes géants, un narval à l’unique défense torsadée aussi affûtée que l’épée de d’Artagnan et un cachalot gigantesque, gueule béante, côtoyaient deux scaphandriers, à l’allure picaresque. Les deux intrépides avaient trouvé refuge dans une caverne sous-marine d’où ils pouvaient admirer le spectacle saisissant. Une signature en bas à droite du dessin : « Hildibrand ». Dès qu’il l’avait vue, Pierre avait été littéralement captivé par cette représentation fantasmagorique d’un univers qu’il n’imaginait même pas en rêve.

Hildibrand, Henri-Théophile de son prénom, n’aurait bientôt plus de secret pour Pierre. C’est cela qu’il voulait faire dans la vie, c’est cela qu’il voulait faire de sa vie, il en était certain. Et aucun agent de bibliothèque, aussi redoutable soit-il, ne pourrait l’en empêcher…

Vingt mille lieux sous les mers

Découvrez la biographie d’entreprise « Yprema, le développement durable au coeur du BTP »

Yprema

Yprema

Découvrez l’histoire d’une entreprise familiale du BTP qui a mis en œuvre le développement durable et l’économie circulaire bien avant l’heure, de façon pragmatique et planifiée à la fois.

Depuis plus de 30 ans, Yprema est une entreprise qui valorise et recycle les matériaux de déconstruction du BTP: béton, couches de chaussée, terres d’excavation, mâchefers.

Yprema

Dans un livre que j’ai eu le grand plaisir d’écrire et que les dirigeants de l’entreprise, Claude Prigent et Maryse Le Goff, ont souhaité libre d’accès en mettant en ligne une version électronique, découvrez l’histoire d’une PME qui a construit sa réussite économique sur les principes du développement durable: protection de l’environnement, équité sociale, parité hommes-femmes, diversité culturelle, gouvernance démocratique. Une entreprise qui innove plus que jamais en investissant l’économie numérique avec la solution Yterres, une application numérique dont l’objet est de faciliter la mise en relation des entreprises du BTP qui veulent développer et systématiser le réemploi et le recyclage.

Yterres

Yprema, c’est aussi une histoire bretonne puisque les fondateurs de l’entreprise, Yves Prigent et Marie-Thérèse Le Gall-Prigent, originaires de Plounévézel près de Carhaix, font partie de ces milliers de Bretons qui, naguère, ont rallié la région parisienne pour gagner leur pain. Et c’est leur fils aîné, Claude Prigent, président d’Yprema depuis 29 ans, qui décida, voici vingt ans, de « rapatrier » la présidence du groupe à Carhaix. Après une première phase de développement en Ile-de-France, c’est toujours en Bretagne, à Pluguffan près de Quimper, qu’Yprema a créé, en 2001, sa première plateforme de production en région.

Découvrez le livre électronique ici et lisez-le à votre rythme:

Parution de « Hervé Grall, ar mor e-barzh ma sac’h / comme un océan dans mes bagages »

Hervé Grall

Hervé Grall, ar mor e-barzh ma sac’h / comme un océan dans mes bagages est la biographie d’un natif de Brest qui a voué toute sa vie professionnelle et plus encore à la mer dans toutes ses dimensions : pêche et cultures marines, recherche océanographique et vulgarisation, vieux gréements et patrimoine immatériel. Son amour de la mer l’aura conduit à beaucoup voyager. Un parcours, riche en rencontres humaines et en anecdotes, qui méritait d’être raconté. Il se trouve qu’Hervé Grall, qui fut le premier directeur d’Océanopolis, est lui-même un auteur reconnu pour ses écrits maritimes, dont le livre Recouvrance, carnets de bord, édité par Skol Vreizh et consacré par le prix 2010 de l’Académie de marine.

Hervé Grall s’est aussi engagé, dès ses années d’étudiant, en faveur d’une émancipation politique et culturelle du peuple breton.

Toute une vie guidée par trois passions: la mer, la Bretagne et les horizons lointains.

Édité par les Presses Populaires de Bretagne, le livre est disponible en français, au prix de 12 €, en librairie (diffusion Coop Breizh) et auprès de l’éditeur : Voir la fiche du livre sur le site des Presses populaires de Bretagne

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Parution de « Skoazell Vreizh / Secours breton, 50 ans de solidarité »

Skoazell Vreizh / Secours breton, 50 ans de solidarité est un livre qui retrace le parcours épique de l’association éponyme. L’auteur met l’accent sur les femmes et les hommes qui l’ont animée depuis sa création au lendemain des événements de Mai 68, parmi lesquels les écrivains Xavier Grall, Gwenc’hlan Le Scouézec et Erwan Vallerie qui furent au nombre de ses fondateurs. Christian Guyonvarc’h a aussi recueilli le témoignage d’une trentaine de personnes qui ont pu compter sur le soutien de Skoazell Vreizh. Le récit est illustré de nombreux documents inédits.

Skoazell Vreizh est un exemple rare de résilience dans le panorama des associations d’aide aux justiciables en Europe et de diversité aussi dans les causes défendues… jusqu’au combat des parents du petit Fañch Bernard pour que le prénom de leur enfant puisse s’écrire dans la langue correspondante : le breton.

Le livre est édité par l’association elle-même dans deux versions linguistiques, l’une en français, l’autre en breton.

Festival du livre Carhaix

Il est disponible au prix de 25 € en librairie (diffusion Coop Breizh) et auprès de l’association : Voir le site ici.

Yprema, une entreprise du BTP écologique et solidaire

[Biographies de Bretagne a le plaisir de vous proposer un extrait de la partie introductive de la biographie de l’entreprise Yprema, à paraître au quatrième trimestre 2019 à l’occasion du 30ᵉ anniversaire de l’entreprise. Cette biographie a été écrite à partir d’une trentaine de témoignages directs : agents de production, cadres, dirigeants, intervenants extérieurs, partenaires industriels]

Six juin 2019 : nous sommes à Massy, département de l’Essonne, à 15 kilomètres au sud de Paris, près de l’aéroport d’Orly. Les salariés de la société Yprema et Claude Prigent, son président, accueillent leurs invités pour fêter ensemble le 30ᵉ anniversaire de l’entreprise, née en 1989 sous le statut de filiale de la société de travaux publics Yves Prigent SA. Il y a là clients et fournisseurs, partenaires industriels et commerciaux, représentants des collectivités et des services de l’État, associations de protection de l’environnement et riverains aussi. Le choix de Massy pour célébrer l’événement ne doit rien au hasard. Là, il y a tout juste 30 ans, Yves Prigent SA, fondée par un couple de paysans originaires de Plounévézel en centre-Bretagne, et sa filiale naissante créaient une de leurs toutes premières plateformes de production de matériaux pour le BTP, des matériaux issus du recyclage des bétons de déconstruction, des couches de chaussée démontées et des terres d’excavation. Trente ans plus tard, le site de Massy présente un bilan environnemental qui parle de lui-même : 5,5 millions de tonnes de matériaux recyclés (dont 80 % dans un rayon de dix kilomètres autour du site), soit plus de 80 hectares d’espaces naturels préservés, et 180 000 tonnes équivalent carbone économisées, soit les émissions de CO2 de 5 000 ménages français.

Devant l’auditoire réuni, Claude Prigent, fils du fondateur, qui fut d’abord le directeur général d’Yprema avant d’en prendre la présidence en 1992, retrace les grandes étapes de l’histoire de la société. Il rappelle les crises cycliques du BTP qu’Yprema a dû et pu surmonter en misant à chaque fois sur les valeurs collectives et le renforcement des compétences de chaque salarié.e, il loue les principes du développement durable qui ont servi de fil conducteur et de source d’inspiration et d’innovation, il n’accable pas une réglementation européenne en matière environnementale que l’entreprise a toujours préféré anticiper plutôt que subir pour en faire un levier de croissance verte. Il explique comment il a voulu que les salariés de son entreprise passent à la semaine de 35 heures sur quatre jours dès 1997, ce qui a permis d’améliorer les conditions de travail et de vie des personnels mais aussi d’augmenter la productivité de l’entreprise. Pari gagnant : 22 ans plus tard, Yprema est passée de 15 à 102 salariés et le chiffre d’affaires a été multiplié par sept !

Puis Claude Prigent s’attarde un instant sur la place qu’Yprema a voulu donner à la biodiversité sur chacun de ses sites d’exploitation, en commandant des audits faune-flore, en réalisant des plantations qui favorisent la diversité des espèces végétales et animales, en installant des ruches qui agissent comme des « sentinelles de l’environnement » et produisent du miel.

Oui, l’histoire est belle. Mais en ce jour de juin 2019, pour Claude Prigent et toute son équipe il s’agit aussi de parler d’avenir car les festivités du 30ᵉ anniversaire d’Yprema et de son implantation à Massy sont l’occasion de présenter une plateforme en pleine évolution. Le projet, appelé Massy 2, consiste dans un premier temps à déplacer l’activité de recyclage des matériaux de déconstruction (blocs de béton et couches de chaussée), tandis que l’activité de recyclage de terres – grâce au procédé du chaulage – demeure sur la plateforme Massy 1. Puis au printemps 2021, la base-vie, qui réunit l’équipement d’accueil des clients et les locaux du personnel, ainsi que les espaces verts seront réalisés sur les nouveaux terrains. Ici, par un traitement paysager soigné, l’entreprise veut mettre en valeur son savoir-faire en matière d’intégration d’un équipement industriel dans son environnement urbain. Une autre priorité est de veiller au bien-être des voisins en prenant des mesures de prévention des nuisances en matière de bruit, d’émissions de poussières ou de salissure des voiries.

À vrai dire, Massy 2 n’est pas une révolution dans l’histoire d’Yprema mais plutôt une étape supplémentaire dans une démarche qualité qui vient de loin car, dès 2006, la plateforme de Massy avait été la première centrale de recyclage en Île-de-France à obtenir une labellisation dans le cadre de la Charte de l’environnement de l’UNICEM (Union nationale des industries de carrières et minéraux) au niveau le plus élevé : 4 sur 4. Cette reconnaissance officielle de la profession, celle des confrères donc mais néanmoins concurrents, avait demandé un travail de longue haleine pour satisfaire pas moins de 80 critères. Et juste avant Massy, la plateforme qu’Yprema a ouverte en 2001 en Bretagne, à Pluguffan près de Quimper, avait été tout bonnement la première en France à obtenir un si haut niveau de labellisation.

Inscrire le développement durable dans l’objet social de l’entreprise

Avant d’inviter ses convives à partager le verre de l’amitié, Claude Prigent choisit de mettre en lumière une récente évolution du droit du commerce : « Le 11 avril dernier, le Parlement a définitivement adopté la loi PACTE (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises). Le débat parlementaire a été long, parfois âpre. Certaines dispositions de cette loi sont controversées, je le sais, mais s’il est un volet qui devrait faire consensus, c’est celui qui permettra aux entreprises, par une modification du Code civil, d’introduire dans leur objet social un principe d’utilité sociale et environnementale. » (2)

Dans la revue Yprema Matériaux, que l’entreprise édite depuis septembre 1994 à raison de trois numéros par an – initialement sur papier recyclé et depuis 2017 sur feuille de pierre – et qu’elle imprime aujourd’hui à 10 000 exemplaires, la secrétaire générale Susana Mendès écrivait en juin 2018 à propos de ce qui n’était encore qu’un projet de loi : « Cette loi qui, outre des mesures d’ordre économique, doit introduire des mesures liées à la RSE (responsabilité sociale/sociétale des entreprises) et au développement durable n’est pas une contrainte pour Yprema. Bien au contraire, de par l’anticipation et la prise en compte de ces domaines dans son organisation, Yprema est prête à mettre en pratique la loi PACTE dès sa parution et à élargir son objet social au développement durable. » (3)

Le chantier du Grand Paris : un défi écologique pour le BTP

Si en ce 6 juin 2019 Claude Prigent aborde la question de l’objet social de l’entreprise, c’est pour mieux souligner la réponse qu’Yprema veut apporter au nouveau cadre juridique ainsi créé. L’entreprise veut agir avec le souci de l’intérêt général, en l’occurrence au regard des enjeux écologiques du chantier titanesque du Grand Paris dont les travaux ont débuté en 2017 : « Les articles 1833 et 1835 du Code civil vont se trouver modifiés (4). Eh bien tant mieux, nous voulons qu’Yprema soit parmi les premières entreprises à inscrire le développement durable dans son objet social. Le chantier du Grand Paris est l’occasion de mettre cette disposition de la loi PACTE en application. La région parisienne connaît depuis plusieurs années un déficit en matériaux de construction, avec un besoin de 30 millions de tonnes par an alors que les carrières franciliennes ne peuvent produire que 18 millions de tonnes. En parallèle d’ici à 2020, et alors que le Grand Paris va générer plus de 60 millions de tonnes de déblais supplémentaires, les capacités annuelles de stockage de ces matériaux vont s’épuiser. On est dans une situation d’urgence absolue. Yprema est et sera de ce fait de plus en plus sollicitée pour réceptionner des terres inertes. »

Claude Prigent rappelle qu’il appartient aux donneurs d’ordre publics, donc à l’État, aux collectivités d’Île-de-France, à la Société du Grand Paris – l’établissement public en charge du dossier – de veiller à ce qu’une chaîne vertueuse se construise entre les acteurs de la déconstruction et du déblaiement et ceux de la construction, afin qu’un maximum de « déchets » deviennent des produits de réemploi ou de recyclage. Des entreprises responsables et compétentes existent déjà pour tenir le rôle d’intermédiaire. Encore faut-il que les décideurs publics leur facilitent la tâche en permettant leur implantation au plus près des chantiers urbains.

