Les « Perles du Bac » ne datent pas d’hier…

Raconter la vie des autres réserve des instants de plaisir intense et parfois même de franche rigolade. C’est d’autant plus vrai quand celui qui se confie à vous a un sens aigu de l’autodérision… Je ne résiste donc pas à la tentation de partager avec vous cette anecdote qui se veut un clin d’oeil à celles et ceux, petits veinards, qui vont affronter l’édition 2017 du brevet des collèges et du baccalauréat… et à leurs correcteurs.

Yannig, natif de Groix, est le « bidoc’hig » (le petit dernier en breton) d’une famille de neuf enfants où la misère est le lot quotidien. Il est né sous le gouvernement du Front populaire mais, à Groix en 36, les avancées sociales ne sont pas pour tout de suite. Son père fait « mil micher » (mille métiers en breton) et tire le diable par la queue. « On était si pauvres que les parents n’achetaient jamais aucun habit. Tous les vêtements étaient tricotés à la main par ma mère ou mes grandes sœurs. Et des vêtements, des sous-vêtements en laine, croyez-moi, ça gratte ! » Mais la famille est soudée et même joyeuse, les parents ont à cœur que leurs enfants réussissent dans la vie, comme on dit. Et Yannig, comme ses huit frères et sœurs, réussira. En attendant de prendre son envol, après avoir été reçu brillamment au certif’ il pose son baluchon sur le continent pour poursuivre ses études au collège. Nous sommes au tout début des années Cinquante. Et voici la suite…

Yannig entre au collège Saint-Jean de Guidel, une commune qui fait face à Groix sur le continent. Il suit un cours complémentaire agricole qui tient lieu de sixième. Il en retire alors une légitime fierté qui ne l’a jamais quitté: « A quatorze ans je peux dire que je sais pêcher le thon et planter les poireaux. Ce n’est pas donné à n’importe qui ! ».

Puis Yannig suit les classes de cinquième et de quatrième à Vannes, au collège Saint-Joseph. Il est inscrit en filière technique. Dire qu’il en garde un souvenir impérissable serait un poil exagéré: « Après avoir appris à planter les poireaux, me voici tentant de limer des pièces métalliques derrière le cinéma de La Garenne. Tout cela était passionnant comme vous vous en doutez... » Yannig rencontre des fortunes diverses dans les matières générales : « J’étais bon en français et en mathématiques. En revanche, en anglais ça n’était pas trop ça, je n’en avais jamais fait ».

Les notes s’en ressentent quand, en juin 1953, Yannig se présente au collège Jules Simon pour l’examen du brevet, qui se passait alors à la fin de l’année de quatrième : « J’ai obtenu 18 sur 20 en français, 32 sur 40 en physique. En algèbre aussi c’était tout bon. Mais en anglais, la « cata », j’ai obtenu un zéro pointé, éliminatoire. Et en mathématiques j’ai été très déçu de n’obtenir que 8 sur 20 ». Les examinateurs, perplexes face à des résultats aussi erratiques, convoquent le collégien. « Ils m’ont dit qu’avec mon zéro en anglais, ils étaient obligés de me recaler. Et puis ils m’ont demandé pourquoi je n’avais répondu qu’aux questions de la première page à l’épreuve de mathématiques ». Yannig tombe des nues : « Je ne comprenais pas ce qu’ils me reprochaient. Je me suis souvenu que l’épreuve m’avait paru facile, j’avais fini en vingt minutes ! J’en avais profité pour aller faire un tour à Conleau sur la moto d’un copain pendant que les autres bossaient dur. Alors, où était le problème ?.. J’ai répondu qu’au bas de la page il était écrit TSVP , je n’avais donc fait que suivre les instructions « .

Les examinateurs, interloqués, le somment de s’expliquer :

Et alors ? !

Yannig ne se démonte pas et explique, convaincu d’enfoncer une porte ouverte:

TSVP… Trouvez Si Vous Pouvez. Ben, j’ai trouvé ! ».

Voilà une réponse qui, aujourd’hui, occuperait à coup sûr une place de choix parmi les « Perles du Bac ».

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