Rencontres-signatures à CARNAC et LORIENT le vendredi 20 JUILLET

Nous avons le plaisir de vous convier à une rencontre autour du livre Yannig Baron, ar seizh avel – par tous les vents de Bretagne (éditions Le Temps éditeur), avec Christian Guyonvarc’h, auteur, et Yannig Baron

Yannig Baron, ar seizh avel – par tous les vents de Bretagne est un récit biographique qui déroule le parcours d’une vie aux multiples facettes en même temps qu’il aborde de nombreux aspects de l’histoire de la Bretagne et des Bretons au cours des 80 dernières années tels que :

  • la vie sous l’Occupation à Groix, une île qui, en raison de la présence d’une base de sous-marins allemands à Lorient, a subi jusqu’au 8 mai 1945 la plus forte densité de troupes d’occupation en Bretagne,
  • les heures joyeuses mais aussi dangereuses de la Libération,
  • l’épopée des derniers pêcheurs de thon sur les « dundee » (thoniers à voile),
  • la résidence surveillée à Groix de Habib Bourguiba, le futur premier président de la Tunisie indépendante et laïque,
  • le rôle des Bretons dans la Marine nationale,
  • l’émigration bretonne dans les années 50 et 60,
  • comment les Bretons ont redécouvert et réappris à aimer leur propre culture,
  • l’histoire incroyable du « chaudron celtique » de Menez Kamm à Spézet,
  • l’étonnante organisation de la visite de Jean-Paul II en Bretagne,
  • l’histoire du combat des 40 dernières années pour l’enseignement du breton.

Livre « Yannig Baron, ar seizh avel – par tous les vents de Bretagne »: rencontres-signatures à Brest et à Quimper les 6 et 7 juillet

Biographies de Bretagne et Le Temps éditeur ont le plaisir de vous annoncer que, deux semaines après sa parution, le livre « Yannig Baron, ar seizh avel – par tous les vents de Bretagne » fait l’objet d’une deuxième édition. Nous remercions le public pour l’accueil chaleureux réservé à cet ouvrage.

L’auteur, Christian Guyonvarc’h, et Yannig Baron auront le plaisir d’aller à la rencontre des lecteurs:

  • le vendredi 6 juillet, de 17h30 à 19h30, à la librairie Nadoz-Vor, 128 rue Jean-Jaurès à BREST (tramway arrêts Octroi ou Saint-Martin),
  • le samedi 7 juillet, de 10h30 à 12h30, à la librairie Coop Breizh, 16 rue Elie Freron à QUIMPER / KEMPER (centre-ville).

D’autres rencontres-signatures sont en cours de programmation dans le Morbihan et à Rennes. Les dates et lieux vous seront prochainement communiqués.

message de Yannig Baron

C’est évidemment toujours un plaisir de s’entendre dire que le travail fourni a répondu aux attentes. Mais ça l’est d’autant plus quand celui qui vous l’a commandé s’est tant investi tout au long d’une vie pour le bien commun des Bretons et pour faire avancer la Bretagne dans la bonne direction. Alors un grand merci à Yannig Baron pour le message qu’il a souhaité faire partager ici.

Et comme un clin d’œil à ce parcours dont Yannig Baron nous reprocherait de dire qu’il est exceptionnel mais qui a pourtant si souvent croisé les heures importantes de la Bretagne depuis plus d’un demi-siècle, nous avons choisi d’accompagner son texte de deux photos. L’une représente Yannig à 16 ou 17 ans quand il apprend en autodidacte à jouer de la bombarde sur son île de Groix. L’autre le montre au côté d’Alan Stivell le jour où ce dernier le félicitait pour la remise du collier de l’Hermine.

Christian GUYONVARC’H

MESSAGE DE YANNIG BARON 

« Dès que j’ai su que Christian Guyonvarc’h créait une activité de biographe j’ai été intéressé… Le connaissant depuis longtemps, je savais qu’il avait des talents d’historien et d’écriture pour cela. »

« Après plusieurs rendez-vous chez moi et de nombreux échanges d’archives personnelles il a rendu son travail et j’ai ensuite décidé d’imprimer l’ouvrage. »

« Je dois lui faire part de ma grande satisfaction. Les premiers lecteurs me font aussi connaître leur vif intérêt pour l’ouvrage. C’est donc un plaisir pour moi que de le féliciter et de le remercier. »

« Bon courage… Kalond vad… Bonne continuation… »

Yannig BARON

à l’occasion de la sortie de la biographie « Yannig Baron, ar seizh avel – par tous les vents de Bretagne », un entretien audio avec Yannig Baron

La récente sortie de la biographie « Yannig Baron, ar seizh avel – par tous les vents de Bretagne », produite par Biographies de Bretagne et publiée chez Le Temps éditeur, a conduit Gael Squiban à solliciter Yannig Baron pour un entretien. Celui-ci peut être entendu sur Billig Radio, une radio numérique qui se consacre aux cultures et aux Langues de Bretagne. Voici l’enregistrement:

Yannig Baron – Ar Seizh Avel

 

 

la biographie « Yannig Baron, ar seizh avel – par tous les vents de Bretagne » sera en librairie à partir du 8 juin

 

 

Bonjour,

Pour des raisons indépendantes de notre volonté, la biographie « Yannig Baron, ar seizh avel – par tous les vents de Bretagne« , publiée chez Le Temps Editeur, ne sera disponible en librairie qu’à compter du samedi 8 juin.