De Paris aux régions

Claude Prigent n’oublie pas que la problématique de l’accès à des matériaux de construction recyclés pour le BTP ne se limite pas à la région parisienne. Yprema exploite une plateforme de réception et de production en Bretagne, à Pluguffan près de Quimper, et une autre à Reims, en partenariat avec l’entreprise locale Moroni et la communauté urbaine. Pour diffuser son savoir-faire, depuis 2013 Yprema a également développé des franchises avec trois PME régionales ancrées depuis plusieurs décennies dans leur territoire : en Ardèche, Construction Bâtiment Maintenance (CBM) Lextrait-Manent et sa filiale dédiée au recyclage CBM Agrégats 07, dans le Calvados, Recyclage Négoce Mondevillais (RNM) – une émanation de la SCOP Floro TP Associés – et dans les Pyrénées-Atlantiques, l’entreprise Despagnet. Ce modèle économique basé sur le partenariat et l’addition des compétences, Yprema souhaite le développer dans d’autres régions où la question du recyclage des matériaux du BTP est encore balbutiante.

Si la pénurie de matériaux naturels n’est pas encore un problème qui se pose en région avec la même acuité qu’en Île-de-France, il n’en est pas moins vrai qu’une généralisation des filières locales de recyclage des matériaux du BTP en France, sur des sites d’exploitation intégrés au tissu urbain comme le sont les plateformes d’Yprema, permettrait de diminuer l’impact environnemental des collectivités et le bilan carbone des territoires. En outre, la saturation des déchetteries et les contraintes de long terme qui pèsent sur les finances des collectivités gestionnaires de ces équipements publics (baisse des dotations de l’État) sont des éléments qui devraient inciter ces dernières à encourager des solutions alternatives dans le secteur privé pour la collecte et le traitement des déchets des professionnels, en particulier ceux des PME et des entreprises artisanales du BTP. Pourtant, force est de constater qu’un travail de pédagogie reste à faire auprès de la plupart des décideurs locaux afin que les politiques publiques évoluent dans ce sens.

Mais d’où vient donc l’engagement militant d’Yprema pour la terre, cet élément primordial qui a accompagné toutes les civilisations humaines dans leur développement ? Et d’où les femmes et les hommes qui ont fait l’histoire de cette entreprise depuis plus de trois décennies tirent-ils cette conviction chevillée au corps qu’un matériau aussi commun ne doit pas être gaspillé et qu’il peut se recycler?

(1) https://www.ruptur.fr/actualites/lafabriqueruptur-floralies-2019/

(2) http://www.assemblee-nationale.fr/15/ta/tap0258.pdf

(3) Yprema Matériaux, numéro 75, juin 2018, éditorial « Loi PACTE », Susana Mendès, secrétaire générale.

(4) http://leplaylaw.com/2018/10/10/larticle-61-de-loi-pacte-articles-1833-1835-du-code-civil-et-la-societe-a-mission/

Pierre Le Gonidec, un artiste à découvrir

Le métier de biographe offre bien des motifs de se réjouir. Le moindre n’est pas celui de découvrir des talents jusqu’alors inconnus à nos yeux et à notre esprit. A ce bonheur personnel s’ajoute ensuite la joie de pouvoir partager à notre tour avec le lecteur ce qui nous enchante.

Pierre Le Gonidec, dont nous écrivons actuellement le récit de vie, est un artiste plasticien qui s’est accompli au plan professionnel dans le design graphique et la création d’images de marque. Nous présentons ici, grâce à sa fille Marie-Barbara, trois œuvres de jeunesse, produites dans les années Cinquante, qui révèlent une maîtrise technique déjà très aboutie et une sensibilité à fleur de peau.

Voici donc successivement:
– une aquarelle qui représente la maison des grands-parents paternels à Plestin-les-Grèves,
– une gouache qui représente un port breton,
– une gravure en taille douce sur une plaque de zinc, représentant un paysage champêtre. On admirera le travail sur la perspective selon une technique, la gravure en taille douce (consistant à évider une plaque de cuivre ou de zinc), qui ne se transmet plus guère.

Nous espérons vivement que le travail de Biographies de Bretagne puisse contribuer à faire connaître et reconnaître le talent de Pierre Le Gonidec.

Pierre Le Gonidec, un pionnier breton du design graphique et de l’image de marque

Biographies de Bretagne, spécialiste du récit de vie individuel, familial ou collectif se rapportant à l’histoire contemporaine de la Bretagne et des Bretons, a le plaisir de vous informer de la mise en chantier d’une nouvelle biographie.

Il s’agira du récit de vie de Pierre Le Gonidec, un « Breton de Paris » comme on dit, né en 1935 à Boulogne-Billancourt, où ses grands-parents paternels avaient migré pour le travail, mais qui a gardé toute sa vie durant un lien indéfectible avec la terre de ses origines. Jusqu’à lui consacrer son mémoire de fin d’études à l’École normale supérieure de l’enseignement technique (ENSET) de Cachan, où il s’est formé aux arts appliqués après avoir révélé un talent précoce pour le dessin et la gravure. En effet, le mémoire en question portait sur « La Vierge de Pitié dans la sculpture bretonne », un travail d’étudiant qui aura amené le jeune homme à arpenter toutes les petites routes de Bretagne et à ouvrir la porte de multiples chapelles sur des trésors méconnus du plus grand nombre.

L’attachement de Pierre Le Gonidec pour la patrie de ses grands-parents, qu’il connut quand ces derniers avaient déjà rejoint le pays et chez lesquels il passa toutes ses vacances d’enfant à courir les fermes du côté de Plestin-les-grèves, l’a également conduit à s’installer lui-même en Bretagne, le temps de la retraite venu, pour ne plus vouloir la quitter. L’esthète passionné de musiques du monde et de jazz bebop, pour qui le chant diphonique des nomades des steppes de Mongolie et le piano dissonant de Thelonious Monk n’ont plus de secret, a trouvé son havre de paix dans une petite maison posée au-dessus de la baie de Morlaix, avec pour voisins perpétuels le cairn de Barnenez et le château du Taureau.

Pourtant, Pierre Le Gonidec aura mené toute sa vie professionnelle ou presque hors de Bretagne, pour l’essentiel à Lille et à Roubaix où il participa à la création de l’École supérieure des arts appliqués et du textile (ESAAT). Son enseignement atypique et innovant lui valut, dans la vague de Mai 68, d’être imposé par les étudiants lillois aux institutions éducatives comme leur nouveau professeur d’art graphique. Homme d’avant-garde, c’est aussi dans la capitale des Flandres qu’avec son épouse Paule Vezinhet, une Aveyronnaise rencontrée sur les bancs de l’ENSET à Cachan, il fonda en 1965 le Groupe d’étude d’art appliqué ou GE2A, un studio (on ne disait pas encore « agence ») où le couple voulait pouvoir laisser libre court à sa créativité et qui se spécialisa rapidement dans l’habillage de marques. On ne parlait pas encore d’ « image de marque » mais c’est bien de cela dont il s’agissait. Là, le couple Le Gonidec – Vezinhet aura littéralement inventé des concepts visuels qui, aujourd’hui, sont inscrits dans la stratégie commerciale de toutes les entreprises et dont nous révélerons ici quelques aperçus. C’est eux, les premiers, qui eurent l’idée d’habiller entièrement des camions aux couleurs d’une marque, en l’occurrence ceux du groupe Francis Holder, du nom du fondateur des boulangeries Paul. Pendant trente-cinq ans, Francis Holder confiera son image de marque au couple Le Gonidec – Vezinhet, une fidélité exceptionnelle dans le monde économique. Dans un autre registre, nos compagnes qui ont connu les années 70 et 80 n’ont certainement pas oublié la révolution libératrice que constitua pour les femmes la petite pochette Nana. Eh bien, cette pochette joliment habillée de multiples petits papillons de toutes les couleurs, c’était une création de Paule Vezinhet et Pierre Le Gonidec.

Pierre Le Gonidec et Paule Vezinhet auront transmis le virus des arts et de la création à leurs trois enfants qui sont devenus maquettiste d’architecture, styliste-modéliste et ethnomusicologue.

Dans deux vidéos enregistrées en 2007 par leur fille Marie-Barbara, Pierre Le Gonidec et Paule Vezinhet, qui nous a quittés voici six ans, expliquent leur approche de l’art graphique et des arts appliqués au domaine de l’entreprise. Passionnant!

https://www.youtube.com/watch?time_continue=7&v=AX8wH6sx0OQ

https://www.youtube.com/watch?time_continue=7&v=uyEu1o-0AIM

La biographie dont nous entamons l’écriture racontera cette histoire d’aujourd’hui, une histoire personnelle et singulière mais qui nous parle de notre quotidien et qui, à cet égard, est aussi l’histoire de tous. C’est là tout le sens que nous donnons au travail de Biographies de Bretagne.

Christian Guyonvarc’h

Une saga familiale en Bretagne… ou l’histoire incarnée d’un pays

Depuis dix-huit mois, nous nous attachons à collecter et à transmettre par l’écrit la mémoire contemporaine et populaire de la Bretagne. C’est peu dire que notre territoire et sa population ont connu des bouleversements et des mutations considérables tout au long du siècle dernier. Certains ont été subis, parfois au prix de grandes souffrances physiques et psychologiques, d’autres au contraire ont été voulus et recherchés car ils répondaient à une véritable aspiration à laisser derrière soi le vieux monde. La tâche que Biographies de Bretagne s’est assignée n’est pas de raconter la grande Histoire, qui est rarement celle des peuples et plus sûrement celle des puissants, mais de montrer comment des femmes et des hommes qui n’étaient pas sous le regard des portraitistes officiels ou la lumière des projecteurs ont écrit la leur et, ce faisant, participé à l’écriture du récit collectif des Bretonnes et des Bretons au XX ème siècle.

canot de sauvetage en mer de Lesconil (Pays bigouden) au début du XX ème siècle

La mission d’écoute qui est la nôtre et qui se double souvent d’un travail d’enquête pour inscrire le récit biographique dans un contexte historique, géographique et socio-culturel bien documenté, nous a déjà conduits en divers endroits de notre péninsule : Brest, Groix, la Basse-Loire, le pays de Saint-Brieuc, sans oublier les migrations proches ou lointaines qui ont jalonné les vies de ceux qui se sont confiés à nous ou dont le parcours, parce qu’ils ne sont plus de ce monde, nous a été rapporté par des proches. L’écriture de la biographie collective d’une association de solidarité, qui fêtera l’an prochain son premier demi-siècle, nous donne actuellement l’opportunité de faire le lien entre toutes les Bretagne(s) et l’émigration bretonne qui, ensemble, ont fait de la Bretagne ce qu’elle est. Ces différents parcours de vie déjà recueillis nous confortent dans l’idée que notre travail peut contribuer au lien invisible et néanmoins vital pour la cohésion d’une société qu’il importe de tisser entre les générations d’hier et celles d’aujourd’hui et de demain. Il est révélateur de constater combien cette quête de sens peut animer une mère ou un père qui font appel à nos services pour que la mémoire de leurs aïeux soit transmise à leurs propres enfants.

