le pêcheur breton ne doit pas avoir le mal… de l’air!

Dans cet extrait d’une biographie à paraître en 2019, notre homme, investi toute sa vie dans les métiers de la mer, nous conte sa relation mouvementée avec les avions… et en tire un trait d’humour.

  

« Dans les années 70, je travaillais pour plusieurs coopératives de pêcheurs du Finistère qui cherchaient à se diversifier en développant de nouvelles techniques d’ostréiculture adaptées au milieu local et en valorisant le produit de leur pêche.

C’est dans cette période que j’ai vécu un premier accident d’avion assez rocambolesque qui me fait sourire aujourd’hui avec le recul mais qui aurait pu tourner au drame. C’était en 1976. J’accompagnais une délégation de pêcheurs bretons et de responsables de coopératives à Boulogne-sur-Mer dans le but de visiter une usine de production de hareng fumé. Le petit poisson vif-argent était abondant sur les côtes bretonnes mais nous ne savions qu’en faire. Comme nous étions une petite dizaine à entreprendre le voyage, nous avons affrété un Beechcraft au départ de Quimper. Il était prévu de faire escale pour ravitailler l’avion en carburant mais le pilote a cru pouvoir s’en passer. À l’approche de Boulogne-sur-Mer on l’entend soudain lancer un appel de détresse à la radio : « Mayday ! Mayday ! Je me scratche ! » On n’en croyait pas nos oreilles…

En définitive, l’avion a amerri à 200 mètres d’une plage. Le problème, c’est qu’on n’avait pas pris place à bord d’un hydravion.

Notre Beechcraft était un avion terrestre qui ne devait connaître que le plancher des vaches ! L’appareil risquait donc de couler à tout moment et nous avec… Par chance, comme le réservoir était vide, l’aéronef a flotté. Mais pour combien de temps ?…Nous avons donc décidé de regagner la côte à la nage. La porte de secours étant bloquée, nous sommes sortis par la grande porte. Nous n’avons même pas pris le temps d’enfiler les gilets de sauvetage. Et nous étions tous en costard ! Comme un réflexe, j’ai pris ma serviette sous le bras, m’imaginant peut-être que mes précieux papiers allaient survivre à 200 mètres de brasse dans l’eau salée…

Mais ce qui m’aura le plus marqué dans cet accident, c’est qu’une fois arrivés sur la plage, nous avons vu deux chasseurs passant par là qui nous dévisageaient comme des oiseaux rares, complètement indifférents à notre sort. Heureusement, nous avons pu trouver un peu de réconfort auprès de nos collègues de la coopérative maritime d’Étaples qui nous ont rhabillés de pied en cap. Pendant notre séjour sur place puis ensuite sur le trajet du retour en train nous étions tous affublés du même uniforme : pantalon à pinces, pull-over rayé comme des matelots et duffle-coat. Ah, on s’est fait remarquer à la gare Montparnasse ! Nous avions trouvé un nom à notre bordée, « l’équipe de water-polo des Cormorans de Penmarc’h » !

 

Rétrospectivement je m’étonne encore du calme avec lequel nous avons réagi à l’accident. Aucune panique à bord. Peut-être parce que l’amerrissage s’était fait en douceur. Il est bien évident que si le pilote avait voulu atterrir sur la plage, il y aurait eu de la casse. Il n’empêche qu’il y a perdu son brevet et ses 25 ans de métier n’y ont rien changé.

Une quinzaine d’années plus tard j’ai vécu d’autres émotions en avion alors que je me déplaçais aux États-Unis pour aider les décideurs brestois à définir le projet Océanopolis. Au décollage l’appareil a comme avalé un vol de goélands. Un des deux moteurs s’est arrêté, le pilote a dû vider le réservoir en urgence mais on est resté un moment à tourner autour de New York avant que le commandant de bord obtienne enfin l’autorisation d’atterrir. Quand l’avion s’est immobilisé, j’ai vu les pales du rotor complètement pliées par les oiseaux.

Aujourd’hui, pour plaisanter je dis parfois que qui veut éviter tout ennui dans les airs doit choisir de voler avec moi. Connaître deux accidents d’avion dans sa vie, c’est très rare, donc j’ai largement épuisé mon quota de sensations fortes. »

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