Pour vous faire patienter, voici le prologue de cet ouvrage de 230 pages qui, à travers le parcours de vie d’un petit Groisillon qui a su tracer sa route, relate toutes les évolutions de la Bretagne des 60 dernières années, une Bretagne qui a redressé la tête pour s’affirmer.

Parution de « Yannig Baron, ar seizh avel – par tous les vents de Bretagne »

« Yannig Baron, ar seizh avel – par tous les vents de Bretagne »

Une biographie éditée par Le Temps éditeur. 

En librairie à partir du 25 mai 2018.

Bonjour, demat deoc’h,

J’ai le plaisir de vous informer de la parution d’une de mes premières biographies chez Le Temps Editeur, une maison d’édition installée en Bretagne, à Pornic. Cette biographie est consacrée à Yannig Baron, dont le parcours de vie, incroyablement éclectique et foisonnant, croise tous les grands combats de la Bretagne militante et agissante des 60 dernières années, une Bretagne à la fois enracinée et ouverte sur le monde et sa diversité.

L’ouvrage comporte une iconographie très riche pour toutes les périodes évoquées avec, pour l’essentiel, des photos inédites.

L’ouvrage sera disponible en librairie à partir du 25 mai. Il est donc possible de le commander auprès de votre libraire. Pensons à faire vivre nos librairies de proximité qui permettent aux auteurs et aux éditeurs de Bretagne de proposer une offre éditoriale d’une richesse sans équivalent en France

Yannig Baron, Ar seizh avel

Bien cordialement. A galon.

Christian Guyonvarc’h

Sur le JT (Joseph Tonnerre), thonier dundee de Groix, en 1950

Couëron années 50 : une communauté polonaise en bord de Loire

Dans cet extrait d’une nouvelle biographie en cours d’écriture, Étienne nous livre quelques souvenirs de son enfance passée dans une commune ouvrière du sud de la Bretagne, Couëron, en bord de Loire. Nous sommes dans les premières années qui suivent la Seconde Guerre mondiale. Et dans cette petite ville où, pour la plupart des habitants, Nantes, distante de vingt kilomètres à peine, représente déjà le lointain, le monde extérieur et sa diversité de cultures sont pourtant déjà là.

À la fin de février 1938, alors que dans les derniers frimas de l’hiver les jonquilles peinent à percer la terre encore gelée, le foyer d’Hélène et Francis, domiciliés 37 rue Arsène Leloup, voit le bambin Étienne rejoindre son aîné Pierre. Couëron n’est déjà plus le bourg rural d’avant la révolution industrielle. La commune compte quelque 9 000 habitants et déborde d’activité.

Une ville ouvrière et commerçante

Le Couëron dans lequel Étienne grandit a une identité sociale bien marquée : « Les maisons ouvrières prédominaient. Elles étaient pratiquement toutes semblables : petites, étroites, mais avec un jardin assez conséquent à l’arrière pour faire pousser les légumes et les fruits et confectionner le poulailler ou le clapier à lapins qui permettaient d’améliorer le quotidien. Les bâtisses plus bourgeoises étaient en petit nombre et se tenaient à l’écart des logements ouvriers. »

Les commerces de proximité sont encore nombreux et offrent une large palette de services : « Les possibilités pour se déplacer n’étaient pas celles d’aujourd’hui. Nantes, à vingt kilomètres à peine pourtant, c’était déjà loin. Les raisons de s’y déplacer étaient rares : consulter un spécialiste, acheter des habits qui sortaient vraiment de l’ordinaire. On trouvait sur Couëron plusieurs échoppes de vêtements et de tissus, des magasins de chaussures, des épiciers, des boulangers, plusieurs bouchers, des marchands de bonbons, évidemment des bistrots dans chaque rue, mais aussi deux médecins, une pharmacie tenue par les frères Jouan et même une herboristerie. Rien que dans notre rue Arsène Leloup, on pouvait trouver une boulangerie, un salon de coiffure et un marchand de charbon, sans oublier bien sûr l’atelier de menuiserie tenu par mon oncle Alexandre. »

Des personnages truculents animent la vie de la commune, tel Monsieur Bournigal qui tient une épicerie au centre-ville : « C’était un commerçant vraiment rigolo. Il participait aux fêtes de la mi-Carême, il jouait dans les pièces de théâtre amateur. Pour attirer le chaland dans son commerce, il avait trouvé un slogan qui fleurait bon les réclames radiophoniques de l’époque : « Chez Bournigal, prix sans égal ». Mais pour ce qui était de la tenue de sa boutique, il retrouvait tout son sérieux. »