Inauguration du temple protestant de Lesconil en 1912

Et c’est précisément ce à quoi nous allons nous atteler dans les mois à venir en entrant dans l’écriture d’une véritable saga familiale sur une période d’un siècle et demi. Le défi est immense mais il est exaltant. Un père de famille, qui a grandi à Saint-Brieuc puis qui a construit toute sa carrière professionnelle à Nantes, a souhaité que ses enfants découvrent qui étaient leurs aïeux dont il se trouve qu’ils étaient tous originaires de Cornouaille depuis au moins deux siècles. Cette histoire familiale n’est pas qu’une histoire de famille et c’est là, nous ne le croyons, tout l’intérêt de la tâche à laquelle nous nous consacrons.

L’ancienne Ecole normale de formation des instituteurs à Quimper

La pêche au saumon à Châteaulin dans les années Trente

En effet, au fil des générations de femmes et d’hommes dont nous allons retracer le parcours, nous aborderons des sujets qui s’inscrivent dans notre histoire collective. La liste est déjà longue et elle n’est pourtant que provisoire tant le fil d’Ariane que nous avons à peine commencé à dérouler nous ouvre d’horizons. Nous dirons les métiers du monde rural aujourd’hui disparus tels le cordonnier-bourrelier ou le pêcheur de saumon dans les biefs du canal de Nantes à Brest du côté de Châteaulin. Nous raconterons la vie aventureuse, terriblement exigeante et souvent tragique des marins-pêcheurs et leur sens du sacrifice quand ils embarquaient par une nuit sans lune sur les canots des premières sociétés locales de sauvetage en mer, de frêles esquifs qu’ils arrachaient aux vagues tempétueuses à la seule force des bras. Nous retracerons les épreuves de ces générations successives de Bretons sacrifiés dans des conflits que la folie des gouvernements avait déclenchés : Guerre de 1870, Première et Seconde Guerres mondiales. Nous narrerons comment des familles de travailleurs venues d’autres pays ont pris leur part au redressement économique et démographique de la Bretagne dès les lendemains du premier conflit mondial. Nous évoquerons le protestantisme en Bretagne et plus particulièrement son implantation sur le littoral du Pays bigouden à la fin du XIX ème siècle à partir des missions conduites par des pasteurs méthodistes gallois qui utilisaient la langue bretonne pour diffuser leur foi. Nous rappellerons les problèmes sanitaires majeurs de la première moitié du XX ème siècle qui n’épargnaient que très peu de familles : tuberculose, grippe espagnole (pandémie de 1918-1919), ravages de l’alcool et du tabac. Mais nous montrerons aussi comment l’éducation pour tous et l’accès au métier d’instituteur par les formations dispensées dans les écoles normales ont été pour les milieux populaires des vecteurs d’ascension sociale sans précédent. Nous décrirons encore l’organisation des solidarités avant la création de la Sécurité sociale en 1945, avec l’exemple de la Providence Bretonne à Châteaulin qui aidait les familles à faire face à la maladie et à vivre plus dignement l’âge de la retraite. Nous révélerons à certains peut-être une Bretagne des contradictions politiques, loin de l’image d’Épinal d’une « province » uniformément conservatrice et soumise au discours du clergé, car certains territoires de Bretagne offrirent parmi leurs premiers bastions aux idées républicaines puis aux courants socialiste et communiste. Nous aurons même l’occasion de tirer quelques couleurs à la palette de la Bretagne des peintres en évoquant l’œuvre d’artistes bretons de naissance ou d’adoption comme Émile Simon et Paul Sérusier mais aussi celle du Japonais Foujita qui retrouva l’inspiration dans les années Cinquante à la lumière des ports de pêche du Pays bigouden.

Une toile peinte par Foujita à Lesconil au début des années Cinquante

Nous ne saurions omettre un des aspects les plus intéressants et instructifs de la saga familiale qui va nous occuper, à savoir l’affirmation du rôle des femmes dans la vie économique et, ce faisant, leur émancipation. Nous dresserons le portrait d’une commerçante, veuve de guerre et chargée de famille, qui tint dès les années Vingt et jusqu’aux années Soixante une échoppe multiservices dans une petite commune du Porzay. Non loin de là, à Châteaulin, une petite fille de neuf ans avait depuis longtemps déjà rejoint sa tante pour l’aider à tenir un hôtel dont elle prendrait elle-même la direction par la suite. Et c’est une de ses petites-filles qui, au terme de brillantes études universitaires, deviendra dentiste et ouvrira son premier cabinet dans une petite commune du sud Cornouaille dès le début des années Cinquante.

Les ouvrières de l’usine de sardines de Lesconil en grève en 1924

Oui, une seule famille dont les aïeux, tous de Cornouaille, étaient des paysans, des marins-pêcheurs, des ouvrières, des couturières ou de modestes commerçants, va nous permettre de dérouler bien des chapitres du grand livre des Bretonnes et des Bretons au XX ème siècle.

Biographies de Bretagne au Musée des Thoniers d’Etel le dimanche 21 octobre

Dimanche 21 octobre, de 10h à 18h, au Musée des Thoniers d’Etel, j’aurai le plaisir de présenter la biographie « Yannig Baron, ar seizh avel, par tous les vents de Bretagne » au côté d’une quinzaine d’autres auteurs qui ont écrit récemment des livres à thématique maritime.

Dans la biographie que je viens de consacrer à Yannig Baron, qui sera également présent pour l’occasion, la mer est très présente. Quoi de plus normal puisque Yannig est natif de Groix, petit-fils de l’inventeur du thonier « dundee », Pierre Baron… et ancien pêcheur de thon lui-même, ayant navigué comme mousse sur le J.T. (Joseph Tonnerre) en 1950 puis sur le Jeanne-Laurent en 1951. Yannig est un des derniers acteurs pouvant encore témoigner de ce qu’était la pêche au thon sur les voiliers. Et de certaines pratiques culinaires qui tendent à s’effacer dans la mémoire populaire: la cuisson des patates à l’eau de mer (« super bon! » nous dit Yannig avant d’ajouter « à condition qu’elle soit collectée en haute mer« ) ou encore l’étonnant boudin de thon (« un délice!« ).

Alors, au plaisir de vous retrouver à Etel dimanche.

Christian Guyonvarc’h

salon du livre maritime au Musée des Thoniers d’Etel

https://www.facebook.com/events/975583132628579/

le pêcheur breton ne doit pas avoir le mal… de l’air!

Dans cet extrait d’une biographie à paraître en 2019, notre homme, investi toute sa vie dans les métiers de la mer, nous conte sa relation mouvementée avec les avions… et en tire un trait d’humour.

  

« Dans les années 70, je travaillais pour plusieurs coopératives de pêcheurs du Finistère qui cherchaient à se diversifier en développant de nouvelles techniques d’ostréiculture adaptées au milieu local et en valorisant le produit de leur pêche.

C’est dans cette période que j’ai vécu un premier accident d’avion assez rocambolesque qui me fait sourire aujourd’hui avec le recul mais qui aurait pu tourner au drame. C’était en 1976. J’accompagnais une délégation de pêcheurs bretons et de responsables de coopératives à Boulogne-sur-Mer dans le but de visiter une usine de production de hareng fumé. Le petit poisson vif-argent était abondant sur les côtes bretonnes mais nous ne savions qu’en faire. Comme nous étions une petite dizaine à entreprendre le voyage, nous avons affrété un Beechcraft au départ de Quimper. Il était prévu de faire escale pour ravitailler l’avion en carburant mais le pilote a cru pouvoir s’en passer. À l’approche de Boulogne-sur-Mer on l’entend soudain lancer un appel de détresse à la radio : « Mayday ! Mayday ! Je me scratche ! » On n’en croyait pas nos oreilles…

En définitive, l’avion a amerri à 200 mètres d’une plage. Le problème, c’est qu’on n’avait pas pris place à bord d’un hydravion.

Notre Beechcraft était un avion terrestre qui ne devait connaître que le plancher des vaches ! L’appareil risquait donc de couler à tout moment et nous avec… Par chance, comme le réservoir était vide, l’aéronef a flotté. Mais pour combien de temps ?…Nous avons donc décidé de regagner la côte à la nage. La porte de secours étant bloquée, nous sommes sortis par la grande porte. Nous n’avons même pas pris le temps d’enfiler les gilets de sauvetage. Et nous étions tous en costard ! Comme un réflexe, j’ai pris ma serviette sous le bras, m’imaginant peut-être que mes précieux papiers allaient survivre à 200 mètres de brasse dans l’eau salée…

Mais ce qui m’aura le plus marqué dans cet accident, c’est qu’une fois arrivés sur la plage, nous avons vu deux chasseurs passant par là qui nous dévisageaient comme des oiseaux rares, complètement indifférents à notre sort. Heureusement, nous avons pu trouver un peu de réconfort auprès de nos collègues de la coopérative maritime d’Étaples qui nous ont rhabillés de pied en cap. Pendant notre séjour sur place puis ensuite sur le trajet du retour en train nous étions tous affublés du même uniforme : pantalon à pinces, pull-over rayé comme des matelots et duffle-coat. Ah, on s’est fait remarquer à la gare Montparnasse ! Nous avions trouvé un nom à notre bordée, « l’équipe de water-polo des Cormorans de Penmarc’h » !

 

Rétrospectivement je m’étonne encore du calme avec lequel nous avons réagi à l’accident. Aucune panique à bord. Peut-être parce que l’amerrissage s’était fait en douceur. Il est bien évident que si le pilote avait voulu atterrir sur la plage, il y aurait eu de la casse. Il n’empêche qu’il y a perdu son brevet et ses 25 ans de métier n’y ont rien changé.

Une quinzaine d’années plus tard j’ai vécu d’autres émotions en avion alors que je me déplaçais aux États-Unis pour aider les décideurs brestois à définir le projet Océanopolis. Au décollage l’appareil a comme avalé un vol de goélands. Un des deux moteurs s’est arrêté, le pilote a dû vider le réservoir en urgence mais on est resté un moment à tourner autour de New York avant que le commandant de bord obtienne enfin l’autorisation d’atterrir. Quand l’avion s’est immobilisé, j’ai vu les pales du rotor complètement pliées par les oiseaux.

Aujourd’hui, pour plaisanter je dis parfois que qui veut éviter tout ennui dans les airs doit choisir de voler avec moi. Connaître deux accidents d’avion dans sa vie, c’est très rare, donc j’ai largement épuisé mon quota de sensations fortes. »

La raison d’être de Biographies de Bretagne : l’écrivain Jean Giono en parlait dès 1951

« Mémoire des humbles, mémoire des Hommes », c’est la devise et aussi le fil conducteur de Biographies de Bretagne, Skridoù-buhez Breizh en breton. Au fil des décennies et des générations, les histoires personnelles, familiales, amicales des gens « ordinaires », celles aussi des associations, des villages ou des entreprises qui sont ancrées dans un territoire sont comme les pièces d’un même puzzle ou les musiciens d’un même orchestre symphonique. La singularité de chacun fait écho à d’autres singularités qui toutes réunies font l’histoire et la mémoire d’un peuple bien plus sûrement que les oukases et les frasques des puissants que les journaux dits « people » – quelle ironie du langage ! – tout comme les manuels scolaires s’attachent à mettre en avant. De cela, l’écrivain Jean Giono nous parlait dès 1951 en écrivant son Voyage en Italie.

L’écrivain provençal Jean Giono (1895-1970) est un auteur prolifique. Nombre de ses romans ont été adaptés au cinéma, parfois par lui-même (Crésus) mais le plus souvent par d’autres : Angèle, Regain, La femme du boulanger par Marcel Pagnol, l’autre grand écrivain et cinéaste provençal du XXème siècle, plus récemment Les cavaliers de l’orage par Gérard Vergez, Le hussard sur le toit par Jean-Paul Rappeneau ou encore Les Âmes fortes par Raoul Ruiz.

Celui qu’on a surnommé « le voyageur immobile », tant son ancrage à Manosque, sa ville natale dans les Alpes de Haute-Provence, et sa réticence à s’en éloigner contrastaient avec l’omniprésence de l’itinérance dans son œuvre, entreprit à l’automne 1951 un voyage de plusieurs semaines en voiture dans le nord de l’Italie, accompagné de son épouse Élise et d’un couple d’amis. Ce faisant, Jean Giono marchait sur les traces de son grand-père paternel, un anarchiste révolutionnaire originaire d’un village du Piémont. Voyage en Italie, publié pour la première fois en 1953 (on le trouve aujourd’hui en collection de poche chez l’éditeur Folio), raconte cette itinérance de Turin à Florence, en passant par Milan et Venise mais aussi par les campagnes d’Émilie-Romagne et les villages de montagne de la chaîne des Apennins. À chaque étape, Giono, à la manière du précurseur de la sociologie Émile Durkheim, dresse un portrait des hommes et des femmes qui a beaucoup à voir avec les climats traversés et les paysages agricoles ou bâtis que des générations successives ont dessinés.

Voyage en Italie n’a rien du guide touristique. Ce qui intéresse Giono, ce ne sont pas les œuvres des grands artistes de la Renaissance – qu’il ne manque pourtant pas de découvrir autrement que par les livres d’art – mais le sens que ses contemporains italiens, qu’il croise au détour d’une rue, leur donnent dans leur vie au jour le jour. C’est bien le peuple ou plutôt les peuples italiens qu’il a voulu rencontrer et qu’il décrit. À partir d’une évocation croisée de la Révolution française de 1789 et de la Révolution italienne de 1838, Giono en vient à donner sa définition personnelle de l’Histoire des Hommes :

« Comme toute ma génération, j’ai traversé depuis 1914 pas mal d’événements historiques. Je les ai tous vus du côté de Manosque, et même du côté du quartier que j’habitais dans Manosque. Ainsi, j’ai été mobilisé en janvier 1915 avec ma classe, mais, d’août 1914 à janvier 1915, j’ai pu me rendre compte que le personnage le plus important – et de loin – qui avait la première place dans la pensée des gens de la Grand-Rue où j’habitais, c’était le facteur. Ce n’était pas Joffre qui pouvait dire si Dieuze ou la Marne étaient des victoires ou des défaites : c’était Félicien Chabrier, le facteur, selon qu’il avait une lettre à donner ou pas. De même que Dieu avait déserté l’église et l’empyrée pour se matérialiser sous les traits d’un petit secrétaire de mairie chauve et très emmerdé qui distribuait de porte en porte les avis de décès. Voilà l’histoire qu’on appelle négligemment la petite et qui, à mon avis, est non seulement la grande mais la seule. »

Plus loin dans son récit de voyage, alors qu’il traverse la partie des Apennins qui surplombe les collines du nord de la Toscane, Giono évoque le courage au quotidien des gens de peu :

« Le complexe d’Icare, c’est bien beau mais, même après un atterrissage parfait, on n’a pas prouvé grand-chose. Curieux comme on veut toujours pousser l’aventure humaine dans des chemins numérotés de mètre en mètre où chaque pas peut être ainsi porté à un crédit. Alors que dans la malédiction : « Tu feras ton chemin sur ton ventre et tu mangeras de la terre », il y a des ressources illimitées. À mon avis, il faut plus de courage (et du plus beau) pour être maçon pendant cinquante ans que pour organiser et parfaire une expédition à l’Himalaya. Et du courage plus probant. Il n’est pas question de jeunesse ou de vieillesse dans le fait de choisir l’une ou l’autre de ces formes de courage, mais de conformation de la tête. Les hommes qui ont de tout temps habité les petits caps occidentaux de l’Europe ont la tête conformée de façon à être heureux sans délires et sans prophètes . »

Le message de Giono, construit en Provence, a une portée universelle.

Christian Guyonvarc’h

Rencontres-signatures à CARNAC et LORIENT le vendredi 20 JUILLET

Nous avons le plaisir de vous convier à une rencontre autour du livre Yannig Baron, ar seizh avel – par tous les vents de Bretagne (éditions Le Temps éditeur), avec Christian Guyonvarc’h, auteur, et Yannig Baron

Yannig Baron, ar seizh avel – par tous les vents de Bretagne est un récit biographique qui déroule le parcours d’une vie aux multiples facettes en même temps qu’il aborde de nombreux aspects de l’histoire de la Bretagne et des Bretons au cours des 80 dernières années tels que :

  • la vie sous l’Occupation à Groix, une île qui, en raison de la présence d’une base de sous-marins allemands à Lorient, a subi jusqu’au 8 mai 1945 la plus forte densité de troupes d’occupation en Bretagne,
  • les heures joyeuses mais aussi dangereuses de la Libération,
  • l’épopée des derniers pêcheurs de thon sur les « dundee » (thoniers à voile),
  • la résidence surveillée à Groix de Habib Bourguiba, le futur premier président de la Tunisie indépendante et laïque,
  • le rôle des Bretons dans la Marine nationale,
  • l’émigration bretonne dans les années 50 et 60,
  • comment les Bretons ont redécouvert et réappris à aimer leur propre culture,
  • l’histoire incroyable du « chaudron celtique » de Menez Kamm à Spézet,
  • l’étonnante organisation de la visite de Jean-Paul II en Bretagne,
  • l’histoire du combat des 40 dernières années pour l’enseignement du breton.

Livre « Yannig Baron, ar seizh avel – par tous les vents de Bretagne »: rencontres-signatures à Brest et à Quimper les 6 et 7 juillet

Biographies de Bretagne et Le Temps éditeur ont le plaisir de vous annoncer que, deux semaines après sa parution, le livre « Yannig Baron, ar seizh avel – par tous les vents de Bretagne » fait l’objet d’une deuxième édition. Nous remercions le public pour l’accueil chaleureux réservé à cet ouvrage.

L’auteur, Christian Guyonvarc’h, et Yannig Baron auront le plaisir d’aller à la rencontre des lecteurs:

  • le vendredi 6 juillet, de 17h30 à 19h30, à la librairie Nadoz-Vor, 128 rue Jean-Jaurès à BREST (tramway arrêts Octroi ou Saint-Martin),
  • le samedi 7 juillet, de 10h30 à 12h30, à la librairie Coop Breizh, 16 rue Elie Freron à QUIMPER / KEMPER (centre-ville).

D’autres rencontres-signatures sont en cours de programmation dans le Morbihan et à Rennes. Les dates et lieux vous seront prochainement communiqués.

message de Yannig Baron

C’est évidemment toujours un plaisir de s’entendre dire que le travail fourni a répondu aux attentes. Mais ça l’est d’autant plus quand celui qui vous l’a commandé s’est tant investi tout au long d’une vie pour le bien commun des Bretons et pour faire avancer la Bretagne dans la bonne direction. Alors un grand merci à Yannig Baron pour le message qu’il a souhaité faire partager ici.

Et comme un clin d’œil à ce parcours dont Yannig Baron nous reprocherait de dire qu’il est exceptionnel mais qui a pourtant si souvent croisé les heures importantes de la Bretagne depuis plus d’un demi-siècle, nous avons choisi d’accompagner son texte de deux photos. L’une représente Yannig à 16 ou 17 ans quand il apprend en autodidacte à jouer de la bombarde sur son île de Groix. L’autre le montre au côté d’Alan Stivell le jour où ce dernier le félicitait pour la remise du collier de l’Hermine.

Christian GUYONVARC’H

MESSAGE DE YANNIG BARON 

« Dès que j’ai su que Christian Guyonvarc’h créait une activité de biographe j’ai été intéressé… Le connaissant depuis longtemps, je savais qu’il avait des talents d’historien et d’écriture pour cela. »

« Après plusieurs rendez-vous chez moi et de nombreux échanges d’archives personnelles il a rendu son travail et j’ai ensuite décidé d’imprimer l’ouvrage. »

« Je dois lui faire part de ma grande satisfaction. Les premiers lecteurs me font aussi connaître leur vif intérêt pour l’ouvrage. C’est donc un plaisir pour moi que de le féliciter et de le remercier. »

« Bon courage… Kalond vad… Bonne continuation… »

Yannig BARON

à l’occasion de la sortie de la biographie « Yannig Baron, ar seizh avel – par tous les vents de Bretagne », un entretien audio avec Yannig Baron

La récente sortie de la biographie « Yannig Baron, ar seizh avel – par tous les vents de Bretagne », produite par Biographies de Bretagne et publiée chez Le Temps éditeur, a conduit Gael Squiban à solliciter Yannig Baron pour un entretien. Celui-ci peut être entendu sur Billig Radio, une radio numérique qui se consacre aux cultures et aux Langues de Bretagne. Voici l’enregistrement:

Yannig Baron – Ar Seizh Avel

 

 

la biographie « Yannig Baron, ar seizh avel – par tous les vents de Bretagne » sera en librairie à partir du 8 juin

 

 

Bonjour,

Pour des raisons indépendantes de notre volonté, la biographie « Yannig Baron, ar seizh avel – par tous les vents de Bretagne« , publiée chez Le Temps Editeur, ne sera disponible en librairie qu’à compter du samedi 8 juin.

Pour vous faire patienter, voici le prologue de cet ouvrage de 230 pages qui, à travers le parcours de vie d’un petit Groisillon qui a su tracer sa route, relate toutes les évolutions de la Bretagne des 60 dernières années, une Bretagne qui a redressé la tête pour s’affirmer.

Parution de « Yannig Baron, ar seizh avel – par tous les vents de Bretagne »

« Yannig Baron, ar seizh avel – par tous les vents de Bretagne »

Une biographie éditée par Le Temps éditeur.

En librairie à partir du 25 mai 2018.

Bonjour, demat deoc’h,

J’ai le plaisir de vous informer de la parution d’une de mes premières biographies chez Le Temps Editeur, une maison d’édition installée en Bretagne, à Pornic. Cette biographie est consacrée à Yannig Baron, dont le parcours de vie, incroyablement éclectique et foisonnant, croise tous les grands combats de la Bretagne militante et agissante des 60 dernières années, une Bretagne à la fois enracinée et ouverte sur le monde et sa diversité.

L’ouvrage comporte une iconographie très riche pour toutes les périodes évoquées avec, pour l’essentiel, des photos inédites.

L’ouvrage sera disponible en librairie à partir du 25 mai. Il est donc possible de le commander auprès de votre libraire. Pensons à faire vivre nos librairies de proximité qui permettent aux auteurs et aux éditeurs de Bretagne de proposer une offre éditoriale d’une richesse sans équivalent en France

Yannig Baron, Ar seizh avel

Bien cordialement. A galon.

Christian Guyonvarc’h

Sur le JT (Joseph Tonnerre), thonier dundee de Groix, en 1950

Couëron années 50 : une communauté polonaise en bord de Loire

Dans cet extrait d’une nouvelle biographie en cours d’écriture, Étienne nous livre quelques souvenirs de son enfance passée dans une commune ouvrière du sud de la Bretagne, Couëron, en bord de Loire. Nous sommes dans les premières années qui suivent la Seconde Guerre mondiale. Et dans cette petite ville où, pour la plupart des habitants, Nantes, distante de vingt kilomètres à peine, représente déjà le lointain, le monde extérieur et sa diversité de cultures sont pourtant déjà là.

À la fin de février 1938, alors que dans les derniers frimas de l’hiver les jonquilles peinent à percer la terre encore gelée, le foyer d’Hélène et Francis, domiciliés 37 rue Arsène Leloup, voit le bambin Étienne rejoindre son aîné Pierre. Couëron n’est déjà plus le bourg rural d’avant la révolution industrielle. La commune compte quelque 9 000 habitants et déborde d’activité.