Le vélo à la fête et les arts pour tous

Dans ces années d’après-guerre, Couëron est un haut lieu du cyclisme sur piste. Le père d’Étienne a une passion pour la « petite reine » : « En dépit d’un handicap dû à une poliomyélite contractée alors qu’il était enfant, Francis, mon père, enfourchait souvent son vélo et pouvait parcourir plusieurs dizaines de kilomètres d’une seule traite. Il aimait taquiner le dérailleur… mais son biclou n’avait pas dix vitesses ! » Francis est féru de courses cyclistes : « C’était un passionné. Il tenait la comptabilité du Véloce Sport Couëronnais, le club qui organisait des courses sur le vélodrome local. Le public venait de loin pour voir courir non seulement des amateurs mais aussi les vedettes du peloton professionnel ». Fondé très tôt en 1894, le Véloce Sport Couëronnais a bénéficié d’une piste dès ses débuts grâce à l’engagement de son premier président, Marcel Esnoult de la Provoté, qui n’était autre que le maire de la commune. Au début du XXe siècle le sport cycliste prend une place de plus en plus importante dans l’animation de la commune. Preuve en est : la commune de Couëron est équipée à partir de 1928 d’un vélodrome couvert semblable à celui du « Vel d’Hiv » à Paris.

Toujours en activité aujourd’hui, propriété désormais de la collectivité Nantes métropole, le vélodrome de Couëron a vu défiler de nombreuses gloires de la « petite reine » parmi lesquelles Jean Robic, le vainqueur du premier Tour de France de l’après-guerre en 1947, Jean-Pierre Danguillaume, vainqueur de sept étapes du Tour dans les années soixante-dix, ou plus récemment Félicia Ballanger, multiple championne du monde et championne olympique de course sur piste, et le Nazairien Brian Coquard qui fait partie actuellement des meilleurs sprinteurs du peloton professionnel.

Quand on vit au bord de la Loire, nager fait partie des apprentissages précoces. Mais le fleuve sauvage, parsemé de tourbillons, est un terrain de jeu que les parents interdisent à leur progéniture. Comme ses copains, Étienne apprend à nager dans les étiers qui longent la Loire : « C’était des canaux qui servaient à irriguer les prés de la vallée. Le lieu de prédilection pour se baigner, c’était l’étier de l’Arche du Dareau. On y pêchait aussi, un ver au bout de la ligne, de petits poissons et des anguilles. Quand la saison était passée, on pouvait aller nager dans la piscine, pas très grande, de l’usine J.J. Carnaud. En fait, c’était plus une fosse qu’un bassin de natation. »

Pour les distractions culturelles, les Couëronnais peuvent alors compter sur deux cinémas, celui du patronage catholique et un autre qui appartient à un exploitant privé. L’événement de l’année, c’est le carnaval de la mi-Carême. Étienne se souvient : « Les chars du carnaval de Couëron étaient construits dans la menuiserie de la rue Arsène Leloup qu’ont dirigée mon grand-père puis le frère aîné de mon père. Les plus beaux chars allaient se produire au carnaval de Nantes ».

Les amateurs de dessin, de peinture, de sculpture peuvent aussi se perfectionner en prenant des cours auprès du Groupe Artistique Léon Moinard : « C’était une association née en 1947 dans l’esprit du mouvement national de la Résistance. Ses fondateurs, un amateur d’art couëronnais, Jean-Baptiste Joulain, et un artiste peintre nantais, Georges Éveillard, voulaient rendre les arts plastiques accessibles au plus grand nombre. » Soixante-dix ans ont passé et « le GALM », comme l’appellent les Couëronnais, poursuit sans relâche son œuvre de démocratisation des arts plastiques et anime la vie culturelle de la commune en organisant chaque année une grande exposition publique.

Couëron, cosmopolite avant l’heure : l’arrivée de 1 200 Polonais dès les années 1920

Au lendemain de la Première guerre mondiale, Couëron a connu une mutation majeure avec un afflux de travailleurs étrangers, recrutés pour participer à l’effort de reconstruction du pays et à la relance de l’appareil de production :« Avec les pertes humaines dues à la guerre et les nombreux mutilés, il fallait compenser le manque de main-d’œuvre. Les premiers à arriver à Couëron furent des Polonais. »

La migration polonaise à Couëron s’est inscrite dans un mouvement très organisé. Une convention a même été signée entre les gouvernements français et polonais. Entre 1923 et 1930 ce ne sont pas moins de 1 200 personnes qui vont quitter les chantiers navals de la Baltique ou les mines de Silésie pour s’implanter dans la commune des bords de Loire. Beaucoup d’hommes vont travailler aux forges J.J. Carnaud à Basse-Indre, où ils sont affectés au laminage à chaud, une tâche particulièrement pénible, d’autres sont embauchés à l’usine métallurgique Pontgibaud et sa Tour à plomb, situées à Couëron même. Rebaptisée Tréfimétaux en 1964, l’usine Pontgibaud fermera définitivement ses portes à la fin des années 1980. Aujourd’hui, l’espace est occupé par une médiathèque municipale tandis que la Tour à plomb, classée aux Monuments historiques, est ouverte aux visiteurs.

Cette nouvelle population va marquer le territoire jusque dans sa toponymie (la rue Rosa Niescierewicz par exemple) et enrichir sa vie culturelle et religieuse. Aujourd’hui, plus de quatre-vingt-dix ans après l’arrivée des premières familles polonaises à Couëron, la paroisse Notre-Dame-de-la-Miséricorde, créée en 1954 avec l’accord de l’évêché de Nantes et qui dispose de sa propre église rue de la Frémondière depuis 1984, réunit toujours leurs descendants. Ceux-ci perpétuent l’usage du polonais et la tradition des crèches vivantes à Noël, restée vivace dans leur pays d’origine.