Une ville ouvrière et commerçante

Le Couëron dans lequel Étienne grandit a une identité sociale bien marquée : « Les maisons ouvrières prédominaient. Elles étaient pratiquement toutes semblables : petites, étroites, mais avec un jardin assez conséquent à l’arrière pour faire pousser les légumes et les fruits et confectionner le poulailler ou le clapier à lapins qui permettaient d’améliorer le quotidien. Les bâtisses plus bourgeoises étaient en petit nombre et se tenaient à l’écart des logements ouvriers. »

Les commerces de proximité sont encore nombreux et offrent une large palette de services : « Les possibilités pour se déplacer n’étaient pas celles d’aujourd’hui. Nantes, à vingt kilomètres à peine pourtant, c’était déjà loin. Les raisons de s’y déplacer étaient rares : consulter un spécialiste, acheter des habits qui sortaient vraiment de l’ordinaire. On trouvait sur Couëron plusieurs échoppes de vêtements et de tissus, des magasins de chaussures, des épiciers, des boulangers, plusieurs bouchers, des marchands de bonbons, évidemment des bistrots dans chaque rue, mais aussi deux médecins, une pharmacie tenue par les frères Jouan et même une herboristerie. Rien que dans notre rue Arsène Leloup, on pouvait trouver une boulangerie, un salon de coiffure et un marchand de charbon, sans oublier bien sûr l’atelier de menuiserie tenu par mon oncle Alexandre. »

Des personnages truculents animent la vie de la commune, tel Monsieur Bournigal qui tient une épicerie au centre-ville : « C’était un commerçant vraiment rigolo. Il participait aux fêtes de la mi-Carême, il jouait dans les pièces de théâtre amateur. Pour attirer le chaland dans son commerce, il avait trouvé un slogan qui fleurait bon les réclames radiophoniques de l’époque : « Chez Bournigal, prix sans égal ». Mais pour ce qui était de la tenue de sa boutique, il retrouvait tout son sérieux. »

Le vélo à la fête et les arts pour tous

Dans ces années d’après-guerre, Couëron est un haut lieu du cyclisme sur piste. Le père d’Étienne a une passion pour la « petite reine » : « En dépit d’un handicap dû à une poliomyélite contractée alors qu’il était enfant, Francis, mon père, enfourchait souvent son vélo et pouvait parcourir plusieurs dizaines de kilomètres d’une seule traite. Il aimait taquiner le dérailleur… mais son biclou n’avait pas dix vitesses ! » Francis est féru de courses cyclistes : « C’était un passionné. Il tenait la comptabilité du Véloce Sport Couëronnais, le club qui organisait des courses sur le vélodrome local. Le public venait de loin pour voir courir non seulement des amateurs mais aussi les vedettes du peloton professionnel ». Fondé très tôt en 1894, le Véloce Sport Couëronnais a bénéficié d’une piste dès ses débuts grâce à l’engagement de son premier président, Marcel Esnoult de la Provoté, qui n’était autre que le maire de la commune. Au début du XXe siècle le sport cycliste prend une place de plus en plus importante dans l’animation de la commune. Preuve en est : la commune de Couëron est équipée à partir de 1928 d’un vélodrome couvert semblable à celui du « Vel d’Hiv » à Paris.

Toujours en activité aujourd’hui, propriété désormais de la collectivité Nantes métropole, le vélodrome de Couëron a vu défiler de nombreuses gloires de la « petite reine » parmi lesquelles Jean Robic, le vainqueur du premier Tour de France de l’après-guerre en 1947, Jean-Pierre Danguillaume, vainqueur de sept étapes du Tour dans les années soixante-dix, ou plus récemment Félicia Ballanger, multiple championne du monde et championne olympique de course sur piste, et le Nazairien Brian Coquard qui fait partie actuellement des meilleurs sprinteurs du peloton professionnel.

Quand on vit au bord de la Loire, nager fait partie des apprentissages précoces. Mais le fleuve sauvage, parsemé de tourbillons, est un terrain de jeu que les parents interdisent à leur progéniture. Comme ses copains, Étienne apprend à nager dans les étiers qui longent la Loire : « C’était des canaux qui servaient à irriguer les prés de la vallée. Le lieu de prédilection pour se baigner, c’était l’étier de l’Arche du Dareau. On y pêchait aussi, un ver au bout de la ligne, de petits poissons et des anguilles. Quand la saison était passée, on pouvait aller nager dans la piscine, pas très grande, de l’usine J.J. Carnaud. En fait, c’était plus une fosse qu’un bassin de natation. »

Pour les distractions culturelles, les Couëronnais peuvent alors compter sur deux cinémas, celui du patronage catholique et un autre qui appartient à un exploitant privé. L’événement de l’année, c’est le carnaval de la mi-Carême. Étienne se souvient : « Les chars du carnaval de Couëron étaient construits dans la menuiserie de la rue Arsène Leloup qu’ont dirigée mon grand-père puis le frère aîné de mon père. Les plus beaux chars allaient se produire au carnaval de Nantes ».

Les amateurs de dessin, de peinture, de sculpture peuvent aussi se perfectionner en prenant des cours auprès du Groupe Artistique Léon Moinard : « C’était une association née en 1947 dans l’esprit du mouvement national de la Résistance. Ses fondateurs, un amateur d’art couëronnais, Jean-Baptiste Joulain, et un artiste peintre nantais, Georges Éveillard, voulaient rendre les arts plastiques accessibles au plus grand nombre. » Soixante-dix ans ont passé et « le GALM », comme l’appellent les Couëronnais, poursuit sans relâche son œuvre de démocratisation des arts plastiques et anime la vie culturelle de la commune en organisant chaque année une grande exposition publique.

Couëron, cosmopolite avant l’heure : l’arrivée de 1 200 Polonais dès les années 1920

Au lendemain de la Première guerre mondiale, Couëron a connu une mutation majeure avec un afflux de travailleurs étrangers, recrutés pour participer à l’effort de reconstruction du pays et à la relance de l’appareil de production :« Avec les pertes humaines dues à la guerre et les nombreux mutilés, il fallait compenser le manque de main-d’œuvre. Les premiers à arriver à Couëron furent des Polonais. »

La migration polonaise à Couëron s’est inscrite dans un mouvement très organisé. Une convention a même été signée entre les gouvernements français et polonais. Entre 1923 et 1930 ce ne sont pas moins de 1 200 personnes qui vont quitter les chantiers navals de la Baltique ou les mines de Silésie pour s’implanter dans la commune des bords de Loire. Beaucoup d’hommes vont travailler aux forges J.J. Carnaud à Basse-Indre, où ils sont affectés au laminage à chaud, une tâche particulièrement pénible, d’autres sont embauchés à l’usine métallurgique Pontgibaud et sa Tour à plomb, situées à Couëron même. Rebaptisée Tréfimétaux en 1964, l’usine Pontgibaud fermera définitivement ses portes à la fin des années 1980. Aujourd’hui, l’espace est occupé par une médiathèque municipale tandis que la Tour à plomb, classée aux Monuments historiques, est ouverte aux visiteurs.

Cette nouvelle population va marquer le territoire jusque dans sa toponymie (la rue Rosa Niescierewicz par exemple) et enrichir sa vie culturelle et religieuse. Aujourd’hui, plus de quatre-vingt-dix ans après l’arrivée des premières familles polonaises à Couëron, la paroisse Notre-Dame-de-la-Miséricorde, créée en 1954 avec l’accord de l’évêché de Nantes et qui dispose de sa propre église rue de la Frémondière depuis 1984, réunit toujours leurs descendants. Ceux-ci perpétuent l’usage du polonais et la tradition des crèches vivantes à Noël, restée vivace dans leur pays d’origine.

Près d’un siècle après son implantation à Couëron, la communauté polonaise perpétue les traditions de son pays d’origine

L’église de la communauté polonaise de Couëron, toute en bois, a été construite par les paroissiens

Dans les années 1920, plusieurs cités sortent de terre pour offrir un hébergement à ces nouveaux ouvriers couëronnais et à leurs familles. Elles s’appellent La Chabossière, La Navale, surnommée « la Citouche », ou encore Bessonneau, dont l’habitat a la particularité d’être en bois. Une autre cité nouvelle, Le Bossis, qui est faite de maisons en pierre, héberge les cadres des usines.

Dès les années de l’entre-deux-guerres les Polonais sont rejoints par des travailleurs italiens, espagnols et même russes ou moldaves. Ils seront suivis de quelques dizaines d’Algériens : « Je me souviens très bien d’un de ces ouvriers algériens, Saïd-Albert Guessoum, qui travaillait chez J.J. Carnaud à Basse-Indre et habitait la cité de la Navale avec ses parents. Il devait son prénom composé à une double ascendance, kabyle par son père et bretonne, bigoudène pour être plus précis, par sa mère. Il s’est fait remarquer très jeune par le sport, en gagnant plusieurs cross dont celui du journal L’Humanité. Il était aussi très apprécié comme joueur de football à l’Étoile Sportive de Couëron où il a évolué avec les seniors alors qu’il était encore cadet. Il a d’ailleurs tapé dans l’œil des dirigeants du Football club de Nantes qui lui ont fait signer un contrat professionnel en 1954, à vingt ans. Il a porté le maillot des Canaris pendant cinq saisons et marqué huit buts. » Un autre habitant de La Navale, polonais d’origine quant à lui mais qui fréquente Guessoum et sa famille, Wladislav Molenski, dit « Wadjou » ou « Smo », va connaître une trajectoire similaire à celle de son copain de cité. Il ne passera qu’une année sous le maillot du FC Nantes avant de rejoindre un club professionnel parisien, le Stade Français.

Posant ici avec le maillot du Football club de Nantes, Saïd-Albert Guessoum, originaire de la cité ouvrière de la Navale, appelée aussi « la Citouche », à Couëron

L’omniprésence de la vigne

Bien que Couëron soit positionnée au nord de la Loire avec un profil nettement industriel, Étienne se souvient d’une commune où la vigne est alors présente partout : « Mes parents avaient hérité d’une parcelle de vigne à l’écart de la ville. Ils l’ont vendue parce qu’ils n’arrivaient plus à s’en occuper. Mais mon père a replanté des ceps au fond de son jardin pour continuer à faire son vin. D’ailleurs je me rappelle que dans la famille tout le monde avait de la vigne dans son jardin. »

Étienne se souvient aussi que la vigne qui se cultive à l’époque à Couëron est le noah, un cépage hybride d’origine américaine. Pourtant la France avait interdit la production de vin à partir de ce cépage dès 1935, officiellement pour des raisons sanitaires. Le taux de méthanol, légèrement plus élevé que la moyenne, avait valu à la production issue du noah les surnoms peu flatteurs de « vin qui rend fou » et de « vin qui rend aveugle ». Mais il est plus probable que l’interdiction ait été motivée par un contexte de surproduction et par les pressions que les viticulteurs professionnels ont exercées auprès des milieux politiques pour réduire la production familiale de vin qu’ils voyaient comme une entrave à leur commerce.

Alors, que penser ? Après 1935, fait-on du vin de noah « sous le manteau » à Couëron ? Chut !… Après tout, la production de vin à partir du noah n’est-elle pas redevenue légale en France en 2003 ? On laissera donc le commissaire Maigret et la maréchaussée vaquer à d’autres occupations.

Toujours est-il que, depuis plusieurs années, l’association Le Berligou s’attache à réhabiliter l’image de la vigne à Couëron, en y cultivant notamment un cépage éponyme qui correspond à un pinot noir et dont l’Histoire dit qu’il aurait été offert au duc de Bretagne François II, au XVè siècle, par le duc de Bourgogne Charles le Téméraire. Pourquoi « Le Berligou »? Car tel était le toponyme du domaine ducal où ce cépage bourguignon a été mis en culture, il y a plus de cinq cents ans, à Couëron précisément.

Carte postale créée par l’association Le Berligou à l’occasion de la réintroduction, en 2010, du cépage du même nom sur le terroir qui lui a donné son nom à Couëron. On voit à l’arrière-plan la Tour de plomb de l’ancienne usine Pontgibaud-Tréfimétaux.