Près d’un siècle après son implantation à Couëron, la communauté polonaise perpétue les traditions de son pays d’origine
L’église de la communauté polonaise de Couëron, toute en bois, a été construite par les paroissiens

Dans les années 1920, plusieurs cités sortent de terre pour offrir un hébergement à ces nouveaux ouvriers couëronnais et à leurs familles. Elles s’appellent La Chabossière, La Navale, surnommée « la Citouche », ou encore Bessonneau, dont l’habitat a la particularité d’être en bois. Une autre cité nouvelle, Le Bossis, qui est faite de maisons en pierre, héberge les cadres des usines.

Dès les années de l’entre-deux-guerres les Polonais sont rejoints par des travailleurs italiens, espagnols et même russes ou moldaves. Ils seront suivis de quelques dizaines d’Algériens : « Je me souviens très bien d’un de ces ouvriers algériens, Saïd-Albert Guessoum, qui travaillait chez J.J. Carnaud à Basse-Indre et habitait la cité de la Navale avec ses parents. Il devait son prénom composé à une double ascendance, kabyle par son père et bretonne, bigoudène pour être plus précis, par sa mère. Il s’est fait remarquer très jeune par le sport, en gagnant plusieurs cross dont celui du journal L’Humanité. Il était aussi très apprécié comme joueur de football à l’Étoile Sportive de Couëron où il a évolué avec les seniors alors qu’il était encore cadet. Il a d’ailleurs tapé dans l’œil des dirigeants du Football club de Nantes qui lui ont fait signer un contrat professionnel en 1954, à vingt ans. Il a porté le maillot des Canaris pendant cinq saisons et marqué huit buts. » Un autre habitant de La Navale, polonais d’origine quant à lui mais qui fréquente Guessoum et sa famille, Wladislav Molenski, dit « Wadjou » ou « Smo », va connaître une trajectoire similaire à celle de son copain de cité. Il ne passera qu’une année sous le maillot du FC Nantes avant de rejoindre un club professionnel parisien, le Stade Français.

Posant ici avec le maillot du Football club de Nantes, Saïd-Albert Guessoum, originaire de la cité ouvrière de la Navale, appelée aussi « la Citouche », à Couëron

L’omniprésence de la vigne

Bien que Couëron soit positionnée au nord de la Loire avec un profil nettement industriel, Étienne se souvient d’une commune où la vigne est alors présente partout : « Mes parents avaient hérité d’une parcelle de vigne à l’écart de la ville. Ils l’ont vendue parce qu’ils n’arrivaient plus à s’en occuper. Mais mon père a replanté des ceps au fond de son jardin pour continuer à faire son vin. D’ailleurs je me rappelle que dans la famille tout le monde avait de la vigne dans son jardin. »

Étienne se souvient aussi que la vigne qui se cultive à l’époque à Couëron est le noah, un cépage hybride d’origine américaine. Pourtant la France avait interdit la production de vin à partir de ce cépage dès 1935, officiellement pour des raisons sanitaires. Le taux de méthanol, légèrement plus élevé que la moyenne, avait valu à la production issue du noah les surnoms peu flatteurs de « vin qui rend fou » et de « vin qui rend aveugle ». Mais il est plus probable que l’interdiction ait été motivée par un contexte de surproduction et par les pressions que les viticulteurs professionnels ont exercées auprès des milieux politiques pour réduire la production familiale de vin qu’ils voyaient comme une entrave à leur commerce.

Alors, que penser ? Après 1935, fait-on du vin de noah « sous le manteau » à Couëron ? Chut !… Après tout, la production de vin à partir du noah n’est-elle pas redevenue légale en France en 2003 ? On laissera donc le commissaire Maigret et la maréchaussée vaquer à d’autres occupations.

Toujours est-il que, depuis plusieurs années, l’association Le Berligou s’attache à réhabiliter l’image de la vigne à Couëron, en y cultivant notamment un cépage éponyme qui correspond à un pinot noir et dont l’Histoire dit qu’il aurait été offert au duc de Bretagne François II, au XVè siècle, par le duc de Bourgogne Charles le Téméraire. Pourquoi « Le Berligou »? Car tel était le toponyme du domaine ducal où ce cépage bourguignon a été mis en culture, il y a plus de cinq cents ans, à Couëron précisément.

Carte postale créée par l’association Le Berligou à l’occasion de la réintroduction, en 2010, du cépage du même nom sur le terroir qui lui a donné son nom à Couëron. On voit à l’arrière-plan la Tour de plomb de l’ancienne usine Pontgibaud-Tréfimétaux.

Ci-devant la « République libre du Bourg-d’Aval »

La culture populaire, on l’a vu, est très vivace dans le Couëron du milieu du XXe siècle. Les saisons sont rythmées par des célébrations religieuses mais aussi des fêtes profanes comme le carnaval de la mi-Carême, la kermesse, la fête des fleurs et les courses cyclistes au vélodrome. Une activité théâtrale anime aussi la cité ouvrière des bords de Loire. Étienne se souvient : « Un des frères de ma mère s’en occupait. Il se produisait dans la Salle Jeanne-d’Arc, qui appartenait à la paroisse. »

Les fêtes de quartier occupent également une place importante dans la vie couëronnaise. Étienne conserve le souvenir d’une initiative spontanée pour le moins étonnante dans celui qui l’a vu grandir : « Après guerre les habitants du quartier ont déclaré une « République libre du Bourg- d’aval ». C’était en 1945. Notre république locale avait son président, Marcel Ricordeau, le rigolo du quartier, qui était ceint d’une écharpe. C’était un frère à ma mère qui était resté célibataire. Il avait été réquisitionné en Allemagne comme STO pendant la guerre. Le Bourg-d’Aval avait même un hymne ! Cette république autoproclamée fabriquait son char pour le carnaval. Elle élisait aussi sa reine. La toute première s’appelait Yolande Szamlewski. Son patronyme ne nous paraissait pas exotique car nous avions grandi au milieu d’une importante communauté polonaise. Dans ma classe, des copains s’appelaient Kowalski, Wieszeniewski… Je me souviens que mon père participait aux réunions de la République libre, au conseil des ministres en quelque sorte… »

La « République libre du Bourg-d’aval » n’a pas perduré mais elle a pourtant marqué les esprits par delà les générations puisque une association des Voisins du Bourg-d’aval est née en 2012 en se référant à l’antique « république », pour tout à la fois préserver le cadre de vie du quartier, défendre les droits et les intérêts des riverains, valoriser l’aspect patrimonial, encourager la convivialité du quartier en organisant des manifestations et valoriser les échanges intergénérationnels. Et ce n’est pas du chiqué ! La presse locale rapporte qu’ici, aujourd’hui, les jeunes viennent écouter les plus âgés, véritables passeurs d’histoire(s). On organise des soirées de contes et des séances musicales pour petits et grands, on honore aussi la fête des voisins et la galette des rois préparée par les doyennes du quartier. On échange graines et boutures, légumes du jardin et recettes culinaires. Et de nos jours, devinez où s’est niché le siège de l’association des Voisins du Bourg-d’aval ? On vous le donne en mille : oui bien sûr, au 37 rue Arsène Leloup, dans la maison natale d’Étienne!

Brest années 50: au temps du lycée en baraques

(extrait d’une nouvelle biographie à paraître) ©

Hervé, natif de Brest, est un Ti-Zef « pur jus ». Venu au monde aux lisières de l’ancienne commune de Lambézellec quelques semaines avant le déferlement des troupes allemandes le 19 juin 1940, il passe les premières années de son existence sur les bords de l’Aulne dans la maison de ses grands-parents, où sa mère et ses sœurs aînées ont aussi trouvé refuge. Au lendemain de la guerre, quand Hervé retrouve sa ville natale dont il n’avait évidemment gardé aucun souvenir, il découvre un paysage de désolation. À la veille du conflit, la commune de Brest comptait 11 700 bâtiments. Pendant quatre années interminables, 30 000 tonnes de bombes et 100 000 obus se sont abattus sur la cité. À l’entrée des troupes américaines et des résistants les 18 et 19 septembre 1944, le bilan est terrible : 4 800 immeubles ont été entièrement détruits, 3 700 fortement endommagés et 2 000 autres plus légèrement sinistrés. Dix pour cent à peine des immeubles sont encore intacts. Pourtant, la vie va reprendre le dessus dans un environnement quotidien où le bruit des chantiers de déblaiement puis de reconstruction se mêle, selon les saisons, à la poussière ou à la boue des chemins de terre. Pour les enfants et les adolescents qui traversent cette période, un autre élément marque le paysage et va imprimer pour toujours leur mémoire : le lycée en baraques qui surgit des décombres dès 1945. Hervé raconte « son » lycée en baraques.

Un bâtiment du lycée en baraques à Brest

Brest années 50 : au temps du lycée en baraques

À partir de mon retour à Brest en 1946, qui a coïncidé avec mon entrée à l’école élémentaire, et jusqu’à la fin de l’année de seconde, toute ma scolarité s’est déroulée dans un seul et même établissement, le lycée de l’Harteloire, au centre-ville de Brest. Dans les années d’après-guerre et jusqu’au milieu des années 50 ce fut l’unique lycée public de la ville, les gens l’appelaient donc le « lycée de Brest ». L’établissement réunissait alors ce que les autorités académiques appelaient le « petit lycée », à savoir l’école primaire, et le « grand lycée », c’est-à-dire le secondaire qui comprenait le collège et le lycée proprement dit, lequel intégrait une classe de préparation à l’École navale. Tout ce petit monde était scolarisé dans des baraques et les différentes classes d’âge étaient supervisées par une seule et même direction. Pour autant, une rue séparait le « petit » et le « grand lycée ». Les classes primaires se trouvaient à proximité de l’hôpital maritime, de même que les dortoirs des pensionnaires et la cantine.

Le lycée en baraques de Brest fut le premier lycée mixte en France, plus de vingt ans avant Mai 68

Pour toujours, le « lycée en baraques », premier lycée mixte

Durant toute la période où j’ai suivi ma scolarité à Brest, c’est-à-dire jusqu’en 1957, je n’ai connu que des classes en baraques. C’est dire si le paysage de la reconstruction a marqué durablement les générations qui ont vécu l’après-guerre. Ce n’est pas pour rien si les anciens du lycée de l’Harteloire en baraques ont voulu se constituer en association et l’ont fait perdurer jusqu’à nos jours. Je me souviens très bien du tribunal et de la mairie qui, mis à la même enseigne que nous, étaient établis dans des baraques. Les élus et les services municipaux ont dû patienter jusqu’en 1961 avant d’emménager dans un bâtiment en dur.