Ci-devant la « République libre du Bourg-d’Aval »

La culture populaire, on l’a vu, est très vivace dans le Couëron du milieu du XXe siècle. Les saisons sont rythmées par des célébrations religieuses mais aussi des fêtes profanes comme le carnaval de la mi-Carême, la kermesse, la fête des fleurs et les courses cyclistes au vélodrome. Une activité théâtrale anime aussi la cité ouvrière des bords de Loire. Étienne se souvient : « Un des frères de ma mère s’en occupait. Il se produisait dans la Salle Jeanne-d’Arc, qui appartenait à la paroisse. »

Les fêtes de quartier occupent également une place importante dans la vie couëronnaise. Étienne conserve le souvenir d’une initiative spontanée pour le moins étonnante dans celui qui l’a vu grandir : « Après guerre les habitants du quartier ont déclaré une « République libre du Bourg- d’aval ». C’était en 1945. Notre république locale avait son président, Marcel Ricordeau, le rigolo du quartier, qui était ceint d’une écharpe. C’était un frère à ma mère qui était resté célibataire. Il avait été réquisitionné en Allemagne comme STO pendant la guerre. Le Bourg-d’Aval avait même un hymne ! Cette république autoproclamée fabriquait son char pour le carnaval. Elle élisait aussi sa reine. La toute première s’appelait Yolande Szamlewski. Son patronyme ne nous paraissait pas exotique car nous avions grandi au milieu d’une importante communauté polonaise. Dans ma classe, des copains s’appelaient Kowalski, Wieszeniewski… Je me souviens que mon père participait aux réunions de la République libre, au conseil des ministres en quelque sorte… »

La « République libre du Bourg-d’aval » n’a pas perduré mais elle a pourtant marqué les esprits par delà les générations puisque une association des Voisins du Bourg-d’aval est née en 2012 en se référant à l’antique « république », pour tout à la fois préserver le cadre de vie du quartier, défendre les droits et les intérêts des riverains, valoriser l’aspect patrimonial, encourager la convivialité du quartier en organisant des manifestations et valoriser les échanges intergénérationnels. Et ce n’est pas du chiqué ! La presse locale rapporte qu’ici, aujourd’hui, les jeunes viennent écouter les plus âgés, véritables passeurs d’histoire(s). On organise des soirées de contes et des séances musicales pour petits et grands, on honore aussi la fête des voisins et la galette des rois préparée par les doyennes du quartier. On échange graines et boutures, légumes du jardin et recettes culinaires. Et de nos jours, devinez où s’est niché le siège de l’association des Voisins du Bourg-d’aval ? On vous le donne en mille : oui bien sûr, au 37 rue Arsène Leloup, dans la maison natale d’Étienne!

Brest années 50: au temps du lycée en baraques

(extrait d’une nouvelle biographie à paraître) ©

Hervé, natif de Brest, est un Ti-Zef « pur jus ». Venu au monde aux lisières de l’ancienne commune de Lambézellec quelques semaines avant le déferlement des troupes allemandes le 19 juin 1940, il passe les premières années de son existence sur les bords de l’Aulne dans la maison de ses grands-parents, où sa mère et ses sœurs aînées ont aussi trouvé refuge. Au lendemain de la guerre, quand Hervé retrouve sa ville natale dont il n’avait évidemment gardé aucun souvenir, il découvre un paysage de désolation. À la veille du conflit, la commune de Brest comptait 11 700 bâtiments. Pendant quatre années interminables, 30 000 tonnes de bombes et 100 000 obus se sont abattus sur la cité. À l’entrée des troupes américaines et des résistants les 18 et 19 septembre 1944, le bilan est terrible : 4 800 immeubles ont été entièrement détruits, 3 700 fortement endommagés et 2 000 autres plus légèrement sinistrés. Dix pour cent à peine des immeubles sont encore intacts. Pourtant, la vie va reprendre le dessus dans un environnement quotidien où le bruit des chantiers de déblaiement puis de reconstruction se mêle, selon les saisons, à la poussière ou à la boue des chemins de terre. Pour les enfants et les adolescents qui traversent cette période, un autre élément marque le paysage et va imprimer pour toujours leur mémoire : le lycée en baraques qui surgit des décombres dès 1945. Hervé raconte « son » lycée en baraques.

Un bâtiment du lycée en baraques à Brest

Brest années 50 : au temps du lycée en baraques

À partir de mon retour à Brest en 1946, qui a coïncidé avec mon entrée à l’école élémentaire, et jusqu’à la fin de l’année de seconde, toute ma scolarité s’est déroulée dans un seul et même établissement, le lycée de l’Harteloire, au centre-ville de Brest. Dans les années d’après-guerre et jusqu’au milieu des années 50 ce fut l’unique lycée public de la ville, les gens l’appelaient donc le « lycée de Brest ». L’établissement réunissait alors ce que les autorités académiques appelaient le « petit lycée », à savoir l’école primaire, et le « grand lycée », c’est-à-dire le secondaire qui comprenait le collège et le lycée proprement dit, lequel intégrait une classe de préparation à l’École navale. Tout ce petit monde était scolarisé dans des baraques et les différentes classes d’âge étaient supervisées par une seule et même direction. Pour autant, une rue séparait le « petit » et le « grand lycée ». Les classes primaires se trouvaient à proximité de l’hôpital maritime, de même que les dortoirs des pensionnaires et la cantine.

Le lycée en baraques de Brest fut le premier lycée mixte en France, plus de vingt ans avant Mai 68

Pour toujours, le « lycée en baraques », premier lycée mixte

Durant toute la période où j’ai suivi ma scolarité à Brest, c’est-à-dire jusqu’en 1957, je n’ai connu que des classes en baraques. C’est dire si le paysage de la reconstruction a marqué durablement les générations qui ont vécu l’après-guerre. Ce n’est pas pour rien si les anciens du lycée de l’Harteloire en baraques ont voulu se constituer en association et l’ont fait perdurer jusqu’à nos jours. Je me souviens très bien du tribunal et de la mairie qui, mis à la même enseigne que nous, étaient établis dans des baraques. Les élus et les services municipaux ont dû patienter jusqu’en 1961 avant d’emménager dans un bâtiment en dur.

Le lycée de Brest en baraques a été le premier lycée mixte de France, car il fallait faire vite pour accueillir toute cette population scolaire dans une période de grande pénurie. Cette mixité entre filles et garçons se remarquait aussi entre milieux sociaux : les enfants d’ouvriers se mêlaient aux fils de commerçants. Quand le lycée de Kerichen a ouvert, au milieu des années 50, la carte scolaire a été rebattue. Comme le lycée de l’Harteloire situé dans le centre-ville en reconstruction avait la réputation de recevoir des élèves de milieux aisés, les familles de la bourgeoisie s’arrangeaient pour que leur progéniture y soit inscrite. Je me souviens de ces médecins parents d’élèves qui n’hésitaient pas à donner comme adresse le siège d’une association à l’hôpital Morvan !

L’ambiance au lycée était plutôt au chahut, mais la discipline était appliquée d’une main de fer par des surveillants généraux qui ne laissaient rien passer. Il est vrai que certains adolescents étaient assez durs. La période de la guerre, où il avait souvent fallu se soumettre à l’autorité de l’occupant, avait probablement aiguisé leur appétit de liberté en même temps qu’elle les avait rendus revêches aux instructions des adultes.

Nous avons bénéficié de la solidarité de la ville de Denver. La ville du Colorado avait noué un jumelage avec Brest en 1948, à l’initiative d’une enseignante américaine qui avait visité la cité du Ponant au terme d’un tour de l’Europe. Je me souviens qu’en classe de 10ème, l’équivalent du CE1 aujourd’hui, nous avions reçu des colis des États-Unis, avec porte-plumes et cahiers, qui nous ont été bien utiles, et d’autres fournitures aussi dont nous n’avons pas eu l’usage car elles n’étaient pas adaptées aux méthodes d’enseignement qui nous étaient appliquées.

Des professeurs de l’Harteloire participaient à l’animation du ciné-club du Vox, le rendez-vous hebdomadaire de tous les potaches brestois. D’autres me reviennent en mémoire comme les deux frères Stéphan qui enseignaient les mathématiques. Ils nous faisaient rire parce que tous les deux étaient des passionnés de football mais tandis que l’un était un fervent supporter du Stade brestois, le club des patronages catholiques, l’autre soutenait à fond l’ASB, l’Association sportive brestoise, qui était une émanation des patronages laïques. Tous les lundis matin au collège nous avions droit à un résumé gesticulé du match de la veille, ça valait le mime Marceau… Un des frères Stéphan se piquait aussi de vaudevilles, il montait des pièces de théâtre.

Outre les bâtiments administratifs ou commerciaux, Brest a compté jusqu’à 28 cités d’habitation en baraques. Celle du Bouguen, la plus imposante, construite sur les anciennes fortifications arasées au moment de la reconstruction, abritait pas moins de 5 000 personnes

Mon maître Yves Le Gallo

J’ai un souvenir précis des cours d’Yves Le Gallo. Il n’était pas encore l’universitaire reconnu et respecté qu’il deviendrait un peu plus tard en prenant une part très active dans la création d’une université de plein exercice à Brest. Mais, jeune agrégé, il savait déjà captiver ses étudiants du lycée en baraques. Je lui dois de m’être passionné pour l’histoire. C’était un personnage très intéressant par son parcours car il était issu d’un milieu modeste, son père était marin de commerce et sa mère femme de ménage. Il connaissait un peu le breton par ses parents, qui étaient originaires du village de Goandour dans la presqu’île de Crozon, et il avait approfondi le sujet auprès d’une branche de sa famille qui habitait une ferme dans les Montagnes Noires, du côté de Gourin.

Plusieurs condisciples ont aussi marqué ma mémoire.

Le destin tragique d’un camarade qui n’a pu épouser la carrière militaire

Une année, en classe de seconde, un drame a frappé notre classe. Un camarade, originaire de Molène, et dont le père était dans la Marine nationale, a appris qu’il ne pourrait pas le suivre dans la carrière à cause de problèmes de santé. Il ne l’a pas supporté, entre deux cours il est parti se jeter du haut du pont de l’Harteloire. Je suis allé me recueillir récemment sur sa tombe, à Molène. Son geste désespéré dit beaucoup des pressions sociales et familiales qui pouvaient s’exercer sur un jeune en ce temps-là.

Dans la classe d’une icône de la scène rock alternative

Ma mémoire a conservé des souvenirs plus joyeux. Je me suis trouvé en classe avec une fille dont je ne pouvais pas soupçonner qu’elle deviendrait une des artistes les plus atypiques et les plus iconiques de la scène artistique en France, je veux parler de la chanteuse et auteure Brigitte Fontaine. Mais il faut admettre qu’adolescente, elle était déjà bien « allumée ». Brigitte se fichait pas mal des conventions et, à cet égard, elle a peut-être été la première « punk » de l’histoire – le côté « no future » en moins -, bien avant les p’tits gars de Londres qui ont formé les Sex Pistols dans les années 70… Passionnée de théâtre, elle en faisait en classe et pas seulement quand un enseignant l’y conviait… Elle collectionnait les remarques acerbes des professeurs de français et de mathématiques. Un jour, pour échapper à une version latine elle a avalé tout un tube de dentifrice !… Récemment, quand j’ai appris qu’elle avait été décorée de la Légion d’honneur par François Hollande, j’ai éclaté de rire. ©

http://brigittefontaine.artiste.universalmusic.fr/

L’histoire du lycée en baraques de Brest a fait l’objet de deux ouvrages, dont celui d’Albert Laot édité par Skol Vreizh

Ainsi vivaient les derniers pêcheurs de thon de Groix…

Sur le JT (Joseph Tonnerre), thonier dundee de Groix, en 1950

Au temps où les thoniers dundee, amarrés bord à bord, emplissaient Port-Tudy, le port principal de Groix.