Le lycée de Brest en baraques a été le premier lycée mixte de France, car il fallait faire vite pour accueillir toute cette population scolaire dans une période de grande pénurie. Cette mixité entre filles et garçons se remarquait aussi entre milieux sociaux : les enfants d’ouvriers se mêlaient aux fils de commerçants. Quand le lycée de Kerichen a ouvert, au milieu des années 50, la carte scolaire a été rebattue. Comme le lycée de l’Harteloire situé dans le centre-ville en reconstruction avait la réputation de recevoir des élèves de milieux aisés, les familles de la bourgeoisie s’arrangeaient pour que leur progéniture y soit inscrite. Je me souviens de ces médecins parents d’élèves qui n’hésitaient pas à donner comme adresse le siège d’une association à l’hôpital Morvan !

L’ambiance au lycée était plutôt au chahut, mais la discipline était appliquée d’une main de fer par des surveillants généraux qui ne laissaient rien passer. Il est vrai que certains adolescents étaient assez durs. La période de la guerre, où il avait souvent fallu se soumettre à l’autorité de l’occupant, avait probablement aiguisé leur appétit de liberté en même temps qu’elle les avait rendus revêches aux instructions des adultes.

Nous avons bénéficié de la solidarité de la ville de Denver. La ville du Colorado avait noué un jumelage avec Brest en 1948, à l’initiative d’une enseignante américaine qui avait visité la cité du Ponant au terme d’un tour de l’Europe. Je me souviens qu’en classe de 10ème, l’équivalent du CE1 aujourd’hui, nous avions reçu des colis des États-Unis, avec porte-plumes et cahiers, qui nous ont été bien utiles, et d’autres fournitures aussi dont nous n’avons pas eu l’usage car elles n’étaient pas adaptées aux méthodes d’enseignement qui nous étaient appliquées.

Des professeurs de l’Harteloire participaient à l’animation du ciné-club du Vox, le rendez-vous hebdomadaire de tous les potaches brestois. D’autres me reviennent en mémoire comme les deux frères Stéphan qui enseignaient les mathématiques. Ils nous faisaient rire parce que tous les deux étaient des passionnés de football mais tandis que l’un était un fervent supporter du Stade brestois, le club des patronages catholiques, l’autre soutenait à fond l’ASB, l’Association sportive brestoise, qui était une émanation des patronages laïques. Tous les lundis matin au collège nous avions droit à un résumé gesticulé du match de la veille, ça valait le mime Marceau… Un des frères Stéphan se piquait aussi de vaudevilles, il montait des pièces de théâtre.

Outre les bâtiments administratifs ou commerciaux, Brest a compté jusqu’à 28 cités d’habitation en baraques. Celle du Bouguen, la plus imposante, construite sur les anciennes fortifications arasées au moment de la reconstruction, abritait pas moins de 5 000 personnes

Mon maître Yves Le Gallo

J’ai un souvenir précis des cours d’Yves Le Gallo. Il n’était pas encore l’universitaire reconnu et respecté qu’il deviendrait un peu plus tard en prenant une part très active dans la création d’une université de plein exercice à Brest. Mais, jeune agrégé, il savait déjà captiver ses étudiants du lycée en baraques. Je lui dois de m’être passionné pour l’histoire. C’était un personnage très intéressant par son parcours car il était issu d’un milieu modeste, son père était marin de commerce et sa mère femme de ménage. Il connaissait un peu le breton par ses parents, qui étaient originaires du village de Goandour dans la presqu’île de Crozon, et il avait approfondi le sujet auprès d’une branche de sa famille qui habitait une ferme dans les Montagnes Noires, du côté de Gourin.

Plusieurs condisciples ont aussi marqué ma mémoire.

Le destin tragique d’un camarade qui n’a pu épouser la carrière militaire

Une année, en classe de seconde, un drame a frappé notre classe. Un camarade, originaire de Molène, et dont le père était dans la Marine nationale, a appris qu’il ne pourrait pas le suivre dans la carrière à cause de problèmes de santé. Il ne l’a pas supporté, entre deux cours il est parti se jeter du haut du pont de l’Harteloire. Je suis allé me recueillir récemment sur sa tombe, à Molène. Son geste désespéré dit beaucoup des pressions sociales et familiales qui pouvaient s’exercer sur un jeune en ce temps-là.

Dans la classe d’une icône de la scène rock alternative

Ma mémoire a conservé des souvenirs plus joyeux. Je me suis trouvé en classe avec une fille dont je ne pouvais pas soupçonner qu’elle deviendrait une des artistes les plus atypiques et les plus iconiques de la scène artistique en France, je veux parler de la chanteuse et auteure Brigitte Fontaine. Mais il faut admettre qu’adolescente, elle était déjà bien « allumée ». Brigitte se fichait pas mal des conventions et, à cet égard, elle a peut-être été la première « punk » de l’histoire – le côté « no future » en moins -, bien avant les p’tits gars de Londres qui ont formé les Sex Pistols dans les années 70… Passionnée de théâtre, elle en faisait en classe et pas seulement quand un enseignant l’y conviait… Elle collectionnait les remarques acerbes des professeurs de français et de mathématiques. Un jour, pour échapper à une version latine elle a avalé tout un tube de dentifrice !… Récemment, quand j’ai appris qu’elle avait été décorée de la Légion d’honneur par François Hollande, j’ai éclaté de rire. ©

http://brigittefontaine.artiste.universalmusic.fr/

L’histoire du lycée en baraques de Brest a fait l’objet de deux ouvrages, dont celui d’Albert Laot édité par Skol Vreizh

Ainsi vivaient les derniers pêcheurs de thon de Groix…

Sur le JT (Joseph Tonnerre), thonier dundee de Groix, en 1950
Au temps où les thoniers dundee, amarrés bord à bord, emplissaient Port-Tudy, le port principal de Groix.

(extrait d’une biographie à paraître © )

Quand vient le temps des grandes vacances, Yannig ne reste pas à se tourner les pouces : « Avant l’été 1949 mes parents m’ont inscrit comme mousse pour faire la campagne de pêche au thon. Je n’avais pas encore 13 ans, ce qui avait nécessité d’ailleurs une dérogation car l’âge minimum requis pour embarquer était de 14 ans. Mais je n’ai pas pris la mer à cause d’un panaris au pied que j’avais attrapé en chargeant de la glace toute une journée, pieds nus dans mes bottes. » Les thons attendront donc, mais ce ne sera que partie remise : « J’ai fait ma première campagne de pêche, l’équivalent de 24 jours en mer, l’été suivant, en 1950, sur le J.T. (Joseph Tonnerre), puis une seconde campagne l’année suivante sur le Jeanne-Laurent. »

La grande période de la pêche au thon à Groix s’est écoulée de 1860 à 1940. Ce fut véritablement un âge d’or pour l’île. Au début du XXe siècle, Groix avait compté jusqu’à 300 thoniers, amarrés à Port-Tudy mais aussi à Port-Lay, le premier port construit sur l’île, et à Locmaria, ce qui faisait du rocher morbihannais le premier port thonier en Europe. Comme le thon germon ne se vendait guère en frais, les équipages groisillons ont d’abord approvisionné les conserveries existantes de Belle-Île et des Sables d’Olonne. Puis l’arrivée du train à Lorient en 1862 et l’ouverture des marchés qui en a découlé ont déclenché, dès 1863, un mouvement de construction de conserveries à Groix. Les usines, qui ont d’abord travaillé la sardine, fourniront du travail à plusieurs générations de jeunes filles et de femmes de matelots mais aussi à bien des familles venues du continent. L’île comptera jusqu’à cinq conserveries, dont la dernière ne fermera ses portes qu’en 1979. Mais quand Yannig embarque comme mousse, Groix vit déjà les dernières années de l’épopée des thoniers dundee : « Quand j’ai fait ma première campagne sur le J.T. en 1950, le nombre des bateaux avait beaucoup décliné. On pouvait en compter une grosse vingtaine alors qu’en 1939 le quartier maritime en avait enregistré 47. » La perte d’une activité commerciale complémentaire dès avant la guerre avait également contribué au recul de la pêche au thon à Groix : « Autrefois l’hiver, quand les bancs de thon avaient quitté les eaux de l’Atlantique nord, les dundee naviguaient vers le Pays de Galles, chargés de poteaux en bois pour étayer les mines, et en revenaient avec une cargaison de charbon qu’ils débarquaient à Vannes, mais c’est une époque que je n’ai pas vécue. »

Pour les mousses, la pêche au thon était un engagement de plusieurs mois : « Il n’y avait pas que le temps de la campagne en mer. On devait quitter l’école un mois avant la fin des cours pour participer aux travaux de peinture et au gréement des navires et on ne retrouvait la plume et l’encrier qu’un mois après la rentrée car il fallait désarmer le bateau. Bon, on n’était pas forcément mécontent d’être au grand air quand les autres avalaient de la poussière de craie… »

Sa première campagne au thon sur le J.T., Yannig la vit dans une ambiance de franche camaraderie : « Nous étions tout un équipage de jeunes. Les matelots étaient issus du village de Lomener. Seul le patron, Jacob Merrien, était un « vieux »… de 28 ans. Le travail était épuisant mais, pour nous donner du courage, nous chantions tous des airs du pays en breton. L’un d’entre nous, qui était amoureux d’une fille de Locmaria, se faisait remarquer en susurrant des chansons d’amour à la mode en français… En pleine mer, un dimanche, on a fait le pardon de Lomener. C’était assez surréaliste cette histoire de pardon car de chapelle à Lomener il n’y avait plus, on était donc dans le culte d’un souvenir. »

Cette première expérience de pêche au large offre à Yannig l’occasion de découvrir une faune marine inconnue : « Sur le J.T., il nous arrivait de pêcher ce qu’on appelait des « peaux bleues ». C’est méchant pas possible ces bêtes-là ! C’est trois fois plus long qu’un congre et ça te coupe un manche à balai avec ses dents ! Une fois l’animal sur le pont, t’avais plutôt intérêt à ranger tes arpions.»