(extrait d’une biographie à paraître © )

Quand vient le temps des grandes vacances, Yannig ne reste pas à se tourner les pouces : « Avant l’été 1949 mes parents m’ont inscrit comme mousse pour faire la campagne de pêche au thon. Je n’avais pas encore 13 ans, ce qui avait nécessité d’ailleurs une dérogation car l’âge minimum requis pour embarquer était de 14 ans. Mais je n’ai pas pris la mer à cause d’un panaris au pied que j’avais attrapé en chargeant de la glace toute une journée, pieds nus dans mes bottes. » Les thons attendront donc, mais ce ne sera que partie remise : « J’ai fait ma première campagne de pêche, l’équivalent de 24 jours en mer, l’été suivant, en 1950, sur le J.T. (Joseph Tonnerre), puis une seconde campagne l’année suivante sur le Jeanne-Laurent. »

La grande période de la pêche au thon à Groix s’est écoulée de 1860 à 1940. Ce fut véritablement un âge d’or pour l’île. Au début du XXe siècle, Groix avait compté jusqu’à 300 thoniers, amarrés à Port-Tudy mais aussi à Port-Lay, le premier port construit sur l’île, et à Locmaria, ce qui faisait du rocher morbihannais le premier port thonier en Europe. Comme le thon germon ne se vendait guère en frais, les équipages groisillons ont d’abord approvisionné les conserveries existantes de Belle-Île et des Sables d’Olonne. Puis l’arrivée du train à Lorient en 1862 et l’ouverture des marchés qui en a découlé ont déclenché, dès 1863, un mouvement de construction de conserveries à Groix. Les usines, qui ont d’abord travaillé la sardine, fourniront du travail à plusieurs générations de jeunes filles et de femmes de matelots mais aussi à bien des familles venues du continent. L’île comptera jusqu’à cinq conserveries, dont la dernière ne fermera ses portes qu’en 1979. Mais quand Yannig embarque comme mousse, Groix vit déjà les dernières années de l’épopée des thoniers dundee : « Quand j’ai fait ma première campagne sur le J.T. en 1950, le nombre des bateaux avait beaucoup décliné. On pouvait en compter une grosse vingtaine alors qu’en 1939 le quartier maritime en avait enregistré 47. » La perte d’une activité commerciale complémentaire dès avant la guerre avait également contribué au recul de la pêche au thon à Groix : « Autrefois l’hiver, quand les bancs de thon avaient quitté les eaux de l’Atlantique nord, les dundee naviguaient vers le Pays de Galles, chargés de poteaux en bois pour étayer les mines, et en revenaient avec une cargaison de charbon qu’ils débarquaient à Vannes, mais c’est une époque que je n’ai pas vécue. »

Pour les mousses, la pêche au thon était un engagement de plusieurs mois : « Il n’y avait pas que le temps de la campagne en mer. On devait quitter l’école un mois avant la fin des cours pour participer aux travaux de peinture et au gréement des navires et on ne retrouvait la plume et l’encrier qu’un mois après la rentrée car il fallait désarmer le bateau. Bon, on n’était pas forcément mécontent d’être au grand air quand les autres avalaient de la poussière de craie… »

Sa première campagne au thon sur le J.T., Yannig la vit dans une ambiance de franche camaraderie : « Nous étions tout un équipage de jeunes. Les matelots étaient issus du village de Lomener. Seul le patron, Jacob Merrien, était un « vieux »… de 28 ans. Le travail était épuisant mais, pour nous donner du courage, nous chantions tous des airs du pays en breton. L’un d’entre nous, qui était amoureux d’une fille de Locmaria, se faisait remarquer en susurrant des chansons d’amour à la mode en français… En pleine mer, un dimanche, on a fait le pardon de Lomener. C’était assez surréaliste cette histoire de pardon car de chapelle à Lomener il n’y avait plus, on était donc dans le culte d’un souvenir. »

Cette première expérience de pêche au large offre à Yannig l’occasion de découvrir une faune marine inconnue : « Sur le J.T., il nous arrivait de pêcher ce qu’on appelait des « peaux bleues ». C’est méchant pas possible ces bêtes-là ! C’est trois fois plus long qu’un congre et ça te coupe un manche à balai avec ses dents ! Une fois l’animal sur le pont, t’avais plutôt intérêt à ranger tes arpions.»

Les campagnes de pêche obéissaient à des règles, pour ne pas dire des rites : « La nourriture pour un mois, c’est l’équipage lui-même qui devait se la payer. Nous embarquions un peu de viande, qui nous tenait quelques jours, et surtout des patates et des pâtes. Le mousse n’était pas là pour rigoler ! Premier levé pour faire le café, dernier couché après avoir suiffé, c’est-à-dire enduit de graisse, les hameçons à raison de 30 par ligne de pêche. Et des lignes, il y en avait 18… Et puis, quand c’était la pétole, tout le monde pouvait aller dormir sauf le chef de quart… et le mousse ! »

Il pouvait arriver que le baptême du mousse virât au cauchemar : « Mon frère Guy a dû débarquer au bout de deux jours. Il faut dire qu’il avait le mal de mer dans une brouette… Mais mon autre frère Jojo a connu bien pire. Pour son premier embarquement à 14 ans, il a vécu la mort d’un membre de l’équipage. Quand les bateaux étaient trop éloignés des côtes, on cabanait le mort par-dessus bord. Mais là, le patron a mis le cap sur le port le plus proche. Pendant trois jours, Jojo a dû dormir à côté du mort dans un local où l’obscurité était totale. Quand il est rentré à la maison, il n’a pas parlé pendant des jours.. »

Yannig se souvient aussi des règles qui prévalaient dans la répartition du produit de la pêche : « Les familles d’armateurs se réunissaient souvent par quatre pour construire un bateau. A chaque retour de marée, l’argent de la vente était remis de la main à la main, en espèces bien sûr, à la sortie de la criée. Les armateurs percevaient alors quatre parts sur dix, le patron, qui pouvait aussi être au nombre des armateurs, prélevait une part et demie, chacun des quatre matelots recevait une part et le mousse une demi-part seulement. » Pour autant, la somme ramenée au foyer est loin d’être négligeable pour la famille Baron: « La paie de ma première marée, en 1950, a permis à mes parents de régler toute une année d’études au collège Saint-Joseph à Vannes. Qu’est-ce que j’étais fier !»

De sa première campagne de pêche au thon sur le J.T. Yannig conserve précieusement plusieurs dizaines de clichés pris sur le vif, qui sont autant de témoignages rares d’un temps révolu : « Nous avions embarqué un touriste parisien qui voulait prendre des photos. En ce temps-là, c’était exceptionnel de laisser monter à bord quelqu’un qui n’était pas du métier mais je ne remercierai jamais assez Jacob Merrien d’avoir compris l’intérêt d’intégrer ce pêcheur d’images. Quand je revois toutes ces photos, je suis de nouveau sur le J.T. avec les copains. » Exceptionnel, oui, l’accueil de ce photographe à bord du J.T. mais ce n’était pas une première pour les équipages de Groix. On se réjouira même d’apprendre que, faisant un sort aux superstitions anciennes qui voulaient qu’on tînt la gent féminine sur le quai aussi sûrement que les lapins, le Laurent-Émiliane embarqua dès le début des années 30 les exploratrices et ethnologues Marion Sénones et Odette du Puigaudeau. Plus tard, cette dernière, native de Saint-Nazaire, contera la vie des marins du Laurent-Émiliane dans l’ouvrage Grandeur des Iles, paru chez Julliard en 1946.

L’âge d’or de la pêche à Groix appartient désormais à l’Histoire. Yannig est conscient que la mémoire vivante de la poursuite du thon germon sous gréement est en train de s’éteindre : « Sur les milliers de matelots qui ont navigué sur les thoniers dundee de Groix, nous ne sommes plus que quatre encore en vie. »

A l’été 1952, Yannig, déjà rodé au maniement des voiles, a l’opportunité de vivre une autre expérience en mer, bien différente des précédentes et qui lui laisse encore des étoiles dans les yeux : « J’ai eu la chance d’embarquer sur L’Aile Noire, un fameux bateau de course de plus de 16 mètres qui avait pour port d’attache La Trinité-sur-Mer. Son premier propriétaire qui l’avait aussi dessiné, l’architecte George Baldenweck, l’avait fait construire en 1937 à Arcachon dans l’intention de courir notamment le Fastnet, cette compétition mythique en mer d’Irlande. Il voulait damer le pion aux navigateurs anglais qui, à l’époque, tenaient le haut de la vague dans le monde des courses nautiques. L’année où j’ai navigué sur L’Aile Noire je me souviens que le capitaine du navire avait entraîné l’équipe de France de voile olympique. Cet été-là fut magique pour le gamin que j’étais. Nous avons fait une course-croisière, ça me changeait du quotidien du pêcheur ! Lors d’une étape à Belle-Île j’ai rencontré Louis Bernicot et Jacques-Yves Le Toumelin, deux navigateurs pionniers, l’un originaire du Léon, l’autre installé dans la presqu’île de Guérande. Ils étaient parmi les tout premiers qui avaient fait le tour du monde en solitaire. Aujourd’hui encore, quand je lui parle de L’Aile Noire, mon copain Eugène Riguidel me dit : « Ah ouais ! L’Aile Noire, c’était un chouette bateau ! »  ©

Un printemps 54 à Groix ou l’improbable rencontre

Cette année 1954 est restée dans la mémoire de Yannig pour une raison qui nous éloigne des derniers grands thoniers sous voile mais nous plonge dans la géopolitique de l’époque: le séjour à Groix d’un personnage illustre, arrivé là bien malgré lui puisque placé en résidence surveillée, mais qui aura pourtant marqué de sa présence le quotidien des insulaires. Il s’agit de Habib Bourguiba.

Le futur fondateur et premier président de la Tunisie indépendante et laïque débarque à Port-Tudy, le 4 mars 1954, en milieu d’après-midi. La veille encore il se trouvait sur l’île de la Galite, au large de l’antique Carthage, où les autorités françaises l’avaient confiné dans un fort depuis deux ans. Ce 4 mars, après un atterrissage sur la piste de l’aéroport militaire de Lann-Bihoué, Habib Bourguiba s’engouffre dans une automobile, encadré par deux inspecteurs de police, direction la crique du Pérello, à Ploemeur. De là, une vedette des Ponts-et-Chaussées va assurer la traversée jusqu’à Groix. Une centaine d’îliens, prévenus de son arrivée par les journaux, attendent cet hôte exceptionnel à plusieurs titres. Quand le natif de Monastir pose le pied sur le quai de Port-Tudy, les flashes des photographes de la presse parisienne crépitent.

Puisque l’Etat français a décidé de son transfert, Habib Bourguiba entend bien marquer son arrivée à Groix mais d’une façon que les autorités politiques qui avaient pris la décision de le dépayser si loin de sa terre natale pour l’assigner sur l’île bretonne n’avaient sans doute pas imaginée. Yannig raconte : « Après avoir emménagé au bourg, 4, rue Saint-Jean, dans un deux pièces qui appartenait à Monsieur Joseph Bihan, le propriétaire de la Pharmacie de la Marine, le premier geste de Bourguiba à Groix fut tout simplement incroyable : il est allé directement au cimetière pour se recueillir sur la tombe de Yann-Bêr Kalloc’h. Des photos témoignent de cette démarche étonnante. Comment avait-il appris l’existence du poète Bleimor ? Mystère. Quelle signification voulait-il donner à son acte ? Avait-il la volonté de marquer une forme de considération à l’égard des Groisillons ? Voulait-il poser un acte politique en montrant aux reporters de presse présents l’intérêt qu’il portait à l’écrivain qui avait contesté le système politique français et plaidé la cause de la langue bretonne contre le monolinguisme d’Etat ? On ne sait pas. »

Habib Bourguiba restera à Groix un peu plus de quatre mois. Durant son séjour forcé, les Groisillons le croiseront souvent au hasard d’une rencontre, tantôt vêtu d’un costume de ville à l’occidentale, tantôt en habit traditionnel tunisien, mais portant toujours beau le fez, un couvre-chef originaire de Grèce et que les hommes portaient en Afrique du nord comme dans une grande partie de la Méditerranée orientale. Celui qui était appelé à prendre en main le destin de la Tunisie laissera aux insulaires le souvenir d’un homme affable. « J’ai souvent blagué avec lui » nous dit Yannig, ajoutant : « Une anecdote est restée dans les mémoires. Un jour que Bourguiba croisait deux vieilles en coiffe, l’une lui demanda ce qu’il faisait là. Comme il répondit que la France l’avait assigné à résidence, elle répliqua : « Pour pas trop cher, j’espère ! » Il était parti d’un rire spontané et tonitruant à décrocher le thon qui fait office de girouette sur le toit de l’église. Un photographe a immortalisé la scène. »

Yannig se souvient aussi d’un marcheur impénitent. « C’était un homme de petite taille mais d’une tonicité remarquable. Il marchait tous les jours. Il avait le pas agile et rapide. Et il a très vite compris la topographie de Groix. Au lendemain de son arrivée, alors que les gendarmes le pistaient à vélo, il a coupé à travers champs. On a vu les braves gendarmes, leur biclou sur le dos, s’époumoner en tentant de le suivre. Les Groisillons se marraient comme des baleines ».