Les campagnes de pêche obéissaient à des règles, pour ne pas dire des rites : « La nourriture pour un mois, c’est l’équipage lui-même qui devait se la payer. Nous embarquions un peu de viande, qui nous tenait quelques jours, et surtout des patates et des pâtes. Le mousse n’était pas là pour rigoler ! Premier levé pour faire le café, dernier couché après avoir suiffé, c’est-à-dire enduit de graisse, les hameçons à raison de 30 par ligne de pêche. Et des lignes, il y en avait 18… Et puis, quand c’était la pétole, tout le monde pouvait aller dormir sauf le chef de quart… et le mousse ! »

Il pouvait arriver que le baptême du mousse virât au cauchemar : « Mon frère Guy a dû débarquer au bout de deux jours. Il faut dire qu’il avait le mal de mer dans une brouette… Mais mon autre frère Jojo a connu bien pire. Pour son premier embarquement à 14 ans, il a vécu la mort d’un membre de l’équipage. Quand les bateaux étaient trop éloignés des côtes, on cabanait le mort par-dessus bord. Mais là, le patron a mis le cap sur le port le plus proche. Pendant trois jours, Jojo a dû dormir à côté du mort dans un local où l’obscurité était totale. Quand il est rentré à la maison, il n’a pas parlé pendant des jours.. »

Yannig se souvient aussi des règles qui prévalaient dans la répartition du produit de la pêche : « Les familles d’armateurs se réunissaient souvent par quatre pour construire un bateau. A chaque retour de marée, l’argent de la vente était remis de la main à la main, en espèces bien sûr, à la sortie de la criée. Les armateurs percevaient alors quatre parts sur dix, le patron, qui pouvait aussi être au nombre des armateurs, prélevait une part et demie, chacun des quatre matelots recevait une part et le mousse une demi-part seulement. » Pour autant, la somme ramenée au foyer est loin d’être négligeable pour la famille Baron: « La paie de ma première marée, en 1950, a permis à mes parents de régler toute une année d’études au collège Saint-Joseph à Vannes. Qu’est-ce que j’étais fier !»

De sa première campagne de pêche au thon sur le J.T. Yannig conserve précieusement plusieurs dizaines de clichés pris sur le vif, qui sont autant de témoignages rares d’un temps révolu : « Nous avions embarqué un touriste parisien qui voulait prendre des photos. En ce temps-là, c’était exceptionnel de laisser monter à bord quelqu’un qui n’était pas du métier mais je ne remercierai jamais assez Jacob Merrien d’avoir compris l’intérêt d’intégrer ce pêcheur d’images. Quand je revois toutes ces photos, je suis de nouveau sur le J.T. avec les copains. » Exceptionnel, oui, l’accueil de ce photographe à bord du J.T. mais ce n’était pas une première pour les équipages de Groix. On se réjouira même d’apprendre que, faisant un sort aux superstitions anciennes qui voulaient qu’on tînt la gent féminine sur le quai aussi sûrement que les lapins, le Laurent-Émiliane embarqua dès le début des années 30 les exploratrices et ethnologues Marion Sénones et Odette du Puigaudeau. Plus tard, cette dernière, native de Saint-Nazaire, contera la vie des marins du Laurent-Émiliane dans l’ouvrage Grandeur des Iles, paru chez Julliard en 1946.

L’âge d’or de la pêche à Groix appartient désormais à l’Histoire. Yannig est conscient que la mémoire vivante de la poursuite du thon germon sous gréement est en train de s’éteindre : « Sur les milliers de matelots qui ont navigué sur les thoniers dundee de Groix, nous ne sommes plus que quatre encore en vie. »

A l’été 1952, Yannig, déjà rodé au maniement des voiles, a l’opportunité de vivre une autre expérience en mer, bien différente des précédentes et qui lui laisse encore des étoiles dans les yeux : « J’ai eu la chance d’embarquer sur L’Aile Noire, un fameux bateau de course de plus de 16 mètres qui avait pour port d’attache La Trinité-sur-Mer. Son premier propriétaire qui l’avait aussi dessiné, l’architecte George Baldenweck, l’avait fait construire en 1937 à Arcachon dans l’intention de courir notamment le Fastnet, cette compétition mythique en mer d’Irlande. Il voulait damer le pion aux navigateurs anglais qui, à l’époque, tenaient le haut de la vague dans le monde des courses nautiques. L’année où j’ai navigué sur L’Aile Noire je me souviens que le capitaine du navire avait entraîné l’équipe de France de voile olympique. Cet été-là fut magique pour le gamin que j’étais. Nous avons fait une course-croisière, ça me changeait du quotidien du pêcheur ! Lors d’une étape à Belle-Île j’ai rencontré Louis Bernicot et Jacques-Yves Le Toumelin, deux navigateurs pionniers, l’un originaire du Léon, l’autre installé dans la presqu’île de Guérande. Ils étaient parmi les tout premiers qui avaient fait le tour du monde en solitaire. Aujourd’hui encore, quand je lui parle de L’Aile Noire, mon copain Eugène Riguidel me dit : « Ah ouais ! L’Aile Noire, c’était un chouette bateau ! »  ©

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