Quand Habib Bourguiba quittera l’île bretonne, le 18 juillet 1954, ce sera pour rejoindre Paris et entamer avec Pierre Mendès-France, qui venait d’accéder aux fonctions de Président du Conseil, c’est-à-dire chef du gouvernement, les discussions qui allaient conduire d’abord à l’autonomie interne puis, rapidement, à l’indépendance de la Tunisie en 1956. Eu égard à l’enchaînement des événements, on est en droit de penser que le fils de Monastir n’aura pas gardé un mauvais souvenir de l’air vivifiant de Groix et du sens de la répartie de ses habitants ©

Habib Bourguiba pose devant la tombe du poète Bleimor (Yann-Bêr Kalloc’h) © Dalc’homp Soñj et UBO-CRBC

« Que faites-vous là? » – « La France m’a assigné à résidence » – « Pour pas trop cher, j’espère! »

Portrait d’un biographe ou le miroir inversé

Portrait d'un biographe ou le miroir inversé

Nous vous proposons le portrait d'un des grands spécialistes du récit biographique, l'historien d'investigation Roger Faligot, qui réside en Bretagne.

En quarante ans de carrière littéraire et autant d'ouvrages Roger Faligot s'est essayé, avec bonheur, à tous les exercices de la biographie : personnage historique ou personnalité contemporaine, récit de vie individuel ou fresque collective, destin noué en Bretagne ou pérégrinations aux quatre coins de la planète. Ainsi Roger Faligot a-t-il ressuscité l'histoire véridique de Pierre Malherbe, un aventurier de Vitré qui, au tournant des années 1600, fut le premier homme à accomplir un tour du monde par la voie terrestre. Il a mis en récit la destinée tragique d'Anne Corre, jeune lycéenne originaire de Daoulas qui s'engagea dans la résistance à l'occupant dès 1940 et disparut dans la « marche de la mort » que les nazis, dans leur fuite devant les troupes alliées, infligèrent aux déportés en 1945. Simone Veil, qui vient de nous quitter, en fut une des rares rescapées. C'est toujours Roger Faligot qui a fait surgir de l'oubli la vie incroyablement romanesque de Jean Cremet et l'a révélée à sa propre fille; petit breton natif du village de La Montagne en Loire-Atlantique, Jean Cremet a traversé tous les grands conflits et toutes les révolutions de la première moitié du XXème siècle tel un Tintin subversif. Et parce que l'enfance ne l'a jamais quitté, Roger Faligot a écrit l'histoire émouvante de ces jeunes Allemands du réseau de la Rose blanche, encore dans l'adolescence, qui ont affronté à mains nues le pouvoir hitlérien et sacrifié leurs vies pour laver l'honneur de leur pays et lui offrir un avenir.

Les « Perles du Bac » ne datent pas d’hier…

Raconter la vie des autres réserve des instants de plaisir intense et parfois même de franche rigolade. C’est d’autant plus vrai quand celui qui se confie à vous a un sens aigu de l’autodérision… Je ne résiste donc pas à la tentation de partager avec vous cette anecdote qui se veut un clin d’oeil à celles et ceux, petits veinards, qui vont affronter l’édition 2017 du brevet des collèges et du baccalauréat… et à leurs correcteurs.

Yannig, natif de Groix, est le « bidoc’hig » (le petit dernier en breton) d’une famille de neuf enfants où la misère est le lot quotidien. Il est né sous le gouvernement du Front populaire mais, à Groix en 36, les avancées sociales ne sont pas pour tout de suite. Son père fait « mil micher » (mille métiers en breton) et tire le diable par la queue. « On était si pauvres que les parents n’achetaient jamais aucun habit. Tous les vêtements étaient tricotés à la main par ma mère ou mes grandes sœurs. Et des vêtements, des sous-vêtements en laine, croyez-moi, ça gratte ! » Mais la famille est soudée et même joyeuse, les parents ont à cœur que leurs enfants réussissent dans la vie, comme on dit. Et Yannig, comme ses huit frères et sœurs, réussira. En attendant de prendre son envol, après avoir été reçu brillamment au certif’ il pose son baluchon sur le continent pour poursuivre ses études au collège. Nous sommes au tout début des années Cinquante. Et voici la suite…

Yannig entre au collège Saint-Jean de Guidel, une commune qui fait face à Groix sur le continent. Il suit un cours complémentaire agricole qui tient lieu de sixième. Il en retire alors une légitime fierté qui ne l’a jamais quitté: « A quatorze ans je peux dire que je sais pêcher le thon et planter les poireaux. Ce n’est pas donné à n’importe qui ! ».

Puis Yannig suit les classes de cinquième et de quatrième à Vannes, au collège Saint-Joseph. Il est inscrit en filière technique. Dire qu’il en garde un souvenir impérissable serait un poil exagéré: « Après avoir appris à planter les poireaux, me voici tentant de limer des pièces métalliques derrière le cinéma de La Garenne. Tout cela était passionnant comme vous vous en doutez... » Yannig rencontre des fortunes diverses dans les matières générales : « J’étais bon en français et en mathématiques. En revanche, en anglais ça n’était pas trop ça, je n’en avais jamais fait ».

Les notes s’en ressentent quand, en juin 1953, Yannig se présente au collège Jules Simon pour l’examen du brevet, qui se passait alors à la fin de l’année de quatrième : « J’ai obtenu 18 sur 20 en français, 32 sur 40 en physique. En algèbre aussi c’était tout bon. Mais en anglais, la « cata », j’ai obtenu un zéro pointé, éliminatoire. Et en mathématiques j’ai été très déçu de n’obtenir que 8 sur 20 ». Les examinateurs, perplexes face à des résultats aussi erratiques, convoquent le collégien. « Ils m’ont dit qu’avec mon zéro en anglais, ils étaient obligés de me recaler. Et puis ils m’ont demandé pourquoi je n’avais répondu qu’aux questions de la première page à l’épreuve de mathématiques ». Yannig tombe des nues : « Je ne comprenais pas ce qu’ils me reprochaient. Je me suis souvenu que l’épreuve m’avait paru facile, j’avais fini en vingt minutes ! J’en avais profité pour aller faire un tour à Conleau sur la moto d’un copain pendant que les autres bossaient dur. Alors, où était le problème ?.. J’ai répondu qu’au bas de la page il était écrit TSVP , je n’avais donc fait que suivre les instructions « .

Les examinateurs, interloqués, le somment de s’expliquer :

Et alors ? !

Yannig ne se démonte pas et explique, convaincu d’enfoncer une porte ouverte:

TSVP… Trouvez Si Vous Pouvez. Ben, j’ai trouvé ! ».

Voilà une réponse qui, aujourd’hui, occuperait à coup sûr une place de choix parmi les « Perles du Bac ».

« En bateau, on sait ou on ne sait pas… »

Un an avant de disparaître en mer d’Irlande Eric Tabarly écrivait dans Mémoires du Large, aux éditions de Fallois : « Naviguer est une activité qui ne convient pas aux imposteurs. Dans bien des professions on peut faire illusion et bluffer en toute impunité. En bateau, on sait ou on ne sait pas ».

Les deux marins qui me font l’honneur de me confier leurs souvenirs aujourd’hui sont du bois franc dont on faisait jadis tous les navires et que, de nos jours, pas moins de quatre-vingt chantiers bretons gardent encore à flot avec un savoir-faire éprouvé, du côté de Douarnenez ou de Paimpol, dans les traicts du Croisic ou sur le quai Malbert à Brest.

L’un, petit-fils du créateur des thoniers dundée à Groix, a embarqué comme mousse dès l’âge de 13 ans, par dérogation. Après avoir bourlingué de Bretagne en Provence, où il fit découvrir au public marseillais Stivell et Glenmor, puis, de retour au pays natal, avoir mis toute sa fougue au service du revival culturel et linguistique d’un peuple breton qui n’avait plus honte d’être lui-même, il a oeuvré au sauvetage du dernier dundée gréé, le Biche. Hier encore échoué sur l’estran comme un cachalot mort, le robuste bâtiment de travail fend de nouveau hardiment les vagues de la côte atlantique.

L’autre, fier enfant de Brest, a consacré toute sa vie professionnelle au monde de la pêche et des cultures marines et, parce que c’était aussi sa passion, fut un des premiers acteurs de la renaissance des vieux gréements, redonnant toute sa dignité au patrimoine maritime et s’attachant à faire naviguer ces bateaux immémoriaux été comme hiver pour garder vivant l’esprit de ceux qui jadis, pour gagner leur pain, souquaient et barraient à la seule force du vent.

Merci à tous deux de m’embarquer dans leurs aventures. Conter, raconter sans jamais trahir, telle est la promesse, tel est aussi le défi, car « en bateau, on sait ou on ne sait pas…»

L’essentiel de Biographies de Bretagne: en 2 minutes, découvrez la palette de nos services

Bonjour,

Vous découvrez en primeur notre dépliant de présentation.

Vous y trouverez, en condensé, toute la palette de nos services: les biographies individuelles ou familiales, les biographies d'entreprise et les biographies de communauté d'activité, mais aussi la possibilité de sublimer dans un livre à part entière, avec un texte de circonstance, un album de photos réalisé à l'occasion d'un moment exceptionnel de votre vie ou de celle de vos parents (un voyage, une rencontre, un mariage, une naissance, des noces d'or, un départ en retraite...).

Pour faire défiler les pages du dépliant, sur la première page faites glisser la souris ou le pointeur de votre clavier vers la droite du mot "mémoire". Le mot "suivant" apparaît alors et il vous suffit de cliquer pour ouvrir la page à suivre.

A très bientôt.
Kenavo ar c'hentañ.

Christian Guyonvarc'h

Donemat ! Bienvenue !

J'ai le plaisir de vous accueillir sur le tout nouveau site web de Biographies de Bretagne, en breton Skridoù-Buhez Breizh, spécialiste des récits de vie individuels, familiaux ou collectifs.

Notre vocation est de collecter la mémoire vivante de Bretagne et de permettre sa transmission par le support de livres, à la présentation particulièrement soignée grâce à un partenariat avec la P.A.M., une imprimerie historique de Brest dont le parcours lui-même s'inscrit dans une tradition familiale.

Je tiens également à remercier d'autres partenaires qui m'ont aidé dans la construction de ce projet. Attaché aux valeurs d'une économie collaborative, j'ai voulu développer Biographies de Bretagne dans le cadre de Chrysalide, la coopérative d'activités et d'emploi du Finistère. Grâce au « contrat d'appui au projet d'entreprise », un dispositif d'accompagnement des créateurs d'activité, la coopérative Chrysalide m'a permis d'avancer plus rapidement dans la transformation d'une idée en un projet économique abouti. Mes remerciements s'adressent également à Ofis publik ar Brezhoneg, l'Office public de la Langue bretonne, qui a assuré la traduction de la rubrique Accueil. A mesure que son activité se développera, Biographies de Bretagne mettra en valeur la langue bretonne sur son site web. Enfin, un grand merci à David Charreteur (Offpix Communication), membre lui aussi de la coopérative Chrysalide, qui a permis que ce site web existe.

« Mémoire des humbles, mémoire des Hommes », tel est le fil conducteur de Biographies de Bretagne. Car chaque existence est une aventure qui mérite d'être contée. Parce que restituer des parcours de vie qui se sont construits au fil de rencontres voulues ou fortuites et ainsi partager des émotions, des savoirs et des valeurs, c'est ce qui donne du sens et du sel à une société humaine.

Depuis les années Cinquante la société bretonne a connu des mutations économiques, sociales, culturelles, technologiques d'une ampleur et d'une rapidité sans précédent, des mutations qui ont marqué les individus et les familles tout autant que les entreprises et les divers acteurs de l'économie sociale (associations, clubs sportifs, mutuelles, écoles...). Biographies de Bretagne propose ses services à tous ceux qui veulent témoigner et raconter comment ils ont traversé ces bouleversements et fait face aux défis pour s'accomplir humainement puis se préparer à passer le témoin aux nouvelles générations.

Biographies de Bretagne s'adresse également à ceux, plus jeunes, qui veulent rendre hommage et témoigner de leur reconnaissance à des aînés qui leur ont fait confiance et leur ont permis de tracer leur propre route. Notre offre de services s'adresse enfin aux personnes de toutes générations qui veulent sublimer dans un livre un moment exceptionnel : une rencontre, un mariage, une naissance, un voyage...

Notre engagement : mettre votre parcours de vie ou celui de vos proches en récit, avec le souci de l'authenticité et de la profondeur humaine.

Nous sommes à votre disposition pour un premier entretien, sans engagement de votre part.

Bien à vous.

Christian Guyonvarc'h

fondateur de Biographies de Bretagne / Skridoù-Buhez Breizh

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